Le radar littéraire, c’est une fenêtre sur l’univers littéraire de l’adjointe à la rédaction du webzine Les Méconnus, Elizabeth Lord. Ici, place aux coups de cœur, coups d’œil, manies, lubies et autres passions triés sur le volet dans le but de vous tenter, de vous guider et de vous convaincre à lire plus, toujours plus.

Chien de fusil d’Alexie Morin : de la poésie dans ta poche

Le Quartanier présente sa nouvelle collection de format de poche en poésie : Écho Poésie. Lancée plus tôt ce printemps, la collection regroupe jusqu’à maintenant cinq titres mémorables parus dans les années passées. Le prix plus qu’abordable participe sans aucun doute à une démocratisation de la poésie, et comme c’est le mois national de la poésie, pourquoi ne pas y jeter un coup d’œil? Si vous n’aviez qu’un titre à acheter, c’est sans contredit sur Chien de fusil d’Alexie Morin que vous devez jeter votre dévolu. Et avouez qu’avec ce petit look vintage, on a envie de tous les avoir dans notre bibliothèque.

Chien de fusil, Alexie Morin, Le Quartanier, 2013. Dans la collection « Écho Poésie », 2018.

Darlène de Noémie D.Leclerc : mon mea culpa

Je dois faire déjà un mea culpa. Hé oui, seulement à ma première chronique et déjà, je me repens. Quand j’ai vu les réseaux sociaux s’enflammer à la parution de Darlène de Noémie D. Leclerc, j’étais perplexe. Certes, la jolie blonde piquait ma curiosité lorsque je la voyais un peu partout au bras de son mystérieux amoureux Hubert Lenoir. J’avais clairement sous-estimé le talent étonnant de cette jeune fille. Elle ne propose pas un premier roman parfait, mais Darlène est clairement un livre agréable, léger, rafraîchissant. Une vision du monde décalée, un ton bien à elle, il n’en faut pas plus pour conquérir les lecteurs, et elle réussit à le faire à merveille. À noter que le roman est paru en même temps que l’album de son amoureux, et porte le même titre. Ils ont clairement de la suite dans les idées ces deux-là, et gageons qu’on entendra parler d’eux encore bien longtemps.

Darlène, Noémie D. Leclerc, Québec Amérique, 2018.

Femmes et littératures : entretiens sur la création de Jean Royer : femmes et littérature

Bibliothèque québécoise présente un recueil passionnant d’entretiens, initialement publiés dans le quotidien Le Devoir, ayant pour thème central la création chez les femmes. Le journaliste Jean Royer s’est entretenu avec une foule d’écrivains durant sa carrière, mais c’est une trentaine d’entretiens avec des écrivaines qui constitue ce recueil. Plongée directe donc, dans l’univers créatif de femmes qui ont façonné la littérature québécoise contemporaine. C’est tout à fait passionnant de lire ce que France Théoret a à dire sur son processus créatif. C’est sans contredit un recueil d’entretiens que je conseille à tout ceux qui aiment s’interroger sur la manière dont on crée, ainsi que sur l’aspect féminin de la création.

Femmes et littératures : entretiens sur la création, Jean Royer, Bibliothèque québécoise, 2017.

Parlons du Frère Marie-Victorin

Cet hiver, les Éditions Boréal ont présenté le livre Lettres biologiques : recherches sur la sexualité humaine du Frère Marie-Victorin, une correspondance de celui-ci avec une dame de sa connaissance portant sur la sexualité. Lorsque j’ai reçu le communiqué de presse annonçant la parution de cet ouvrage, j’ai vu apparaître « danger, danger » en rouge majuscule dans ma tête. Publier un ouvrage de cette trempe dans l’ère de #metoo et de #balancetonporc relève presque de l’étourderie. Je me devais donc d’y jeter un œil. On connait les travaux de botanique du Frère Marie-Victorin, fier auteur de La Flore laurentienne. Il s’est évertué à poser le même regard scientifique sur la sexualité humaine dans une correspondance avec une bibliothécaire (et son assistante) Marcelle Gauvreau. Bien qu’elle fût elle aussi une grande scientifique québécoise, nous n’avons droit dans cet ouvrage qu’à la partie masculine des échanges. Et dans mon cas, le malaise est palpable.

Certes, le regard scientifique est bien présent, l’exploration, et le tout se fait dans un certain respect. Qui sommes-nous bien honnêtement pour juger de cet aspect en ayant accès qu’à une partie des lettres? Tout de même, je ne peux soustraire mon regard féministe sur la question et y recenser maintes petites touches de manipulation, de flatterie, de détournement de langage de la part du Frère. Marcelle Gauvreau reste muette jusqu’à la toute fin. Et de là, persiste mon malaise. Qu’Yves Gingras, le directeur du projet, mentionne dans l’introduction : « Seuls des esprits puritains, incapables de porter un regard historique et contextuel sur ces documents, pourraient en effet crier au scandale. » me fait hausser les sourcils. Je demande seulement qu’on interroge ces lettres, et que l’on n’oublie pas qu’une femme les recevait.

Lettres biologiques : recherche sur la sexualité humaine, Frère Marie-Victorin, Éditions Boréal, 2018.

Bonne lecture!

– Elizabeth Lord

Radar littéraire, une chronique à suivre tous les mois sur le webzine Les Méconnus!

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