Crédit photo : Tom Hermans

Écrire n’est pas un acte qui se fait seul. C’est à travers les mots des autres, la passion du jeu de langue qui se transmet, la création d’univers à partir desquels nous approfondissons notre propre vision du monde que l’acte d’écrire se passe. Voici les titres qui ont retenu mon attention et qui, j’en suis certaine, contribueront à mon amour de la langue et au vôtre.

Le corps des bêtes d’Audrée Wilhelmy
Éditions Leméac

Osip se refuse à sa nièce. Il ne lui montrera pas comment « faire le sexe des humains », même s’il ne voit pas trop qui pourra le lui enseigner sur le rocher qu’ils habitent avec le reste du clan. Il n’a pas pitié de Mie. Sur ce bout de terre rocailleux, les bêtes sont à qui les prend. »

Une auteure qui possède une rare maîtrise des codes littéraires, une grande finesse. Une précision et une poésie sublime. Ses personnages, troublants de par leur infinie complexité, et ses histoires intemporelles sont sans équivoque, à chacune de ses œuvres, de grandes créations littéraires. Après les puissants Oss et Les sangs, Le corps des bêtes est peut-être le roman le plus attendu de la rentrée.

Les noyades secondaires de Maxime Raymond Bock
Le cheval d’août

Mots à retardement dans les alvéoles prêtes à rompre, histoire sans adjectif d’une île qui s’enfonce : il s’insinue bien plus que de l’air dans les cinq lobes de nos poumons, où conspirent les dommages collatéraux, les oedèmes sublimes qui nous achèveront de l’intérieur, nous les semi-noyés. »

Une virtuosité dans la façon de lier les mots, présente dans chacune de ses œuvres, des évocations qui troublent de par leur étrangeté et leur puissance. Une poésie noire et épurée qui de par son regard impitoyable s’oppose à la folie du monde. Une œuvre que l’on pourra sans doute qualifier d’épique.

De synthèse de Karoline Georges
Éditions Alto

L’une s’immobilise devant les fenêtres de sa maison en banlieue avec le poids de la mort au creux du ventre; l’autre cherche à traverser l’écran pour se transformer en image grâce à son avatar numérique, en quête d’absolu. C’est une histoire de corps, de disparition, de reflets, de composition et de décomposition. C’est l’histoire d’une image à parfaire, par-delà le désastre de la chair. »

C’est par la symbiose d’une écriture à la fois chirurgicale et poétique, de même que par une volonté de création d’objets littéraires réellement originaux que cette auteure surprend et s’illustre. Ses œuvres antérieures, notamment Ataraxie et Variations endogènes, font partie des rares œuvres du paysage littéraire québécois à pouvoir se targuer d’être réellement novatrices.

Le monde est à toi de Martine Delvaux
Éditions Héliotrope

Je ne sais pas si ce livre est une liste de conseils, de consignes, recommandations ou d’explications. Si c’est mon regard sur le monde, sur toi, sur moi ou sur nous. Si ce sont des morceaux d’avenir ou des fragments de mémoire. Ou si, tout simplement, c’est une lettre d’amour, la suite du geste que je pose quand je te prends dans mes bras, ton long corps élancé que je ne peux plus attraper en entier, et que je te dis que je t’aimerai toujours… »

Romancière et figure majeure du féminisme contemporain, Martine Delvaux explore dans ce roman à l’orée de l’essai le sujet de l’amour filial et de quelle manière celui-ci s’articule avec le féminisme, un sujet complexe et certainement intéressant. Une écrivaine activiste dont les œuvres, autant romans qu’essais, pour la qualité et la justesse de la réflexion, sont à découvrir.

Borealium Tremens de Mathieu Villeneuve
Éditions La Peuplade

David Gagnon veut rénover la Maison brûlée, dont il hérite à la mort de son grand-oncle, une maison-fantôme comme les autres dans le fond d’un rang de Saint-Christophe-de-la-Traverse. Engoncé dans son tombeau de bois pourri, dans l’alcool et dans les archives de sa famille, le jeune écrivain est appelé à accomplir la prophétie sauvage. »

L’auteur, dans son premier roman, propose de réinventer le roman du terroir ce qui n’est pas un mince pari et ne manque pas d’attiser la curiosité. Sans compter que les Éditions de La Peuplade ont su dans les dernières années nous faire découvrir de nouvelles voix littéraires, maintenant incontournables.

Donnacona d’Éric Plamondon
Éditions Le Quartanier

Peu d’informations circulent sur le dernier livre d’Éric Plamondon, mais compte tenu de la grande qualité littéraire, sans cesse renouvelée, de ses œuvres, dont l’immense succès de Taqawan, c’est avec hâte qu’il est attendu.

Chenous de Véronique Grenier
Les éditions de Ta Mère

Chenous, c’est une histoire de flocons sur des petites langues et de frette au fond du ventre. De la poésie de désordre, de comptoir et de rebord de fenêtre. Chenous, c’est l’histoire d’une débarque. »

Un premier recueil de poésie, Hiroshimoi, remarqué et qui a su émouvoir. Une auteure et philosophe à la langue vivante et d’une grande acuité en ce qui a trait aux maux de l’existence moderne. Ses œuvres comme ses billets, à découvrir. Un baume.

Noms fictifs d’Olivier Sylvestre
Éditions Hamac

Après dix années passées dans l’antre de la bête, un intervenant nous ouvre la porte de son centre de répit pour toxicomanes, avec sa sonnette stridente et sa vitre pare-balles, sa lasagne, ses larmes et ses espoirs fous, malgré tout. »

Auteur et intervenant en dépendance, sa première pièce La beauté du monde a été finaliste au Prix du Gouverneur général. Un livre qui a certainement le potentiel d’ébranler nos conceptions envers la toxicomanie, un sujet malheureusement criblé de préjugés, et de faire découvrir au lecteur, de manière privilégiée, un monde méconnu.

Aphélie de Mikella Nicol
Éditions Le cheval d’août

Une jeune travailleuse de nuit qui a toujours vécu par le regard des hommes voit ses habitudes bouleversées le soir où, dans un bar, surgit Mia, qui ne quittera plus ses pensées. Puis il y a cette autre fille qui a disparu et dont l’image passe en boucle au téléjournal. Le temps d’un été caniculaire et étrange, les personnages d’Aphélie dévieront de leur trajectoire pour se heurter à pleine force. »

Après un premier livre d’une grande beauté poétique, Les filles bleues de l’été, l’auteure propose ici d’explorer le sujet de la violence du point de vue des femmes. Si la force de sa première œuvre réside dans une certaine retenue, il sera intéressant de voir comment évoluera son écriture face à la brutalité du sujet. Sans doute, encore une fois, une grande rencontre littéraire.

Cheval indien de Richard Wagamese
Éditions XYZ

Enfermé dans un centre de désintoxication, Saul Indian Horse touche le fond. Il semble n’y avoir aucune issue à son existence. Plongé en pleine introspection, il se remémore à la fois les horreurs vécues dans les pensionnats autochtones, mais aussi sa grande passion pour le hockey. Richard Wagamese brosse le portrait d’un homme broyé par son destin et, plus largement, retrace l’histoire des autochtones victimes de leur époque et du déclin de leur culture. »

Un sujet encore mis aux bans de l’histoire, un sujet nécessaire pour mieux comprendre notre monde, nos points d’ombres collectifs, notre propre histoire. Un livre qui promet, encensé par la critique dans sa version anglaise.

Katherine Raymond

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