La famille Harting-Roux. Vous les avez peut-être déjà remarqués, peut-être vous êtes-vous déjà arrêtés pour les écouter. Denis Harting, Peggy Roux et leur fille Lauviah, aveugles, chantent aux quatre coins du métro depuis des années. Leurs voix puissantes, parfois célestes, attirent les passants qui sont ensuite intrigués par cette famille singulière. Avec La résurrection d’Hassan, le réalisateur Carlo Guillermo Proto nous ouvre une porte sur leur univers et leur passé tragique.

C’est que les Harting-Roux n’ont pas toujours été trois. En 2002, leur fils Hassan, seul membre doté de la vue, est mort noyé, à l’âge de six ans. Aujourd’hui, les parents sont convaincus que le fils reviendra grâce à un processus de résurrection et de régénérescence, rendu possible grâce aux enseignements d’un guérisseur russe, Grigori Grabovoï.

Le film est une réflexion sur les mécanismes que nous mettons en place pour survivre à l’horreur, tout en explorant la relation de co-dépendance. Filmé presque exclusivement en gros plans, le film plonge le spectateur dans l’intimité des protagonistes d’une manière quasi-insoutenable. On les suit dans leur quotidien, dans leurs récitals dans le métro, dans leur quête spirituelle, dans leur évolution amoureuse, dans leur recherche de réponses. Le film se tisse dans une aura de tendresse, d’humour, mais aussi de violence et de frustration.

LA RÉSURRECTION D’HASSAN – Bande annonce from Les Films du 3 mars on Vimeo.

Le film souffre de quelques petits défauts. D’abord, la structure, parfois un peu bancale, donne l’impression qu’on tourne en rond. Si cet effet permet de nous plonger dans un état d’âme semblable à ceux des sujets devant leur douleur, il reste que l’on se perd devant les incohérences des théories ésotériques. Il devient difficile de croire que les Harting-Roux, qui nous semblent des gens intelligents, puissent tenir mordicus à ces idées de guérison miraculeuse, alors qu’ils demeurent eux-mêmes non-voyants. Est-ce à dire qu’ils nous manquent d’informations pour comprendre la logique qui incite la famille à croire à ces théories ou est-ce parce que nous sommes devant des gens qui s’accrochent à la petite chance de ne pas renoncer à leur enfant adoré?

L’autre bémol concerne la soeur d’Hassan. Si Lauviah est constamment aux côtés de ses parents, jamais le cinéaste ne se penche vraiment sur elle pour creuser sa perception de leur quotidien, hormis un moment touchant où elle se remémore son frère. On n’apprend jamais vraiment à la connaître, rendant caduque cette idée de nous présenter une famille. On est plutôt devant un couple orageux qui doit faire face à un deuil qu’il croyait avoir déjà fait.

Le malaise devient lourd. On ne veut pas juger, on ne veut pas prendre en pitié, mais la réalité de cette famille est tellement marginale que le spectateur n’arrive jamais vraiment à se sentir à sa place par rapport à ce qu’il voit. Au fil des scènes, le long métrage change subtilement d’angle et de par la réaction chimique qui s’opère entre l’oeuvre et son public, il devient un film sur l’ouverture d’esprit.

C’est un beau geste de foi que la famille Harting-Roux a fait en acceptant d’être suivi par Proto, car la ligne est mince entre le portrait d’un sujet original et délicat et l’exhibition de freaks. Leur confiance a été récompensée, puisque le réalisateur use de doigté et de retenue pour traiter d’un sujet ardu. Jamais on ne sent son opinion sur les théories rapportées. Il faut maintenant espérer que le public suivra et acceptera de faire cette singulière rencontre avec ouverture et compassion.

Rose Normandin

La résurrection d’Hassan, de Carlo Guillermo Proto, est présenté au cinéma du Parc et au cinéma Beaubien à partir du 22 septembre 2017.

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