Le dix-septième OFF Festival de jazz de Montréal a fait ses débuts jeudi dernier au Lion d’Or, lançant une programmation de plus d’une vingtaine de concerts jusqu’au 15 octobre. Comme le festival se fait un devoir de ne pas inviter que des valeurs sûres, c’est l’occasion de faire de belles découvertes jazz et, évidemment, de prendre quelques risques au passage. Sur les quatre spectacles auxquels j’ai assisté durant la longue fin de semaine, le risque en a majoritairement valu la peine.

Jeudi 6 octobre : Transatlantic Conversations

Le Lion d’Or a reçu de la belle visite pour le spectacle d’ouverture de l’OFF Jazz : la saxophoniste et chef d’orchestre Christine Jensen, une habituée de l’OFF, a invité « sa famille de Suède » pour l’occasion, afin de présenter pour la première fois à Montréal Transatlantic Conversations. La pianiste et compositrice Maggi Olin ainsi que la chanteuse Sofie Norling se sont jointes à un ensemble d’une dizaine de musiciens locaux, incluant la vraie famille de Jensen (sa sœur Ingrid à la trompette et son mari Joel Miller au saxophone ténor et à la clarinette) pour une soirée chargée en complicité.

Maggi Olin et Sofie Norling / Photo : Olivier Dénommée

Maggi Olin et Sofie Norling / Photo : Olivier Dénommée

Les Suédoises se sont faites relativement discrètes entre les performances, laissant le soin à Christine Jensen de présenter les œuvres et parler de la collaboration qui l’a amenée en Suède il y a quelques années. C’est plutôt à travers la musique qu’elles prenaient toute la place qui leur revenait. Les œuvres de Maggi Olin portent presque toutes un nom de couleur, et avec raison : on arrivait presque à entendre ces couleurs dans la plupart de ses mélodies, réarrangées pour l’occasion pour un big band réduit. Et que dire de la voix envoûtante de Sofie Norling? On aurait voulu en entendre davantage du côté scandinave de la collaboration, qui a présenté environ la moitié des compos de Christine Jensen et de Maggi Olin, mais qui a surtout laissé beaucoup de place aux solistes. Il faut quand même admettre que la programmation ne s’est pas trompée en mettant un spectacle aussi solide en ouverture, qui donnait le ton pour la suite.

Vendredi 7 octobre : Aaron Shragge et Ben Monder / Voodoo Jazz Trio

Deux prestations avaient lieu au Lion d’Or le 7 octobre, vivement recommandés par le programmateur en chef du festival Lévy Bourdonnais. La première performance, des Américains Aaron Shragge (trompette, flûte) et Ben Monder (guitare), promettait d’être ambiante et méditative… elle a surtout été endormante pour une bonne partie du public.

Les longues pièces ambiantes étaient souvent inspirées de poèmes et étaient rendues, en duo, de façon extrêmement lente. Les mélodies, lorsqu’il y en avait, n’étaient pas mémorables et la présence sur scène se limitait aux explications du trompettiste au sujet des œuvres jouées. Sinon, les deux Américains semblaient dans leur bulle pendant l’heure entière. Dans un certain contexte, cette musique douce et berçante s’écoute volontiers… mais certainement pas pendant un festival de jazz un vendredi soir. Les bâillements, visibles partout à travers la salle, confirmaient que je n’étais pas le seul à avoir de la difficulté à rester éveillé.

Aaron Shragge et Ben Monder / Photo : Jolyane Lessard

Aaron Shragge et Ben Monder / Photo : Jolyane Lessard

Le groupe suivant avait une lourde tâche sur les épaules : réveiller la salle après une performance soporifique. Le Voodoo Jazz Trio de Jacques Schwarz-Bart proposait une formation peu conventionnelle – saxophone, voix et percussions –, mais cela allait-il suffire? Après avoir pris le temps d’apprivoiser l’énergie particulière du trio, la réponse est oui. Le charisme du saxophoniste y était pour beaucoup, lui qui blaguait souvent sur la signification derrière ses œuvres. Alors que la seule mention du mot vaudou suffit normalement pour s’imaginer des mélodies bizarres sorties de nulle part, Jacques Scharz-Bart a rassuré la salle en rappelant que le vaudou est une des racines, certainement méconnue, du jazz. On reconnaissait tout de même un son étranger dans les paroles de la chanteuse Malika Tirolien, qui chantait des incantations dans une langue aujourd’hui éteinte, et dans les percussions de Tiga Jean-Baptiste, qui semblait avoir un rythme bien à lui. On n’a pas tout à fait senti la même complicité avec le percussionniste qu’entre les deux autres musiciens.

Dans l’annonce du spectacle, on promettait de passer « de la méditation à la transe ». Il y avait bien quelques moments plus intenses sur scène, mais rien pour mettre le public en transe, à l’exception d’un danseur spontané qui s’est manifesté pendant le rappel. La performance est demeurée convaincante et est passée très vite, mais on s’en souviendra surtout pour cette formation minimaliste peu commune qui flirtait entre jazz et musique du monde que pour ses qualités spirituelles.

img_9489

Jacques Schwarz-Bart / Photo : Olivier Dénommée

Samedi 8 octobre : Parc X Trio

Le lendemain, un autre trio était à surveiller, mais cette fois aux influences plus rock : le groupe local Parc X Trio est actif depuis non loin de dix ans et jouait du nouveau matériel au Upstairs. Le trio correspond au mouvement de jazz instrumental qui s’inspire du rock et de la pop, offrant un son accessible et accrocheur, tout en conservant des élans virtuoses bien placés.

Il y a bien peu à dire sur la performance, si ce n’est que les pièces jouées coulaient très bien dans l’ambiance du Upstairs, tout en ayant un petit mordant qui gardait les choses intéressantes. La complicité était aussi évidente, tout particulièrement entre le pianiste et le bassiste. Une pièce, à la toute fin du bref set, semblait moins précise du côté du batteur (c’était peut-être dû au fait que ce n’était pas le batteur régulier ce soir-là?), mais sinon tout était très bien ficelé et il n’était pas surprenant de constater que plusieurs spectateurs sont restés assis en attendant un second set. Si j’avais pu rester plus longtemps, j’en aurais aussi redemandé avec plaisir.

photo1-parcxtrio

Il reste encore quelques bons spectacles annoncés d’ici samedi soir, toujours dans le cadre de l’OFF Jazz. Vous pouvez consulter la programmation ici. Suggestion : jetez un œil particulièrement sur la soirée de vendredi!

– Olivier Dénommée