Hurray for the Riff Raff / Photo : Olivier Dénommée

Mine de rien, cinq jours d’un festival comme POP Montréal, ça épuise. Deux journalistes ont trouvé l’énergie de voir un dernier spectacle dimanche soir avant de prendre du repos bien mérité en retournant travailler le lendemain (on se repose comme on peut, hein!). Comptes rendus :

Mount Eerie + Cedric Noel

À notre arrivée à la Fédération ukrainienne, Cedric Noel est déjà sur scène. On se faufile pour trouver discrètement une place. Déjà, l’air est chargé, la chaleur est écrasante. Il n’y a pas le moindre souffle pour l’atténuer, quoique la voix et les mélodies de Noel nous aident à apprécier ce supplice de sudation extrême (rien de moins!). On a affaire à un grand gaillard à la voix forte et assurée, une voix de laquelle se dégage une émotion sincère où perce une certaine fragilité, un vulnérabilité. Quelque chose de parfaitement imparfait. On se dit qu’on aurait dû être à l’heure et qu’on va certainement réécouter son album Under a Falling Building and Out the Other Side.

Puis on prépare la scène pour Mount Eerie a.k.a. Phil Elverum. Un seul micro et les vestiges de ce qui dut être jadis un fier conifère jonchent le sol. On se demande à ce moment si on a affaire ici. Lorsqu’on a entendu le dernier album de Mount Eerie en mars dernier, on a été incroyablement touché. C’était évident qu’on voulait être ici ce soir. Néanmoins, on a l’impression, ici, maintenant, d’entrer profondément dans l’intimité d’autrui.

Pour ceux qui l’ignore, l’album A Crow Looked at Me aborde d’une façon très personnelle et intime le décès de l’épouse d’Elverum, Geneviève Castrée (elle-même artiste multidisciplinaire, bédéiste, poétesse, auteure-compositrice-interprète), survenu en juillet 2016 après une difficile lutte contre la maladie, un cancer du pancréas. C’est littéralement un journal intime où il partage ses réflexions et revisite les moments qui ont précédé et suivi sa mort.

Mount Eerie / Photo : Mona Lacasse

Dès son arrivée sur scène, Elverum annonce que les chansons de ce soir sont adressées à sa femme, Geneviève, et que c’est spécial, car ici des gens la connaissaient. Dès lors, l’assistance applaudit longuement et chaleureusement, et le malaise chez certains semble (un peu) se dissiper. C’est comme si collectivement on voulait lui donner une petite dose de réconfort dans l’épreuve. Parce que le deuil est douloureux, et la cassure semble toujours là.

En plus des chansons figurant sur son dernier album, il nous offre de nouvelles pièces, toutes à la mémoire de sa douce, toutes aussi poignantes d’émotions, d’amour, de rage, de tristesse, et de doux souvenirs. C’est intense, pesant, beau et vrai.

Toute juste avant le dernier morceau, Elverum indique qu’il ne rejouera plus toutes ces chansons ici à Montréal… peut-être quelques-unes, mais pas comme ça, parce qu’il ne peut pas y replonger constamment. Après les dernières notes, un bref sourire, un salut de la tête et il quitte la scène. On ignore comment il a vécu cette rencontre devant le public montréalais, devant certains proches de la disparue, mais on espère que ce fut un peu comme une catharsis. (Mona Lacasse)

Hurray for the Riff Raff + Carodiaro

Dernier spectacle de POP Montréal : celui de Hurray for the Riff Raff et de Carodiaro. La fatigue était au rendez-vous, mais une petite dose d’énergie pour finir en force ne serait pas refus. Disons que les chansons minimalistes et vaguement déprimantes de Carodiaro, alias Maica Armata, n’ont pas particulièrement aidé mon état. La Montréalaise était seule avec sa guitare, et bougeait assez peu sur la scène du Piccolo Little Burgundy, dans un sous-sol du Rialto où le réseau ne se rendait pas. Ses rares interactions mémorables ont été de dire en anglais que c’était son dernier show (sa page Facebook semble confirmer que le projet Carodiaro arrive à sa conclusion), et que normalement, une chanson était plus dancy que la version déprimante qu’elle livrait. Les gens ont bien applaudi à la fin de son bref set, mais on espérait probablement tous intérieusement que la tête d’affiche allait nous redonner un peu d’énergie.

Carodiaro / Photo : Olivier Dénommée

Aveu : je connaissais Hurray for the Riff Raff de nom essentiellement, et je savais que le groupe était classé dans la section folk (référence : le classement de la défunte chaîne HMV). Je m’attendais plus ou moins à un folk cajun et à un peu de bluegrass. Au début de la performance, cela ressemblait à peu près à ces attentes… Puis soudainement le groupe s’est lancé dans un rock ’n’ roll décoiffant, qu’il a assumé jusqu’à la fin du spectacle. Le public a visiblement bien apprécié, sautant avec la chanteuse Alynda Segarra, particulièrement intense et charismatique sur scène. Elle a profité de sa tribune pour rappeler que son pays, les États-Unis, est un vrai bordel. À cause de Trump ou de Irma? Comme la chanteuse a des origines porto ricaines, on devine que c’est plutôt son président qui la tourmente. Le moment fort de la performance : la chanson Pa’lante, qui se traduirait par « aller de l’avant », faisant un pied de nez à tous ceux qui veulent mettre des bâtons dans les roues de nos rêves. Terminant avec cette puissante chanson, la foule, nombreuse malgré l’heure, en a redemandé avant de quitter, on l’imagine, satisfait de sa fin de semaine. (Olivier Dénommée)

Hurray for the Riff Raff / Photo : Olivier Dénommée

On sort de ce 16POP Montréal épuisés, mais on se dit quand même, sans hésiter : « à l’année prochaine! »

– Olivier Dénommée et Mona Lacasse

Le 16e festival POP Montréal a eu lieu  du 13 au 17 septembre, à Montréal.

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