Nunavik? C’est où ça? Tu veux pas dire Nunavut?»

Après l’édition 2017 du festival Présence Autochtone qui a eu lieu au début du mois et parce que le livre a gagné le prix Bédélys au printemps dernier, voici un petit retour sur une bande dessinée fort bien tournée qui est encore d’actualité, Nunavik de Michel Hellman.

Paru l’année dernière aux éditions Pow Pow, le livre mélange le documentaire, l’analyse anthropologique et le récit de voyage. Hellman, fort du succès de Mile End, sent la pression de frapper aussi fort avec le même sujet, mais ne sent pas du tout l’appel. Il décide donc d’aller chercher l’inspiration le plus loin possible de ce qu’il connaît, c’est-à-dire au Nunavik.

Les amateurs de Guy Delisle trouveront ici de quoi leur plaire, tellement le Grand Nord paraît étrange et exotique. Si Nunavik fait la chronique d’un choc culturel, l’auteur prend soin de se tenir loin du ton moralisateur et c’est l’étonnement qui prévaut au fil des planches. Étonné devant la splendeur et l’aridité de la nature, étonné devant les conditions de vie des Autochtones qui partagent pourtant le même pays que lui, étonné devant l’ignorance entretenue ici au sujet de l’endroit et des gens qui y vivent.

Avec un dessin qui va au plus court, doté d’un trait nerveux, on sent l’urgence, le souci d’authenticité, le besoin de capturer l’anecdote dans toute sa charge émotive. C’est l’humain et la rencontre improbable qu’Hellman fait avec les habitants du Nord qui est au cœur du livre, mais il est dommage que la nature ne soit pas saisie avec autant de panache. Il est difficile de rendre la magie des aurores boréales avec une planche en noir et blanc. Mais c’est un bémol que l’on pardonne vite, tellement le récit offert est sans prétention.

On sort de la lecture dépaysé et un peu choqué, parce qu’à la lumière de ces pages, il devient impossible de continuer de croire que les iniquités appartiennent au passé. On pourrait se demander combien de livres et de festivals il faudra encore pour que l’on réalise que les peuples autochtones ne sont pas un élément périphérique de notre société que l’on peut visiter en touriste, mais plutôt une part concrète et indissociable de notre identité.

Rose Normandin

Nunavik de Michel Hellman, Éditions Pow Pow, 2016.

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