Crédit photo : Kimberly Farmer

Le printemps dernier nous a donné beaucoup d’ouvrages intéressants dans la bande dessinée. Malheureusement avec le marathon des festivals, les vacances, la plage et les margaritas, le temps a manqué pour donner la couverture qui revenait à certains titres. Et les Éditions Mécanique Générale, vous nous êtes tombé dans l’œil. Avant que les sorties de l’automne ne volent la vedette, voici venu le temps de remettre ces oeuvres de l’avant.

Une longue canicule d’Anne Villeneuve

Marie-Hélène arrive des Îles de la Madeleine pour s’installer à Montréal. Elle espère entrer au Conservatoire d’art dramatique, elle a loué un appartement dans ce qui semble être Hochelaga-Maisonneuve, se lie d’amitié avec sa vieille voisine. La vie est douce, même si elle traîne quelques blessures du passé. Le roman graphique se concentre sur les treize jours de canicule pendant lesquels elle apprivoisera sa nouvelle ville. La chaleur montréalaise est palpable.

Si l’histoire n’est pas particulièrement originale, la candeur du personnage principal est bien cernée. On sent la sensibilité de l’auteur de par sa façon d’illustrer la simplicité du quotidien. La justesse des moments capturés insuffle une jolie langueur aux pages du livre.

Mais c’est véritablement le dessin qui fait la bande dessinée. Anne Villeneuve a un trait magnifique, tout en mouvement. On se désole que les planches soient en noir et blanc (surtout en regardant la couverture), même si elles sont ombrées de manière dynamique. Il est certain qu’un peu de couleur aurait mis de l’avant la richesse du dessins de l’auteur.

Une longue canicule est un livre parfait pour faire durer l’été.

Le Couperet de Philippe Girard

Un peu Edgar Allan Poesque, un peu Kafkaesque, Le Couperet est un plaisir malicieux. Un peu dans la tradition de The Turn of the Screw, des hommes (quelques médecins reconnus tels que Freud et Jung pour ne nommer que ceux-là) sont réunis autour d’une table où l’un d’eux raconte un cas horrible qui lui a été donné de voir. S’ensuit le récit grotesque d’un homme qui, à quelques minutes de demander son aimée en mariage, se voit mutilé lorsqu’il utilise des figures de style trop graphiques.

Jolie allégorie sur le pouvoir des mots, en plus d’être une observation sur le délabrement du corps humain, la lecture est hautement divertissante. La structure est précise, le découpage rythmé et intrigant. L’auteur a de la tendresse à l’endroit de son personnage qui voit son corps lui échapper à un rythme effarant. Le dessin est caméléon, allant du trait direct de l’auteur à différents pastiches d’une sélection d’artiste visuels allant de Miró à Pollock en passant par Warhol. Le visuel du livre est à la hauteur du récit en ce qu’il offre de surprises et de rebondissements.

Si la fable grand-guignol amuse, l’oeuvre ne dépasse pas le divertissement. Certains liens demeurent flous et on termine la lecture avec quelques questions. Il s’agit de l’illustration originale d’une angoisse commune, avec un concept qui finit par manquer de profondeur, mais quel plaisir de lecture!

Rose Normandin

Une longue canicule, Anne Villeneuve, Éditions Mécanique Générale, 2017.
Le Couperet, Philippe Girard, Éditions Mécanique Générale, 2017.

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