Judith Little-Daudelin, Marie-Pierre Arthur, Amélie Beyries / Photo : Olivier Dénommée

Notre aventure POP Montréal s’est poursuivie vendredi, avec pas deux, mais quatre journalistes aux aguets, assoiffés de bonne musique émergente. On a généralement réussi notre pari, bien qu’on note quelques petites déceptions… Voici ce qu’on retient de ce vendredi estival de septembre.

Faith Healer

Faith Healer / Photo : Mona Lacasse

C’est aux Studios Breakglass à l’heure du lunch que débute étonnamment notre journée. C’est que POP Montréal fait équipe avec la station de radio KEXP (de Seattle) pour présenter tout au long du festival une série de performances d’artistes canadiens, filmées en direct devant un petit public. Faith Healer débute donc sa journée par une séance d’enregistrement; on retrouvera le groupe en fin de soirée avec Woolworm et Renny Wilson (le guitariste du groupe) en solo à la Brasserie Beaubien.

Sans être unique, l’expérience est tout de même spéciale, tant pour nous public que pour la troupe d’Edmonton. Disons qu’un casque d’écoute sur la tête, ça change un peu de la traditionnelle performance live et enlève un brin de naturel. N’empêche, tous ceux présents sont enthousiasmes, et la complicité entre Jessica Jalbert et Wilson est palpable. Et c’est honnêtement parfait pour apprécier les pièces de leur nouvel opus, Trysorti à il y a à peine quelques jours. La voix de Jalbert est claire et précise, sans fioriture ou excès, et c’est pourquoi elle est si charmante. Et la force des arrangements ne fait que la mettre en valeur de façon subtile et efficace. L’ambiance pop-rock très près des classiques des années 60 et 70, doublée du beau soleil qui perce par une des fenêtres du studio nous donne le goût d’aller nous prélasser dans l’herbe et de tomber en amour. (Mona Lacasse)

RZA

Notre prochain arrêt nous amène plutôt au Théâtre Rialto. Dans le cadre de Sessions 375 X POP Montréal, on nous y convie à venir revoir le classique des films d’arts martiaux,  The 36th Chamber of ShaolinSorti en 1978, le film a connu un regain de popularité en 1993 avec la sortie de l’album Enter de Wu-Tang (36 Chambers), du Wu-Tang Clan, parsemé de différents samples provenant de films de kung fu. Pour l’occasion, le leader officieux du groupe, RZA, est avec nous pour assurer la piste sonore. Oui oui, rien de moins. On est ici à mi-chemin entre les volets musique, film et conférence de POP Montréal.

RZA nous explique avoir vu le film pour la première fois à 12 ans et en avoir été grandement influencé. Les difficultés des villageois opprimés par une autorité toute-puissance et répressive, trouvant alors une certaine résonance et des parallèles à son propre vécu de jeune afro-américain. Pour RZA, le film ne parle pas qu’aux gens opprimés, mais montre que l’on peut surmonter des obstacles, avec de la ténacité, de la détermination, des efforts. Et qu’il faut avoir des rêves et y croire, malgré l’adversité et les contretemps. Woah, RZA conférencier en motivation, on aime!

RZA / Photo : Mona Lacasse

Alors, il nous dit avoir vu le film des centaines de fois : du coup, nous on se dit qu’il est plus que qualifié pour assurer le live score. C’est devant nous qu’il construit sa propre trame avec une collection d’audio files, incorporant tantôt des extraits de musique soul, tantôt le catalogue du Wu-Tang. Personnellement, je n’ai honnêtement jamais autant apprécié un vieux film de kung fu qu’aujourd’hui, et surtout rarement autant hoché la tête et tapé du pied au cinéma! C’est au final une expérience audiovisuelle qui mélange les genres, les cultures et les époques, et c’est drôlement réussi.  (Mona Lacasse)

Beyries + Ludovic Alarie

POP Montréal est une occasion en or de faire des découvertes dans de petites salles, dans une ambiance souvent très intime. Malgré cette belle opportunité, j’ai choisi de me retrouver avec 900 autres personnes au Club Soda pour y revoir Beyries. La performance qu’elle avait livré à Grosse Lanterne (Béthanie) ne m’avait pas encore rassasié.

Annoncé à 20 h, le spectacle a commencé quelques minutes plus tard avec l’arrivée du jeune Ludovic Alarie. Une première partie dont plusieurs se seraient bien passés : l’auteur-compositeur-interprète, pourtant déjà fort de deux albums, semblait timide devant un Club Soda qui n’était pas venu pour lui. Le son n’a pas aidé à nous donner envie de trop écouter sa proposition… ce n’est qu’après deux ou trois chansons que l’on a pu confirmer qu’il chantait bien en français et non en anglais. Pourtant, il y avait de bons éléments, comme son trio qui offrait quelques belles textures, même si elles finissaient généralement noyées par trop de distorsion ou de feedback. Il a joué une trentaine de minutes, après avoir tenté en vain d’interagir avec le public du Club Soda. « Avez-vous vu beaucoup de shows à POP Montréal? … C’est votre premier? … Cool. »

Ludovic Alarie / Photo : Olivier Dénommée

Peu après 21 h, celle que tout le monde attendait est enfin arrivée sur scène. Amélie Beyries est arrivée avec cinq musiciens et un sourire qui trahissait son plaisir de voir un Club Soda plein juste pour elle. Elle a entamé « Wondering » pour commencer, enchaînant une bonne partie du spectacle les chansons de l’album Landing, que plusieurs fans ont probablement écouté en boucle depuis sa sortie, en fin février. Peu bavarde au début, elle s’est ouverte au public en seconde moitié de performance, elle qui avait déjà une visible complicité avec ses musiciens. « Un peu de country n’a jamais fait de mal à personne », a lancé l’auteure-compositrice-interprète avant d’entonner « Along the Way ». Elle reviendra au country à quelques reprises durant sa soirée, mais pas assez pour déranger ceux qui s’attendaient à une musique pop-folk poignante… chose qu’ils ont largement eue.

