Joe Sullivan Big Bang / Photo : Olivier Dénommée

L’OFF Festival de jazz de Montréal crée une drôle d’habitude chaque année autour de la fin de semaine de l’Action de grâce… Alors que tout le monde ou presque pense à dévorer une bonne dinde en famille, les amateurs de jazz, les vrais, vont taper du pied dans différentes salles de Montréal qui vénèrent leur genre musical de prédilection. Car ce n’est pas ça qui manquait, du bon jazz en fin de semaine! Notre compte rendu de quatre de ces performances.

Joe Sullivan Big Band

Rien de tel pour se mettre dans le bain qu’un big band formé le certains des meilleurs musiciens et improvisateurs de Montréal. Joe Sullivan et son ensemble étaient les têtes d’affiche de la soirée de vendredi et avaient l’intention d’en mettre plein les oreilles à l’assistance du Lion d’Or.

Joe Sullivan / Photo : Olivier Dénommée

Ça a frappé fort dès la première pièce, tirée du récent album Unfamiliar Surroundings, qui en a profité pour semer le doute dans notre esprit avec quelques portions musicales plus chaotiques. Mais ce qui marquait le plus, c’était de voir un Joe Sullivan en apparence passif devant ses musiciens. Il donnait le tempo au début, puis tapait du pied discrètement le reste du morceau, ne levant les bras que pour diriger quelques punchs. Bien que cela paraissait inhabituel de notre côté de la scène, cela n’a pas empêché les musiciens (une quinzaine, à vue d’œil) de jouer avec précision pendant plus de deux heures bien remplies. En fin de concert, Sullivan et ses hommes ont même testé une toute nouvelle composition jamais jouée devant public… on n’y a franchement vu que du feu, si ce n’est que les musiciens semblaient un peu plus stressés et que le chef d’orchestre leur donnait davantage d’indications!

Une très bonne performance en général, avec comme seul défaut sa longueur : de la grosse musique de big band avec en moyenne deux grosses improvisations par pièce, ce n’est pas le plus reposant pour les tympans, ni pour le cerveau.

Pierre Labbé Sextet

Prochain spectacle au menu, samedi : Artie Roth et son quatuor! En tout cas, ça l’aurait été si l’Upstairs n’avait pas déjà été plein bien avant l’appel pour réserver une place. Heureux problème que connaît l’OFF Jazz cette année d’avoir assez de succès pour devoir refuser des dizaines de festivaliers à l’entrée. Heureusement, la soirée ne se termine pas là, comme le Dièze Onze accueillait aussi un spectacle qui promettait d’être très intéressant : celui de Pierre Labbé en sextette.

Pierre Labbé / Photo : Olivier Dénommée

Je ne connais pas personnellement Pierre Labbé, mais je sais que quand tu arrives à avoir dans ton groupe des noms comme François Bourassa, Frank Lozano, Normand Guilbeault et Pierre Tanguay, tu n’es pas n’importe qui. Et effectivement, Labbé a montré qu’il était un grand saxophoniste et un excellent compositeur, proposant avec musiciens de très belles nuances et des solos virtuoses à souhait. C’est essentiellement les compositions de l’album Tromper Eustache (datant de 2015) qu’on proposait, mêlant volontiers un jazz moderne à des influences plus contemporaines. S’il n’était pas déjà très tard (les soirées au Dièze Onze commencent tout de même à 22 h 30, peu pratique pour les lève-tôt de ce monde), il m’aurait fait plaisir de rester pour le second set. Quoi qu’il en soit, j’étais quand même rassasié.

Mario Allard Quintet

Prise 2 à l’Upstairs ce dimanche, et cette fois, c’était la bonne! La chance a voulu que j’aie une place juste en face de la scène pour assister au lancement de l’album Diaporama du Mario Allard Quintet. La proximité a quelque chose d’intimidant, mais ça rend aussi le tout tellement authentique! Les cinq excellents musiciens ont joué de façon intégrale l’album, expliquant brièvement les inspirations derrières les compositions situées dans un jazz moderne aux influences multiples. Il faut dire que le saxophoniste Mario Allard fait lui-même partie de 1001 projets plus éclectiques les uns que les autres, ce qui a certainement eu un impact sur son propre processus créatif.

Mario Allard / Photo : Olivier Dénommée

Du propre aveu du musicien, l’acoustique et le son de l’Upstairs n’ont pas particulièrement aidé le groupe, mais cela n’a heureusement pas trop paru sur scène. On note quand même un piano (joué par Charles Trudel) qui se perdait souvent dans le mix, surtout lorsque la trompette (de David Carbonneau) jouait à pleine capacité. Notons aussi le jeu toujours très impressionnant d’Alain Bourgeois à la batterie, qui semblait parfois arrêter une mesure de façon aléatoire, pour mieux repartir ensuite. Mais surtout, pour avoir intensivement écouté l’album avant le lancement (les avantages d’être journaliste), j’ai eu le plaisir de découvrir que mes découvrir que mes pistes préférées sur album et en spectacle n’étaient pas les mêmes. Quelque chose dans l’interprétation donnait un nouveau sens aux compositions. Quand le directeur de la programmation Lévy Bourbonnais dit que c’est en live que ça se passe vraiment, il a complètement raison.

Benjamin Deschamps Quintet

Jean-Nicolas Trottier et Benjamin Deschamps / Photo : Audrey-Anne Asselin

Juste après Mario Allard, c’est autour de Benjamin Deschamps et à son quintette de prendre d’assaut la petite scène de l’Upstairs. Ce qui est remarquable, c’est que trois des cinq musiciens (Charles Trudel, Alain Bourgeois et Sébastien Pellerin (à la contrebasse)) faisaient partie des deux programmes, appuyant cette fois le saxophoniste et Jean-Nicolas Trottier (trombone). Et pourtant, si 60 % du groupe reste le même, la musique était complètement différente de celle de Mario Allard. Benjamin Deschamps semble beaucoup plus près de la tradition et cela s’entendait dans les solos ainsi que dans le jeu de batterie un peu moins explosif.

… Du moins au début, car Deschamps avait aussi des compositions plus osées à proposer, dont la suite La Prophétie en trois parties. Plus son set avançait, plus le jeu des musiciens devenait osé (surtout au niveau de la batterie, qui marquait pas son intensité soutenue). Un long build-up de plus d’une heure. Sinon, l’avantage d’être juste en avant de la scène, c’était de vivre l’adrénaline de ne pas savoir si je vais recevoir un coup de coulisse de trombone pendant un solo endiablé.

Le 18e OFF Jazz ne fait que commencer : d’autres spectacles attendent les amoureux de jazz jusqu’à samedi. Sauf cas de force majeure, mon prochain rendez-vous sera ce mercredi, avant le lancement d’album du François Bourassa Quartet, un gros highlight du festival. Pour le reste de la programmation, c’est ici.

– Olivier Dénommée

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :