vec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Soyons clair, il ne faut pas avoir lu La promesse de l’aube de Romain Gary pour apprécier cette nouvelle adaptation au grand écran que nous offre Éric Barbier. Ainsi, il sera plus facile d’apprécier l’effort du réalisateur et le fort joli mélodrame qui en résulte.

La première chose qui frappe dans le film La promesse de l’aube, c’est la beauté. La cohésion entre la direction artistique et la direction photo offre une esthétique dont on ne se lasse pas. Glynn Speeckaert travaille la lumière de façon à nous transporter sans effort de la Pologne, à Nice, à l’Afrique. La superbe musique de Renaud Barbier, si elle manque de subtilité, compense en splendeur et enveloppe le film dans ses envolées sentimentales. Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg (qui a appris le polonais pour la cause) mènent la barque avec efficacité faute d’éblouir. Si on s’intéresse au film sans se soucier du texte original, on se trouve devant une l’histoire fort belle, mais un peu simpliste, même si regorgeant de péripéties, d’un amour maternel passionné et envahissant et du fils aliéné qui peinera à y échapper. Par contre, si on approche le film avec le roman dans le cœur, l’adaptation risque de blesser.

Bien sûr, La promesse de l’aube est le type de roman qui appelle chez le lecteur une relation intime avec son humour, ses perles philosophiques et cette écriture personnelle qui fait croire à la confidence. C’est un livre qui fait du bien à l’âme et qui éclaire dans les moments de noirceur (pour peu que l’on oublie que Romain Gary lui-même a fini par embrasser son revolver). Certes, le livre est mélancolique, souvent dramatique, voire tragique, mais le ton unique de l’auteur allège l’ensemble. Malheureusement, on ne peut pas dire que ce le réalisateur a su préserver cette signature dans son film. La narration, faite par Niney, est susurrée solennellement – même les blagues(!). De cette façon, exit la poésie, exit l’humour, exit la subtilité! Même si Gainsbourg arrive à nous la rendre attachante à travers toute sa flamboyance, le personnage de Nina Kacew est ramené à ce qu’il a de plus caricatural, de plus monstrueux, alors que Romain Gary avait pris soin de la dépeindre dans son livre avec toutes les nuances nécessaires aux humains. La sinueuse, mais superbe histoire d’amour entre un fils et sa mère devient une histoire de possession sans relief.

L’autre point faible de l’adaptation réside dans le scénario. Comme c’est un livre rocambolesque, il a fallu en laisser beaucoup de côté pour être capable d’en faire un film  d’une durée raisonnable et il sera normal que d’un lecteur à l’autre, on risque de rencontrer des frustrations et des désaccords quant aux dits choix. Il devient d’autant plus farfelu de voir les scénaristes (Éric Barbier et Marie Eynard) escamoter les scènes porteuses du propos du livre et ajouter des scènes qui n’ont jamais habitées les pages du livre. On se demande pourquoi gaspiller du minutage, alors qu’il y aurait eu plus pertinent à filmer (pourquoi nous emmener à l’écriture du roman au Mexique, plutôt que de tout simplement ouvrir sur cette plage qui débute le roman?).

Ainsi, plus l’adaptation va de l’avant, plus il est difficile de ne pas y voir une trahison. Prenons, par exemple, ce petit détail qui me semble traduire tout le problème du film : Romain Gary fait, dans son roman, l’éloge des concombres salés qu’on trouve en épicerie russe et qu’il mange dès qu’il en a l’occasion. Il prend la peine de s’arrêter sur la nomenclature et de spécifier qu’il ne s’agit pas ici de cornichons, mais bien de concombres. Qu’est-ce que le personnage de Pierre Niney offre de partager à une jolie passagère de train?  (Spoiler : des cornichons!)  Ce détail est sans importance, je sais, mais il est, à mon avis de lectrice peut-être un peu radicale, révélateur du manque de finesse derrière le travail d’adaptation.

Il y aura donc deux publics pour ce film; ceux qui arriveront à la rencontre de l’histoire le cœur vierge et qui seront charmés par le drame romanesque et ceux qui chercheront en vain à retrouver l’ami qu’ils avaient rencontré en Romain Gary.

– Rose Normandin

La promesse de l’aube est en salle depuis le 13 avril 2018.

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