Toujours dans le but de faire du rattrapage dans ma pile…

D’abord publié en anglais, sous forme d’épisodes par l’éditeur américain Study Group Comics, Titan de François Vigneault se joint au catalogue des éditions Pow Pow dans une traduction d’Alexandre Fontaine Rousseau (Pinkerton, Les Cousines vampires).

Joao Da Silva, un Terrien, est envoyé sur la planète minière de Homestead pour une inspection de routine. Du moins, c’est ce que les travailleurs, des géants nommés Titans qui sont le résultat de modifications génétiques, croient. Ces modifications les ont rendus aptes à travailler dans des conditions difficiles, mais leur rend la vie sur Terre impossible à cause de la gravité. Ils sont considérés comme de l’équipement d’usine davantage que comme des hommes, traités comme de la racaille à l’intérieur de ghettos. Ce qu’ils ignorent, c’est que leur station est désuète et leur travail coûte plus à la compagnie qu’il ne rapporte. Leur avenir devient alors plus qu’incertain.

S’ensuit donc un drame social où les Titans, représentés syndicalement par la téméraire Phoebe Mackintosh, essaieront de faire entendre leur revendications pour une vie de meilleure qualité. Avec l’aide de Mackintosh, Da Silva tentera d’éviter le conflit interplanétaire.

Le dessin de Vigneault donne à l’univers et à ses personnages une aura de crasse et de sueur. Le trait dégouline sur la page comme la saleté et le cambouis. Si les rebondissements sont un peu prévisibles pour ceux qui ont lu (ou vu) souvent ce genre de sci-fi, reste qu’on prend plaisir à regarder le combat que se livre les deux factions. L’auteur dresse la situation avec assez de complexité, d’humanité et de réalisme pour que le lecteur ne sache pas trop où placer son allégeance, les idéaux et les moyens pris pour les atteindre étant conflictuels.

La palette de couleurs composée de noir, blanc et rose/mauve, dote Homestead d’une atmosphère originale et compose une ambiance galactique vivante. Cet éclairage singulier n’est pas sans rappeler les films de sci-fi des années 80 comme Blade Runner ou Total Recall qui avait une facture visuelle évocatrice, capable de capturer l’imaginaire du spectateur dès le premier plan.

Autre détail conférant au récit une qualité supplémentaire est la présence de la musique. Les deux personnages principaux étant mélomanes, les chansons de notre siècle sont partout. Un lecteur vraiment enthousiaste pourrait même se les mettre en soundtrack pour certaines scènes.

Le dernier chapitre aurait pu tenir lieu de deuxième tome si l’auteur l’avait voulu. Il aurait pu ainsi prendre davantage son temps pour développer les personnages secondaires et les éloigner de leurs archétypes. Nonobstant cela, il faut dire que Titan est très satisfaisant avec son 198 pages.

Récit d’une révolution futuriste comme il s’en joue quotidiennement sur notre planète, la lecture de Titan nous permet d’espérer qu’il ne nous faudra pas attendre 2199 pour échapper à nos propres cercles vicieux.

Rose Normandin

Titan, François Vigneault, éditions Pow Pow, 2017.

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