Quelques surprises durant le set de Beyries : l’arrivée de Marie-Pierre Arthur, qui a permis de chanter une chanson de Fleetwood Mac à trois (avec la choriste Judith Little-Daudelin), accompagnées de Joseph Marchand, ce guitariste présent dans tous les projets qui ont du succès, et le dernier rappel (parce qu’un ne suffisait clairement pas!), qui reprenait « Wondering », en version piano-voix seulement. Mais cette fois, c’était tous les musiciens participants qui la chantaient, accompagnés de plusieurs centaines d’amateurs qui connaissaient aussi les paroles. Une finale non loin de la perfection, après environ 1 h 30, pas pire dans la mesure où elle n’avait « qu’un album et un cover » comme matériel à offrir. (Olivier Dénommée)

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The Dears, Vulvets + Barry Paquin Roberge

The Dears / Photo : Richmond Lam

Il y avait des petits airs de 2004 au La Tulipe vendredi soir. C’est que The Dears s’est payé tout un trip en revisitant No Cities Left, un de ses albums les plus réussis. Plus de 20 musiciens se sont joints à la fête, question de faire honneur aux populaires pièces.

Pari tenu? Oui et non. Si certains férus nostalgiques ont clairement eu le moment de leur vie en chantant toutes les paroles – sans exception – de leurs chansons préférées, d’autres n’ont pas semblé vivre le même moment de grâce. C’est que malgré l’affluence sur la scène, il manquait une touche… De quoi, au fait? Peut-être de présence, ou même de prestance. Vous savez, ce genre de spectacle où on a l’impression d’assister à une répétition? Voilà. Ça ne se passait pas vraiment.

Qu’à cela ne tienne : on a fini la soirée de belle façon avec les belles et bonnes Vulvets, qui ont fait danser la foule du Vinyl Chope dès les premières notes, avant de laisser la place aux sympathiques et sensuels – disons-le – Barry Paquin Roberge. En résumé? Le petit mal de tête a valu la peine le lendemain matin. (Mélissa Pelletier)

Basia Bulat + Graham Van Pelt + Valleys + Napster Vertigo

POP Montréal est un des rares festivals où il est possible de découvrir de nouveaux bands dans la plus pure tradition de la scène underground : dans le noir, dans la sueur, dans le chaos. C’est dans cet esprit que j’ai squatté la Casa del Popolo de 21 h 30 à 1 h du mat’, en ce jour 3 du festival.

Napster Vertigo nous offrait un son rétro aux accents de rock psychédélique. Accompagné de Basia Bulat, la formation de six musiciens (si ma mémoire est bonne) nous a livré une performance incarnée, mais imparfaite. Le manque de justesse rendait parfois le set insupportable, mais la candeur du groupe avait quelque chose d’attachant. La foule, indulgente, s’est montrée enthousiaste devant sa prestation qui puisait ses influences chez The Doors, The 13th Floor Elevators et Alice Coltrane. Peut-être qu’avec les années et l’expérience, le band d’Andrew Woods gagnera en finesse et pourra offrir des shows plus maîtrisés.

Valleys / Photo : Geneviève St Louis

Aux premières notes de Valleys, il était évident que nous venions de monter en grade musical. Le duo de Matilda Perks et Marc St Louis s’était entouré de quatre autres musiciens pour nous envoyer leur musique au visage. Oscillant entre la mélancolie du shoegazing et l’intensité du punk rock, tout en prenant des détours du côté de l’électro, les musiciens nous ont offert une performance généreuse, même si légèrement hermétique. Si les capacités de la salle ne permettaient pas de saisir toutes les subtilités des arrangements, la musique empreinte de langueur et de deuil de Valleys a tout de même su charmer les spectateurs. Peut-être la dernière performance du groupe, qui est en hiatus depuis quelques temps.

Il était tard quand est venu le tour du versatile et hyper productif Graham Van Pelt (connu par certains pour Miracle Fortress). C’est au nez et à la barbe d’une foule un peu torchée qu’il a commencé son set de musique dance-pop efficace, mais peut-être un peu prudente. C’est à la troisième chanson que les spectateurs ont finalement réalisé qu’il y avait quelqu’un sur scène qui méritait leur attention. L’artiste ne s’est pas laissé démonter et a finalement réussi à faire danser la salle jusqu’à la fin de sa prestation.

À minuit et demi, nous avons eu droit au spectacle « surprise » de Basia Bulat. Contente d’être là, établissant d’emblée une relation avec le public. Forte de quatre albums s’étendant sur dix ans, la musicienne était ravie de faire un petit tour de son catalogue avec nous. Une prestation tout en douceur et en générosité. Sa légèreté et sa musicalité ont fait de sa performance une bouffée d’air pour les oreilles et nous ont permis de terminer la soirée en beauté. (Rose Normandin)

Basia Bulat / Photo : Geneviève St Louis

Si vous trouvez que Les Méconnus ont eu un gros vendredi, attendez de lire la suite de notre aventure POP Montréal, à lire prochainement!

Olivier DénomméeMona Lacasse, Rose Normandin et Mélissa Pelletier

Le 16e festival POP Montréal, du 13 au 17 septembre, à Montréal. Pour toute la programmation, c’est ici.

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