Crédit photos : Marc-Antoine Zouéki

Les choses les plus simples peuvent être difficiles à accomplir quand on n’a qu’un pied ou qu’une main. ELLE et LUI en savent quelque chose ! Alors, pourquoi ne pas créer une fabrique de pieds et de mains pour que la vie soit plus facile pour tous? Et tant qu’à bien faire, pourquoi ne pas aussi offrir des oreilles, des nez, des bras… et en échange, recevoir des fleurs? Mais des fleurs qui poussent à l’intérieur… »

Avant l’entrée en scène des comédiens, Marie-Ève Huot, codirectrice au Carrousel, compagnie de théâtre, qui signe ici la mise en scène, met en garde le jeune public : ce soir, on va jouer avec les lumières et l’obscurité. Néanmoins, malgré ces avertissements, je sens une petite main s’agripper à mon bras une fois que nous sommes plongés dans le noir. Il n’y a toutefois rien à craindre. Au contraire, c’est plutôt l’occasion de porter attention aux bruits et à la musique, lesquels sont porteurs d’histoire dans ce cas bien précis.

Tout au long des 40 minutes de ce spectacle, les jeux d’ombres fascinent et amusent. C’est d’ailleurs ainsi qu’on fait connaissance avec les deux protagonistes, une femme avec une seule main, un homme avec un seul pied. Le résultat est habile, étonnant et charmant. Autre moment fort lorsqu’un des personnages dompte et apprend des tours à la première création de la fabrique, une petite main dans une boîte. Le résultat est magique et drôle ; mon (mini) acolyte est bluffé et me chuchote à l’oreille «Comment ils font ça!?!». Quant aux futurs clients à la recherche d’une oreille ou d’un pied mariton, ils nous ont arrachés plus qu’un sourire (on a d’ailleurs enfin failli savoir ce qu’était le fameux pied mariton de Marie-Madeleine!).

Au-delà de ces jeux et des procédés scénographiques, la pièce nous présente de façon ingénieuse et poétique un regard sur les différences. Tantôt drôle, tantôt réfléchi, le texte aborde les handicaps avec beaucoup d’humanité, l’altruisme des uns contrastant avec l’avarisme et l’égoïsme de l’autre. Subtilement, ce dialogue nous mène à réfléchir et à nous ouvrir à la diversité des uns et des autres.

En parallèle, une exposition photo nous permet de prolonger la réflexion et la discussion sur notre rapport à la normalité, aux iniquités et à la complexité de la vie. En effet, véritable écho au spectacle, les photographies de Nicolas Lévesque nous offrent divers portraits de corps variés et singuliers, « handicapés ». Le résultat est touchant et sublime.

Si la pièce s’adresse aux 6 à 12 ans, comme c’est le cas pour plusieurs des pièces présentées à la Maison Théâtre, on n’est jamais trop grand pour apprécier!

Mona Lacasse

Des pieds et des mains est une création du Théâtre Ébouriffé, en collaboration avec Le Carrousel, compagnie de théâtre. Présenté à la Maison Théâtre jusqu’au 5 novembre 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

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