La maison d’éditions La Pastèque est en pleine effervescence et a donné naissance, dans les derniers mois, à plusieurs nouveautés. En voici quelques-unes qui nous sont tombées dans l’oeil.

Automne rouge d’André-Philippe Côté et Richard Vallerand

L’histoire se déroule à Québec, en 1970. C’est le soulèvement des travailleurs, c’est le début des frasques du FLQ, c’est la genèse du Parti québécois. Un professeur demande à ses étudiants de créer un héros québécois, travail de taille pour des adolescents en recherche de repères. Pour trouver des idées, Laurent ne pourra que s’inspirer de ce qu’il connaît ; une mère syndicaliste, une tante hippie, un voisin érudit et un collègue de classe qui porte en lui toute la colère des Hurons.

Automne rouge s’interroge sur ce qui constitue l’identité québécoise en nous ramenant à des pans importants de notre histoire (le titre ne pourrait être mieux choisi). C’est un album qui oscille entre le roman d’aventure, le documentaire socio-politique et le roman policier. On passe d’un personnage à l’autre, découvrant un peu de son mystère et de son drame avant de s’intéresser à ce qu’il représente comme archétype social. La lecture est prenante. Le rythme est enlevant. Le découpage est intelligent. La palette de couleurs dans les tons d’ocre, rouge et brun confère à l’oeuvre une ambiance nostalgique des plus réussies. Les dessins sont riches et précis et même s’ils ont une facture réaliste, ils nous offrent d’émouvants moments de poésie (je pense entre autres à la planche de la page 30, mais la raconter en gâcherait la beauté…).

Malheureusement, les auteurs ont du mal à passer de la petite histoire à la grande et les liens sont parfois construits un peu rapidement. Certains éléments sont déposés sans être creusés, ce qui peut être frustrant pour le lecteur qui s’est attaché aux personnages. Il aurait fallu peut-être encore 100 pages à cette oeuvre pour adresser toutes les subtilités et les nuances que son histoire mérite et pour éviter que la (très belle) fin soit bouclée aussi rapidement.

Nonobstant ceci, Automne rouge ne sombre pas dans la complaisance et le cliché, mais s’interroge plutôt sur la constitution du peuple québécois et ce qui pourrait le pousser à grandir.

Mon cœur pédale de Simon Boulerice et Émilie Leduc

Le très prolifique (dans le dictionnaire, à côté de ce mot, il y a sa photo) Simon Boulerice nous signe une histoire d’enfance sur fond de char turquoise, de Samantha Fox et de piscine hors-terre. C’est la chronique toute simple d’un été passé par le petit Simon auprès de sa tante de 24 ans. Un été où le garçon de 11 ans fera la découverte des sentiments complexes qui parsèment l’âge adulte.

Le livre émeut par sa simplicité et sa justesse. On se prend à lire en souriant tellement les pages bercent l’âme. D’abord, il y a la prose de Boulerice qui chavire le cœur. Le regard que l’enfant porte sur les adultes qui l’entoure ne pourrait être mieux traduit. Chaque phrase est précise dans sa construction de l’univers du garçon. Et que dire du travail d’Émilie Leduc? Les tons pastels rendent hommages aux années 80. Son trait un peu vaporeux évoque l’enfance dans ce qu’elle a de plus réconfortant, de plus doux, de plus soyeux. Le découpage étudie les personnages. Les mouvements sont lents, le temps passe tranquillement. On savoure chaque case.

Mon cœur pédale raconte la fin de l’enfance avec douceur et compassion. C’est un livre lumineux qui nous rappelle que dans l’apprentissage de la vie la douleur est inévitable, mais que certaines cicatrices peuvent être agréables à porter.

L’oiseau de Colette d’Isabelle Arsenault

Si on connaît le travail d’Isabelle Arsenault pour ses collaborations avec Fanny Britt et Kyo Maclear, elle nous présente ici la première oeuvre où elle signe illustrations et texte. Il s’agit d’une aventure entreprise avec La Pastèque, nous promettant une série de livres sur les enfants formant la Bande du Mile-End, où chaque titre s’attardera à l’univers d’un des gamins, proposant à la fois sa propre palette de couleur.

Colette vient de déménager. Grâce à une perruche imaginaire, elle découvrira son nouveau quartier et les enfants qui l’habitent. Écrit un peu à la façon d’une comptine, on suit Colette qui cherche sa perruche aux quatre coins de la ruelle, rencontrant à chaque détour un nouvel ami. Au fil de la répétition, l’imagination de la petite s’emballera pour prendre tout le monde au jeu. Si le texte est habile et bien écrit, ce sont les illustrations qui sont la véritable joie du livre.

On retrouve le trait familier d’Isabelle Arsenault, le mouvement, le mélange des textures. Sobre dans les couleurs, c’est le jaune de l’imperméable de Colette et le bleu de sa perruche qui viennent parsemer les planches de quelques éclats et trouver résonance dans certains éléments du quartier (des gouttelettes d’eau, une fleur). On se plaira à regarder longuement chaque dessin pour en apprécier les détails.

Le livre est une jolie excursion dans les jeux de ruelles de notre enfance et le résultat réussi nous laissent présager de belles surprises pour les livres à paraître.

Rose Normandin

» Automne rouge, André-Philippe Côté et Richard Vallerand, les Éditions de la Pastèque, 2017.
» Mon cœur pédale, Simon Boulerice et Émilie Leduc, les Éditions de la Pastèque, 2017.
» L’Oiseau de Colette, Isabelle Arsenault, les Éditions de la Pastèque, 2017.

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