Il y en a eu des belles découvertes cinématographiques en ce mois de mars, du terrible huis clos Une famille syrienne (Philippe Van Leeuw) à Téhéran Tabou, film d’animation politique signé Ali Soozandeh dont on vous parlait dans notre couverture du FNC 2017 ici et, en passant par le premier long-métrage coup de poing de la très prometteuse Sophie Dupuis, Chien de garde. Parmi les films qui laisseront une trace bien après la fin du mois, quatre sortent du lot et des sentiers battus pour converger vers l’expérimental, de fond comme de forme. Portraits.

Charlotte a du fun de Sophie Lorain


Le défi était de taille pour l’actrice, productrice et scénariste Sophie Lorain qui a décidé de s’attaquer à la fois au film adolescent et à ceux qui abordent (souvent mal) la sexualité féminine. Le ton est donné avec un judicieux choix du noir et blanc qui donne de plus raison à la réalisatrice qui dès le départ prend position face aux stéréotypes de genre qui parsèment et parasitent nos sociétés. Aucune possibilité donc, pour un film dont l’intrigue se situe en grande partie dans un magasin de jouets, d’être influencé ou de voir pointer ce système binaire où ne semblent cohabiter que le bleu et le rose.

Comédie (mais pas à l’eau de rose), Charlotte a du fun donne corps et matière à ses personnages féminins réalistes et qui font du bien. Le film emprunte à son nom son aspect rafraîchissant sur la liberté sexuelle au féminin, sans pour autant prendre à la légère les thèmes qu’il aborde. Même si le scénario n’échappe pas à un axe principal basé sur les intrigues amoureuses de chacun, Sophie Lorain et sa bande d’adolescents se donnent pour mission de déjouer les mythes et de déconstruire la culture du viol avec humour et panache. Mission réussie.

Le grand méchant Renard et autres contes de Benjamin Renner et Patrick Imbert


Preuve vivante que les contes ne sont pas uniquement synonyme d’histoires passées de mode, cette collaboration des deux cinéastes Benjamin Renner et Patrick Imbert (Ernest & Célestine, c’était eux!) est un véritable délice narratif où chaque histoire est créée de façon intelligente et très bien pensée en écho à l’actualité. On gardera en tête le souvenir de ce conte dans lequel une poule organise des cours d’autodéfense contre la menace grandissante du loup. Entre les problèmes d’argent du père Noël et les soucis de virilité du renard, tout est bien ficelé au sein de cet ensemble de contes modernes qui ne prend surtout pas son public par la main.

Dans un cadre d’abord théâtral, les animaux montent sur scène pour inaugurer une série de trois histoires où humour et trait simple se superposent sur une ambiance de fond empruntée aux fables de La Fontaine. Autant pour les grands que pour les petits, mais pour ceux qui veulent donner de la matière cinématographique ludique et intelligente à leurs enfants, Le grand méchant Renard et autres contes est assurément l’œuvre à se mettre sous la dent.

Nothingwood de Sonia Kronlund


La documentariste française le sait, c’est un sujet en or qu’elle a trouvé en la personnalité farfelue de Salim Shaheen, cinéaste afghan avec à son actif pas moins de 110 films de série Z. Consciente qu’elle n’aura donc qu’à laisser agir la magie, Sonia Kronlund – voix de France Culture depuis 2002 avec Les pieds sur terre – prend du recul pour mieux se laisser guider par ce symbole d’une résistance artistique dans un pays où le quotidien est fait d’esquives de roquettes et de régions où frappent attentats et affrontements. D’où le titre du film, dérivé d’un Hollywood ou d’un Bollywood, mais ici synonyme du cinéma afghan, désert puisque impossible de s’épanouir, et comme le dit Shaheen lui-même, dénué de moyens.

Malgré un pays rongé depuis des années par la guerre, Salim Shaheen est bien décidé à passer son temps à faire ce qu’il aime, quitte à littéralement mourir pour le cinéma. Même si sa filmographie et sa direction d’acteurs ne manquent ni de défauts ni d’un ego surdimensionné, allègrement exposés à l’écran à travers des extraits de sa filmographie et des rôles divers qu’il y tient,  Salim Shaheen parvient à travers le regard toujours discret de Kronlund à conquérir par la sincérité de sa démarche, lueur d’espoir tournée vers l’avenir pour ceux qui ne peuvent que se permettre de vivre au jour le jour.

Foxtrot de Samuel Maoz


Second long-métrage du réalisateur de Lebanon, Foxtrot s’ose à aborder un sujet des plus épineux, celui du traumatisme qui découle de l’occupation israélienne en Palestine. Le passé du cinéaste en tant que mitrailleur dans un char israélien pendant la guerre du Liban donne force et consistance à un récit qui se découpe en trois parties, et qui se permet donc une forme pour le moins audacieuse. Du cœur du scénario terriblement réaliste sur la tragique nouvelle apportée à un couple dont le fils est engagé dans l’armée se détache un pan plus surréaliste sur l’absurde et répétitif quotidien de ce fils coincé à un check point avec trois autres soldats.

Le schéma est lent puis de plus en plus rythmé, à l’image des pas de foxtrot repris par les personnages, constant retour au point de départ et également nom de l’endroit où les quatre jeunes perdront à jamais une partie de leur humanité. Le cercle du deuil se referme lentement à travers ce film qui n’aura pas manqué de faire jaillir les critiques du pays mais qui aura amplement mérité sa place aux Oscars à titre de représentant d’Israël.

– Ambre Sachet 

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