Photo : Matt Smilenot

Même s’il nous met en garde de ne pas essayer d’analyser ou de voir de la cohérence dans son œuvre, les chansons Mon droit à l’incohérence (!) et la Transgression sont probablement ─ et ironiquement ─ les deux chansons qui nous permettent le mieux de comprendre la démarche de Mononc’ Serge. Le droit de dire une chose et son contraire, et n’importe quoi entre les deux, pour le simple plaisir de violer les règles et d’explorer les zones interdites. À un point tel qu’on se dit que le Mononc’ aurait mieux fait d’écrire ces chansons au début de sa carrière; il aurait ainsi pu s’éviter bien des débats et des protestations inutiles.

Comment donc pouvons-nous essayer d’analyser une œuvre qui, de l’aveu même de l’artiste, n’a pas de sens? Il faut vraiment faire violence à cet instinct naturel qui nous pousse à essayer de comprendre, de classer (à gauche ou à droite, par exemple) ou de déceler dans ces chansons un quelconque message politique ou philosophique. Puis, on se dit que finalement, c’est pour le mieux parce qu’on aurait été bien mal foutu d’essayer de trouver un fil conducteur dans un assemblage aussi disparate. À part, peut-être, l’anarchie.

On résistera donc à la tentation de lire dans Révolution conservatrice une satire de la montée de la droite ou du mouvement laïque. On s’abstiendra de voir en L’amour est plus fort que la langue, une critique de la politique linguistique du Québec. Comme on évitera de percevoir en La dictature de la vertu, un vibrant plaidoyer pour la liberté d’expression, et en L’indifférence, une apologie de l’apathie. On se contentera de se laisser aller et de les apprécier pour ce qu’elles sont, du gros déconnage.

Dans d’autres cas, il est beaucoup plus facile de croire en l’innocence du projet. Comme dans la cabotine Énergie Cardio, seul vestige d’un défunt projet d’album-concept où chaque chanson devait porter sur un commerce différent d’un même centre d’achats. Mais là où notre bon Mononc’ brille le plus, c’est quand il dresse des portraits crus, mais pas dénués d’empathie, de ces poqués de la vie qu’il appelle « déchets sociaux » (Chums, Le moron aux mille visages, L’indifférence).

Tout ça sur un fond de rock garage sans fla-fla, mais beaucoup moins trash que ce à quoi il nous a habitués par le passé, ce qui aide à l’appréciation des textes puisque le tonton n’a pas besoin de s’égosiller à tout bout de champ. Ceci dit, la force de ce douzième opus ne réside certes pas dans la complexité des arrangements ou dans l’originalité des mélodies. On ne peut pas vraiment dire qu’il y a abondance de vers d’oreille ou de moments musicaux forts, si ce n’est que de quelques solos de guitare bien sentis de Peter Paul. En fait, la musique passe parfois presque inaperçue, comme si elle s’effaçait pour laisser toute la place aux paroles, ce qui n’est peut-être pas une mauvaise idée.

Guillaume Francoeur

Révolution conservatrice de Mononc’ Serge est en vente dès aujourd’hui 1er décembre, sur toutes les plateformes.

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