Photo : Olivier Dénommée

Après avoir vu pour la première fois sur scène un Philippe Brach survolté lors de son spectacle Bienvenue à Enfant-Ville en lien avec son album Portraits de famine il y a un an et demi, la barre était assurément haute pour ce qu’il allait proposer au MTelus. À peu près tous les médias ont fait des jeux de mots avec la magie dans leurs titres ou leur compte rendu, et on ne fera pas exception ici, désolé!

Commençons par une précision importante : je ne fais pas partie de ceux qui sont complètement tombés sous le charme de l’album Le silence des troupeaux, même si je l’attendais avec autant d’impatience que le reste du milieu culturel québécois. L’optimiste me permettait toutefois de croire que Brach était un showman assez fort pour donner une toute autre dimension à ses chansons, même les plus ordinaires. Après tout, on venait voir un spectacle d’un des artistes québécois les plus imprévisibles.

Le concept cette fois : Brach était remplacé sur scène par le nouveau pape de la magie, Mysterio Steve, qui a livré quelques bons numéros avant de se résigner à faire de la chanson. Steve est resté tout le long de la soirée et a offert quelques autres numéros sous forme d’interlude, mais on sentait que Brach n’était jamais bien loin. Cette mise en scène est la prémisse du spectacle, et de nombreuses surprises allaient suivre durant la soirée – qui allait durer environ deux bonnes heures incluant l’entracte. Le bémol, c’est qu’il n’a pas réussi à faire embarquer tout le monde avant très tard dans le spectacle.

Le magicien Mysterio Steve avec un de ses assistants / Photo : Olivier Dénommée

Alors que les fans finis et inconditionnels de Philippe Brach semblaient nombreux à en redemander à chaque fois qu’il ouvrait la bouche ou qu’il dansait de façon plus ou moins cohérente sur ses nouvelles chansons, j’ai très personnellement senti qu’il manquait une petite étincelle au spectacle pour qu’il soit au même niveau que Bienvenue à Enfant-Ville. Il a fallu que Brach/Mysterio Steve intègre ses vieux succès pour qu’elle s’allume dans mon cas. Pourtant, tout y était : les arrangements solides (jusqu’à une vingtaine de musiciens étaient impliqués), la mise en scène survoltée, l’énergie contagieuse du chanteur, la réponse puissante d’une bonne partie de la foule… Il ne manquait que l’attachement aux chansons interprétées qui a pris beaucoup plus de temps que prévu. Même Tu voulais des enfants, qui a vu apparaître sur scène la danseuse Maxime D.-Pomerleau, n’a pas eu un effet décisif. Le déclic s’est fait durant le tandem semi a capella Rebound/Bonne journée, qui a prouvé que le public connaissait ses chansons par cœur, même ses plus insignifiantes.

Tout de même, plus le spectacle avançait, et plus on appréciait le côté baveux mais authentique de Philippe Brach. Pas une fois il n’a nommé le MTelus, préférant parler du Métropolis. Il n’a pas, a-t-il admis, encore digéré le changement de nom. Lorsqu’il a entonné Alice, de nombreux briquets au parterre se sont allumés : il s’est alors gentiment moqué des gens qui n’ont pas encore arrêté de fumé en 2018. Jouant d’autodérision, il a aussi ri d’un élément de décor relativement semblable à un pod ou… à une vulve.

Philippe Brach et Daniel Bélanger, pendant « Imparfait » / Photo : Olivier Dénommée

Mais la vraie surprise de la soirée, c’était l’apparition de Daniel Bélanger, qui a interprété deux chansons, dont Il y a tant à faire. La complicité était palpable, et les deux se sont serrés fort tout en continuant à chanter. Un beau moment de bromance sur scène. Environ 105 minutes après le début du spectacle, le chanteur a annoncé que c’était la fin. Personne n’était dupe, puisqu’il n’avait pas encore joué son hit Crystel. La soirée a effectivement fini sur cette chanson-phare de son précédent opus et c’était beau à voir!

Pourtant, il reste une impression que la soirée a pris du temps à vraiment démarrer. Le peu d’intérêt pour les chansons du début a certainement eu une influence majeure sur l’appréciation globale du spectacle, pourtant dans l’ensemble bien ficelé. C’est signe que la qualité des compositions joue aussi pour beaucoup plus que prévu… il ne suffit pas de faire une mise en scène de feu pour nous les faire avaler. On s’en souviendra en vue d’un prochain album/spectacle. Et justement, comment pourra-t-il aller encore plus loin dans un prochain spectacle? Il faudra bientôt la poser au principal intéressé, lorsqu’il se sera remis de ses émotions après celui-ci.

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– Olivier Dénommée

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