Esther Gaudette Crédit photo : Sylvie-Ann Paré

Pour sa septième édition, les Prix de la danse de Montréal se sont tenus dans le tout nouvel espace pour la danse, l’Édifice Wilder, la semaine dernière. Pour l’occasion, c’est l’incontournable Louise Lecavalier qui présidait, à la demande de Marie Chouinard, fondatrice et présidente. Animée par Anik Bissonnette, directrice artistique de l’École supérieure de ballet du Québec, la remise s’est déroulée sous l’œil de la communauté de la danse, avec bonne humeur et émotion.

Honorer la scène montréalaise

Après un tendre hommage au fantastique Vincent Warren, grand monsieur de la danse, la cérémonie a pris place. Il a d’abord été question de récompenser une interprète dans la catégorie « découverte ». C’est grâce à son implication et sa présence scénique hors du commun au sein de la pièce Pour de Daina Ashbee que l’artiste Paige Culley a su séduire le jury.

Dans la catégorie « diversité culturelle en danse », un artiste connu et reconnu de la scène montréalaise a ensuite été mis à l’honneur pour son œuvre complète, son hybridité artistique et son engagement auprès de la communauté de la danse. Pionnier dans la volonté d’ouvrir les frontières entre danse contemporaine, ballet et danses de rue, Victor Quijada a encore une fois prouvé la pertinence de sa place dans le milieu.

Dans la catégorie « Interprète », ce sont deux artistes ex aequo qui ont obtenu le prix. D’un côté, Esther Gaudette pour sa sensibilité et sa puissance dans When The Ice Melts, Will We Drink The Water? de Daina Ashbee. De l’autre, Manuel Roque pour sa technique, sa rigueur et sa démarche artistique dans son solo bang bang, qui a aussi remporté le prix du CALQ pour la meilleure œuvre chorégraphique.

Deux prix ont honoré des acteurs plus dans l’ombre afin de mettre en avant leur contribution essentielle dans le milieu de la danse. Lorraine Hébert, ex-directrice du Regroupement québécois de la danse a remporté le prix dans la catégorie « gestionnaire culturelle ». Constance V. Pathy, elle, a obtenu le prix de la danse dans la catégorie « contribution exceptionnelle » grâce à son action philanthropique majeure dans les domaines de la musique, et de la danse notamment au sein des Grands Ballets Canadiens de Montréal.

Enfin, le « grand prix » de la danse de Montréal 2017 a été attribué au chorégraphe Daniel Léveillé, dont la signature et la démarche traversent les années et façonnent le paysage montréalais. La longévité de sa carrière ainsi que la reconnaissance auquelle il a droit, tant nationale qu’internationale, en tant que chorégraphe, mais aussi en tant que pédagogue, ont été soulevé. Son travail de soutien et de transmission auprès de plusieurs artistes a aussi été un des points importants mis en avant par le jury.

Paige Culley Crédit : Sylvie-Ann Paré

Artistes humbles et engagés

C’est dans l’humilité et sous les applaudissements que chaque artiste est venu récupérer son prix. L’important dans cette cérémonie? L’engagement et les propos que les interprètes, chorégraphes, gestionnaires et acteurs du milieu de la danse, ont tenus.

Manuel Roque a notamment évoqué le besoin de « parler de sensations ». Il a déploré la société consumériste et a prôné l’envie de créer « pour vrai », de faire quelque chose de viscéral et de profond, de s’attarder sur le processus et non sur le but final et la production de pièce à des fins uniquement de diffusion et de promotion.

L’interprète Esther Gaudette, elle, a souligné l’ « empowerment » des femmes et a livré un discours tout en sensibilité. Lorraine Hébert a parlé d’améliorer « les conditions de vie des artistes et des travailleurs culturels », les larmes aux yeux. Aussi, Victor Quijada a offert un beau discours sur la ségrégation entre les hommes, dans n’importe quel domaine.

Daniel Léveillé s’est quant à lui lancé dans une autobiographie touchante et a voulu livrer sa compréhension précoce pour la danse. « Je regardais et je comprenais tout ». Il a aussi parlé de la beauté du corps et de l’humanité qui, pour lui, se trouve dans l’imperfection.

Ainsi, c’est une belle cérémonie qui s’est jouée devant nos yeux, entre discours et émotions. On se doit cependant de soulever l’aspect plus politique et engagé des lauréats cette année, qui n’ont cessé de remercier les gens dans l’ombre. Avec des gagnants pour la plupart déjà largement intégrés dans le système de la danse contemporaine au Québec, on peut peut-être se questionner sur le titre de l’événement : s’agit-il des Prix de la danse de Montréal ou des Prix de la danse contemporaine de Montréal? De plus, serait-il possible d’avoir de telles récompenses pour la relève afin de les encourager et favoriser ainsi les jeunes générations à eux aussi créer et à avoir la parole?

Léa Villalba

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