Dans la foulée de la commission d’enquête sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées, Natasha Kanapé Fontaine fait paraître son quatrième recueil de poésie chez Mémoire d’encrier. Nanimissuat Île-tonnerre retrace les siècles de méfaits historiques perpétués sur le territoire du nouveau monde jusqu’à aujourd’hui.

Merveille engagée

Et qui a dit qu’un art engagé ne pouvait pas aussi assouvir tout le désir de perfection poétique? Natasha y parvient maintenant sans difficulté, en suscitant des images merveilleuses et puissantes dans ce qu’elles transportent avec elles. Le sujet poétique varie d’un chapitre à l’autre. On adopte le point de vue d’une grand-mère, d’une mère et d’une fille ; trois générations qui ont souffert de différents maux, toujours en léguant comme héritage la douleur.

Cette parole dénonciatrice nécessaire se transpose ici en parfum doux-amer : « Peaux et plumes d’oiseaux cousues / Avec vos os et vos opales / Le lazuli de vos mâchoires est / Notre prédilection / Nous sommes venues du matin / Avec l’odeur de nos plaies ». Les objets sont délicats, précieux, une sorte de troc poétique pour adoucir le caractère violent du passé. Un acte de récupération s’opère, on se réapproprie par les mots toutes les histoires de toutes celles qui méritent d’être racontées.

Avec force et fierté, Natasha sait reprendre un pan entier de toutes les horreurs commises. La poétesse renverse l’histoire elle-même et fabrique une île où toutes ses sœurs pourront habiter. C’est l’Île-tonnerre qui gronde du début à la fin du périple, jusqu’à l’arrivée.

Grandeur  

En plongeant dans l’intimité du personnage (l’incarnation de sa grand-mère, de sa mère puis sa propre incarnation), on traverse mines d’or et cavernes, tant d’espaces plus grandioses les uns que les autres. Des poèmes aussi simples et courts comme « Le vent / Abat le littoral » rappellent constamment un champ lexical de la nature. La poétesse elle-même devient une sorte de Mère Nature, Gaïa dans toute sa splendeur. C’est par ses yeux qui se posent sur l’Histoire que la douleur, présente néanmoins, est tolérable et parfois doucereuse.

Crédit : Myriam Baril-Tessier

Je nage / Avec mes sœurs les lamproies / Et mes mères les tortues / Mes filles caouanes se sont / Dispersées / De par les mers / Vous les reconnaîtrez / À leur cri »

Justice et parole

Enfin, les filles et femmes disparues et assassinées sont retrouvées, elles sont rescapées des flots et migrent vers Nanimissuat. Alors que l’issue est incertaine au cœur de la commission d’enquête, la poésie affirme ce qui a été tu trop longtemps. Natasha Kanapé Fontaine, militante autochtone, possède toutes les armes artistiques pour contre-attaquer les oppresseurs et faire valoir son point de vue. En outre, elle dispose d’une tribune importante depuis qu’elle figure au casting d’Unité 9. Sa poésie, importante dans le dialogue culturel, résume assez bien la situation

– Victor Bégin

Nanimissuat : Île-tonnerre, Natasha Kanapé Fontaine, Mémoire d’encrier, 2018.

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