Deux chanteuses espiègles en concert intimiste. Un chapeau de cowboy sur la tête de Bïa, un corset pour Mamselle Ruiz. Une ambiance feutrée à la lumière rouge. Quelques tables en contre-bas dans la pénombre. Une salle pleine de vieux malfrats accoudés au comptoir, sirotant du rhum. Le Théâtre Fairmount s’est transformé en véritable repaire de Bandidas vendredi dernier!

Lorsque j’arrive au concert après avoir manqué la première partie, je me laisse prendre au jeu tout naturellement. Et je ne suis pas la seule! Bïa la brésilienne et Mamselle Ruiz la mexicaine racontent à leur public en admiration des histoires pleines de mystère et de tentation. Ces habituées de la scène se prennent pour des braqueuses le temps d’un album collaboratif et éponyme : Bandidas.

Pendant l’entracte, des personnes discutent des premières chansons. Tuyo, Flor, Solas, Mentira… Des titres de l’album qui les laissent rêveuses. La plupart des compositions sont en espagnol, exceptée la fabuleuse reprise de Canto das tres racas, immense succès de Clara Nunes, reine de la samba brésilienne dans les années 1970.

C’est reparti! Complices, les chanteuses démarrent à la guitare sèche sur un poème espagnol mis en musique par Paco Ibanez, « les hirondelles noires reviendront-elles? ». Accompagnées par leur violoncelliste dans cette mélancolie typiquement latine, elles enchaînent sur Petrona, une composition de Mamselle Ruiz qui raconte l’histoire d’amour du classique macho mexicain. La voix profonde de Bïa compense magnifiquement les aigues de Ruiz. Chair de poule assurée.

Le voyage raconté par Bïa continue sur les chansons de Ruiz dans un concours de voix époustouflant : « Nous allons vous enmener dans un endroit incroyable et faire un arrêt dans le ventre de nos mères ».  La chaleur monte. Rejointes par leur bassiste, batteur et guitariste, les Bandidas entament ensuite un morceau rythmé sur le miracle de la vie et les Misterios de la mort – à retrouver sur l’album Miel de cactus de Mamselle Ruiz.

Le concert touche (déjà!) à sa fin quand Bïa ordonne en riant à Mamselle : « Keep your guitar girl! Porque a donde vamos? Vamos a Venezuela! » Leurs bottines frappent le sol : « Il est temps de s’embandider» et au tour du public d’hurler des « Arriba, arriba »!

L’émotion regagne la salle quand les guitares jouent les premières notes de Los peces, hommage à Lhasa De Sela. Tout y est. La puissance des voix, les rythmes fougueux, des artistes fortes et entières.

L’émotion ne nous quittera pas non plus pendant les deux reprises du rappel. Les femmes se lancent avec Ne me quitte pas de Jacques Brel (qui reste encore à maîtriser), alors que le traditionnel Cucurucucu Paloma est à couper le souffleLes larmes coulent sur les joues de ma voisine de gauche.

À la fois émues et joyeuses, les indomptables Bandidas offrent de discuter avec leur public qui se rue sur l’occasion de perdurer le mythe du cowboy.  Difficile retour à la réalité.

– Marina Seuve

Festival International Nuits d’Afrique de Montréal, du 11 au 23 juillet 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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