Jusqu’au 17 janvier est présenté, à la Cinémathèque québécoise, le documentaire Oncle Bernard : l’anti-leçon d’économie de Richard Brouillette. Il faut voir cette entrevue-portrait de Bernard Maris qui signait Oncle Bernard, ses chroniques dans Charlie Hebdo. Oui, Maris a été l’une des victimes de l’attentat au Charlie Hebdo il y a maintenant un an.

Ce sont en fait les épreuves de tournage d’une entrevue que l’économiste a accordée au réalisateur il y a près de quinze ans, pour le documentaire L’Encerclement : la démocratie dans les rets du néolibéralisme (2008). Avec peu ou pas de montage, dans une tradition de cinéma direct, l’économiste-philosophe de gauche et fin pédagogue (on pense à Normand Baillargeon que Maris salue d’ailleurs dans le noir entre les bobines 27 et 28), répond aux questions du réalisateur et démystifie les grands mensonges du néolibéralisme.

Plus document que documentaire, c’est par sa forme brute que l’entrevue de Brouillette devient un véritable portrait de Bernard Maris. Sans les noirs entre les bobines où l’on entend encore l’économiste rigoler, apostropher le réalisateur, questionner le caméraman, nous n’aurions rien saisi de l’humanité du personnage. Sans ces moments où l’on entend sans voir, nous n’aurions pas le rappel de la disparition non plus.

Oncle Bernard : l’anti-leçon d’économie n’est pas une leçon d’économie ni même un résumé de la pensée de Bernard Maris, c’est un hommage-vérité; c’est un thé avec Oncle Bernard qui papote économie, politique, sociologie, humanisme et entourloupes du néolibéralisme.

Et, pour être bien clair, on s’en fout si les exemples donnés sont vieillots, si les dirigeants pointés sont disparus; on s’en fout même d’être déjà au courant de tous les faits révoltants discutés. On écoute simplement quelqu’un d’éloquent, d’intelligent et de rigolo, quelqu’un qu’on a aimé et qu’on n’entendra plus jamais.

Pour voir des extraits du film, c’est ici.

Maude Levasseur

Oncle Bernard : l’anti-leçon d’économie de Richard Brouillette est présenté jusqu’au 17 janvier à la Cinémathèque québécoise et en vente ici (tant qu’à parler capitalisme).