Il y a de ces pièces qui marquent et qui finissent, d’une manière ou d’une autre, par habiter les personnes qui y assistent. Extraordinaire, n’est-ce pas? Oh que oui! Sauf quand on n’a pas la chance d’y assister par conflit d’horaire. C’est pourquoi j’ai tout de suite répondu présente en réalisant que la pièce présentée par le Théâtre de La Manufacture, Des promesses, des promesses de Douglas Maxwell dans une traduction de Maryse Warda, allait revenir sur les planches de La Petite Licorne après un succès en novembre 2016. Retour (et humble mea culpa).

C’est une Micheline Bernard au sommet de son art qui donne voix à Miss Brodie, une enseignante au caractère bouillant. Après une retraite de courte durée, elle reprend du service en tant que suppléante dans une école primaire de Londres. Tout allait bien, jusqu’à ce que l’annonce de l’arrivée d’une étudiante somalienne vienne perturber l’établissement tout entier. C’est que la petite serait muette, possédée… et bref, dérangeante. En apprenant que ses élèves devront assister à un rituel sacré lors de la première journée de la petite fille, Miss Brodie refuse catégoriquement. Pourquoi traumatiser ces enfants? Pourquoi la traumatiser elle, la petite Somalienne?

Devant cette situation qu’elle juge inacceptable, Miss Brodie n’hésitera pas à aller vers des extrêmes pour défendre son point de vue. En bon chemin, elle apprendra des détails très troublants qui la confronteront à son propre rapport à l’enfance. Bien vite, les spectateurs pourront se rendre compte que tout n’est pas clair dans la tête de l’enseignante. Entre vieilles histoires, problèmes de consommation et usure du temps, la pauvre femme tente tant bien que mal de faire du sens dans une vie qui lui file de plus en plus entre les doigts. La pièce est intense, chargée, et c’est presque absurde de penser que l’histoire est tirée d’un fait divers. C’est pourtant vrai.

La scénographie sobre sert bien une mise en scène de Denis Bernard pensée au quart de tour. Si on a parfois senti le poids du monologue sur les épaules de Micheline Bernard, entre pauses parfois un brin trop longues ou hésitations quasi-imperceptibles, on ne peut que saluer le talent incroyable qui appuie son interprétation. D’où mon mea culpa : il était temps que je puisse hocher la tête avec conviction en entendant que Des promesses, des promesses est une proposition incontournable.

Mélissa Pelletier

Des promesses, des promesses du Théâtre de La Manufacture, du 19 mars au 6 avril 2018. Une série de supplémentaires a déjà été annoncée du 11 au 22 mars 2019. Les billets sont en vente dès maintenant ici.

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