Ces jours-ci, Rose Normandin s’attaque à la pile de livres qu’elle a délaissée cet été pour boire des margaritas. (Ben, quoi?) Qu’est-ce qui a attiré son attention dans le monde de la bande dessinée? Voilà.

Les petites victoires d’Yvon Roy

Voici une oeuvre délicate et personnelle qui traite de la relation d’un père (Max) avec son enfant autiste (Olivier). Inspiré par l’expérience de l’auteur, le livre fait le récit de l’odyssée qu’entreprennent Max et Chloé, lorsqu’ils reçoivent le diagnostic de leur enfant. Incapable d’accepter l’approche généralement proposée par le système, Max décide de faire ses propres expériences afin d’extirper Olivier de son isolement. Le récit ne se veut pas un mode d’emploi pour les parents d’enfants atteints d’un TSA, mais plutôt un témoignage qui pourrait servir d’inspiration à quiconque éprouve des difficultés dans son contrat parental.

Même si les dialogues semblent parfois un peu forcés, voire un peu didactiques, le livre fait preuve de beaucoup d’authenticité. La générosité avec laquelle l’auteur met en scène l’intimité de cette famille, dans toute son imperfection et sa vulnérabilité, ne peut qu’émouvoir. Le petit Olivier est très attachant et les parents reconnaîtront dans une case ou l’autre leur propre enfant.

Le dessin est précis, investi, le découpage inventif et l’illustration du paysage intérieur de l’enfant est très touchante. Yvon Roy possède un sens du rythme efficace, capable de faire défiler beaucoup de temps en peu de pages, pour tout à coup marquer une pause, s’arrêter sur un moment doux, observer la nature, et glisser un peu de poésie dans un quotidien ardu.

Mon seul bémol: le manque d’approfondissement du personnage de Chloé, la mère d’Olivier, qui semble n’être qu’un support quasi-indéfectible pour les idées de Max. Il est dommage que le témoignage d’un père fasse aussi peu de place à la mère, surtout quand les personnages se targuent de faire une super équipe (malgré la dissolution de la situation maritale). Mais, il s’agit là d’un bien maigre bémol devant toute la tendresse et l’espoir émanant de l’oeuvre.

Les petites victoires offre de la lumière à ceux qui se sont fait lancer des balles courbes.

L’une pour l’autre d’Hilding Sandgren

L’une pour l’autre reprend quelques années après les événements racontés dans Ce qui se passe dans la forêt (2016) et s’intéresse encore aux violences que peuvent subir les jeunes filles. Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir lu le premier livre pour apprécier l’histoire sensible et subtile du deuxième.

Aida, Marlène et Tess sont inséparables depuis toujours. Âgées maintenant de seize ans, elles apprennent à naviguer les eaux troubles du passage de l’enfance à l’âge adulte avec tout ce que ça peut comporter de déstabilisant. À travers les parents abusifs, les parents envahissants, les partys qui dégénèrent, les abus de confiance, la sexualité floue, les nouvelles histoires d’amour et la découverte de soi, L’une pour l’autre explore la solidarité féminine et les amitiés symbiotiques sur fond de campagne suédoise.

Le roman graphique se déroule lentement, avec un trait caméléon qui va de la précision au brouillon, teintant les planches d’une charge émotive brute, presque violente. Colorés en noir et gris, les dessins ont beaucoup de mouvements pour dépeindre les aléas de l’adolescence et ce sentiment d’être partout sans aller nulle part.

Le découpage s’attarde aux détails, en choisissant souvent les gros plans pour faire passer une émotion. Même s’il n’y a pas beaucoup de dialogue, il est nécessaire de lire cette bande dessinée en prenant son temps pour bien pénétrer l’univers de chacune des trois filles. Il faut savourer les silences et analyser les regards pour bien saisir les subtilités que met en scène Sandgren. Ce qui est important dans ce livre se trouve souvent entre les cases.

Si le sujet peut paraître lourd, L’une pour l’autre se tient très loin du mélodrame. Il s’agit plutôt de la saisie d’une série de tranches de vie décisives pour la construction identitaires des filles. Un roman sur l’amitié plein de tendresse et de retenue.

Rose Normandin

Les petites victoires, Yvon Roy, Éditions Rue de Sèvres, 2017.
L’une pour l’autre, Hilding Sandgren, Éditions Ça et là, 2017.

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