La politique est un sujet très prisé au cinéma, que ce soit dans le thème ou dans le traitement. Le récemment oscarisé Argo en est un bon exemple par la controverse que le film a causé, mais aussi par son sujet, qui a souvent été réduit au traitement d’une crise, alors qu’il pose surtout une réflexion sur le pouvoir politique du cinéma. À mille lieux du style d’Argo, mais ayant un discours similaire, le film chilien No, primé à la quinzaine des réalisateurs et nommé dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère aux Oscars (nomination dont personne n’a parlé ici, parce que bon, ce n’est pas un film québécois), se penche sur le référendum ayant mené à la destitution d’Augusto Pinochet.

Après quinze ans de dictature militaire, le dirigeant chilien cède à la pression internationale et accepte d’organiser un référendum sur sa présidence. Voulant se montrer égalitaire, le régime consent à donner un temps d’antenne de 15 minutes par jour à chaque camp. René Saavedra (Gael Garcia Bernal), un publiciste ambitieux, se laisse persuader de diriger la campagne du «non», alors que son patron prend la tête du camp adverse. S’ensuit une compétition déloyale pendant laquelle la vie et la famille de René seront souvent menacées par les sbires de Pinochet. Pour réussir à faire passer le «non», l’opposition a comme tâche de convaincre les indécis à voter, c’est-à-dire les plus de 40 ans qui ont peur de la pauvreté que pourrait engendrer un éventuel retour au socialisme, et la jeunesse cynique qui pense que les élections sont une mascarade du gouvernement.

Habitué à aller chercher le plus commun dénominateur dans ses campagnes de publicité, René va tenter d’unifier la population en donnant aux spots télévisuels une visée universelle: la joie, orientation qui va avoir son lot de débordements comiques et de critiques. Filmé surtout caméra à l’épaule, le film de Pablo Larrain réussit à montrer avec dynamisme un récit politique dans les coulisses de la télévision. La musique, parfois d’époque, parfois classique, récrée efficacement l’ambiance de ces années avec parfois tout le kitsch des eighties que ça implique. Plutôt que d’opter pour la structure de thriller, No s’inscrit plutôt dans la chronique sociale dans une esthétique de documentaire. Une belle exécution d’un récit basé sur un événement historique fascinant et peu connu ici.

– Boris Nonveiller

No sera à l’affiche du cinéma Excentris dès le 22 mars.