C’était il y a à peine quelques mois, j’ai été soufflée par la chorégraphie de Marie Chouinard dans le cadre du spectacle Triptyque présenté à la Tohu. À mon arrivée hier soir, à la salle Maisonneuve de la Place des Arts, une ambiance fébrile était déjà palpable parmi les spectateurs. Visiblement, je n’étais pas la seule à avoir le sentiment que j’allais vivre une heure mémorable.

Jusqu’au 2 avril, Marie Chouinard et Danse Danse offre de nouveau, à Montréal, Prélude à l’après-midi d’un faune et Le Sacre du printemps, deux classiques du répertoire de la chorégraphe. Ce programme double a été dansé et acclamé sur plusieurs scènes du monde pendant les dernières vingt années. Afin de magnifier celles-ci, l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal accompagne en musique les danseurs sur scène. Le résultat est fabuleux, une symbiose parfaite et envoûtante se crée entre son et mouvement.

Le spectacle s’ouvre sur le poème symphonique de Debussy dévoilant ce faune, personnifié par la danseuse d’expérience, Carol Prieur. Mi-humaine, mi-animale, cette divinité mythologique à deux cornes, à un pied de chèvre et poilue a le geste précis, incarné, sauvage; la bête envahit l’espace. C’est aussi par une protubérance phallique que cet être hybride exprime les pulsions sexuelles qui l’habitent, faisant écho à notre propre animalité.

Une aube foisonnante

Le souffle puissant du Sacre du printemps de Stravinski met en scène treize danseuses et danseurs. Successions de tableaux en solo ou à plusieurs, cette œuvre chorégraphique semble prendre naissance à l’aube : là où il y a fécondité, là où tout éclot, là où tout est à naître. La performance de chaque membre de la troupe est éblouissante et enivrante. En coqs, les torses se bombent; en félins, les griffes sont acérées; en insectes, les corps se tortillent. Chacune des interprétations est très physique et exige une technique sans failles. Marie Chouinard réussit le défi d’une gestuelle complexe, saccadée, martelée, tout en étant gracieuse, ample et sensuelle.

Ce spectacle séduit également par sa grande esthétique. Celle de la mise en scène, celle des corps performants, celle des chorégraphies, celle de la fusion entre danse et musique. Une heure et dix minutes de pur ravissement qui lui a valu une longue ovation debout bien sentie et ponctuée de cris d’allégresse « Bravo ! Bravo ! ». Je suis repartie de la salle un peu sonnée, émue par la dose d’énergie soutenue et intense que je venais de recevoir.

Marie-Paule Primeau

Le spectacle Prélude à l’après-midi d’un faune + Le Sacre du printemps est présenté conjointement par Danse Danse et la Compagnie Marie Chouinard à la salle Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 2 avril 2016.

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