Crédit photo : Suzanne O’Neill

Psychédélique Marilou, c’est le cas de le dire! Pas besoin de consommer du LSD pour savourer le ludisme et l’humour de cette pièce incomparable de Pierre-Michel Tremblay! L’auteur en résidence à la Licorne, qui a d’ailleurs signé les pièces à succès Coma unplugged et Au champs de Mars, revient ici avec une réflexion sur le sens de la vie. En collaboration avec le Théâtre La Manufacture, Philippe Lambert met en scène le personnage de Marilou, 22 ans, étudiante à la maîtrise en anthropologie.

Le sujet de son mémoire? L’héritage du mouvement hippie. L’un des angles qui l’intéresse? Le personnage mythique de Timothy Leary, ce chercheur qui croyait aux bienfaits thérapeutiques et spirituels du LSD. En 1960, à Harvard, ce gourou du psychédélisme effectue des études cliniques sur des volontaires (étudiants et prisonniers), leur administrant des substances psychotropes telles que des hallucinogènes compris dans certains champignons. Cet homme au parcours complètement surréaliste. Nixon le considérait dangereux. Il est condamné à une peine de dix ans de prison pour simple possession de marijuana. Après 6 mois, il s’évade et passe les dernières années de sa vie en cavale avec son épouse, entre la Suisse et l’Afghanistan avant d’être extradé aux États-Unis et mourir d’un cancer de la prostate.

Le personnage ne saurait se passer de présentation puisqu’il revit sous les traits de l’acteur Bruno Marcil. De « son cloud », comme il le dit pour illustrer la vie après la mort, il observe cette étrange famille et intervient dans leur psyché. Car oui, il n’y pas que Marilou (Alice Moreault) qui se questionne sur le fondement et l’intérêt de ses études supérieures. Ses parents baby-boomers vivent une profonde remise en question. Véronique (Isabelle Vincent) rêve encore à sa carrière d’actrice alors que Jean-Marc (Jacques Girard) veut quitter la politique pour ouvrir une boutique de vélos. L’auteur questionne ici la confrontation entre le respect de ses valeurs et la pression sociale.

Il cible plusieurs points intéressants dans sa pièce dont la culture du vide. Jean-Marc est addict à la chaîne Food Network ou comme il le précise lui-même, au food porn. Tremblay aborde également la désillusion des jeunes face à l’avenir et l’hypocrisie du monde politique qui ne finit plus de stagner et de prôner à coup de promesses outrancières la nécessité de l’austérité. Il y a dans cette pièce un profond désabusement qui habite chacun des personnages, mais ils vivront des bouleversements et des révélations dignes d’une expérience transcendantale.

Faire revivre le mouvement hippie

L’équipe de concepteurs parvient à créer un univers complètement déjanté et coloré, ne serait-ce que les accoutrements vestimentaires de Marilou conçus par la costumière Elen Ewing. Une garde-robe dont la palette de couleurs criantes en est presque aveuglante. Quant au décor de Geneviève Lizotte, elle a opté pour le minimalisme. Trois portes, côtés cour et jardin et l’une face au public devant laquelle se dresse un corridor qui sépare la salle en deux. Le fond de la scène rappelle l’Orange Julep, un cercle orangé sur lequel André Rioux fait miroiter des effets semblables à un kaléidoscope, donnant ainsi un effet psychédélique. Esthétiquement, c’est réussi.

Les lumières crues et aveuglantes traduisent les illuminations et les visions des personnages alors que la présence sur scène du groupe de musique Le Futur vient marquer les montées dramatiques, les tensions ou les révélations. Les deux musiciens, Thomas B. Champagne et Alexis Aubin-Marchand, sont d’ailleurs vêtus d’une chemise rayée multicolore. Leurs cheveux longs rappellent l’époque hippie.

Soulignons le jeu impeccable de Bruno Marcil qui incarne plusieurs rôles. Il est tout simplement hilarant, tant en M. Morelli, si attachant, mais illustrant le cliché parfait du professeur dans la quarantaine qui séduit ses étudiantes admiratives. Ou encore dans le personnage d’Elias Gememoi (lire ici Je-Me-Moi), un metteur en scène hautain et snob qui fait fantasmer Véronique, chroniqueuse culturelle et animatrice radio. Et bien sûr, il ravive un Timothy Leary, l’air d’un gourou vêtu d’un long peignoir et d’une coiffe, l’air relax. La distribution est tout simplement édifiante et leur jeu humoristique, remarquable. Toutefois, je lève mon chapeau à Jacques Girard qui a hérité d’un personnage savoureux et nuancé. Il est autant attendrissant dans sa relation avec sa fille tentant de lui expliquer l’économie de marché que loufoque et farfelu lorsqu’il part sur son trip d’antidouleurs, collier cervical au cou, bandage à la tête.

On peut dire que Pierre-Michel Tremblay signe une pièce qui nous bouscule sur la vie, nos aspirations et nos idéaux. Il pointe du doigt une société qui s’enlise dans le vide, dans les apparences et dans le futile. La désillusion et le scepticisme sont palpables, mais la réflexion des personnages mène vers une lueur d’espoir… Si Timothy Leary utilisait le LSD à des fins thérapeutiques et spirituelles, Pierre-Michel Tremblay nous convie à une expérience unique, un voyage ou un songe qui laisserait une trace indélébile sur nos consciences.

Edith Malo

Psychédélique Marilou, mis en scène par Philippe Lambert et présenté au Théâtre la Licorne du 19 septembre au 28 octobre 2017. Pour plus détails, c’est ici.

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