Vice & Vertu. Deux antonymes qu’on ne peut dissocier pour narrer l’histoire de la métropole et ses paradoxes. C’est d’ailleurs un véritable voyage dans le temps que nous offrent Les 7 doigts de la main avec cette brillante production. Montée à l’occasion du 375e de la ville de Montréal, la troupe nous offre une expérience immersive nous permettant de côtoyer une multitude de personnages ayant marqué et influencé le paysage montréalais en alliant cirque, théâtre, projection, humour et musique.

On s’intéresse ici principalement aux années 1930 à 1960, soit les années fastes des cabarets montréalais et des plaisirs qui divisent. La réputation de Montréal, « ville ouverte », faisant l’envie et le plaisir des uns, et la honte et l’aversion des autres. À travers les saynètes et les numéros, on a entre autres la chance de voir revivre sous nos yeux une pétillante Texas Guinan qui nous accueille à chaque fois de son classique « Hello suckers! » ; Lili St-Cyr, reine des stripteaseuses, célèbre pour avoir contourné la loi en quittant la scène plus habillée qu’à son arrivée ; Armand Monroe, figure importante de la scène gaie avec ses imitations de mythique blonde ; Thérèse Casgrain et Léa Roback, figures de proue du mouvement féministe, si éloquentes et inspirantes ; Pacifique Plante et Jean Drapeau, et autres vertueux de la ligue de vigilance sociale et de l’escouade de la moralité, qui s’opposent aux chefs de police corrompus et mafieux.

Une grande portion du spectacle se déroule au rez-de-chaussée, où on se promène d’une scène à l’autre, tantôt dans un cabaret, tantôt dans une taverne, une barbotte (maison de jeu), une maison close. Un étonnant numéro de bagarre entre malfrats était particulièrement impressionnant, alors qu’un sublime exercice de pole dancing sur un lit baldaquin n’a visiblement laissé personne indifférent! Mentionnons également la voix chaude et rauque de Béatrice Bonifassi, parfaite en puissante tenancière de bordel.

C’est toutefois lorsqu’on nous mène sous le dôme de la SAT que se déroulent les moments les mémorables. La technologie et les projections nous font revivre l’ère du Cabaret Frolics, du Faisant doré et Rockhead Paradise, puis nous transporte sous la nef de l’Oratoire Saint-Joseph, au Schwartz’s, sur le Mont-Royal et enfin sur le pont Jacques-Cartier pour l’illumination, ingénieuse passerelle entre le passé et le présent. C’est ici que nous avons droit aux numéros plus acrobatiques, avec la barre russe, le cerceau aérien et le mât chinois.

En définitive, Vice & Vertu est une ingénieuse production avec des artistes polyvalents et talentueux, qui non seulement réussit à nous captiver, mais qui nous donne également envie de replonger dans nos livres d’histoire. Ajoutons toutefois que revivre les folles et chaudes nuits de Montréal oblige à rester debout pour la majeure partie des trois heures ; on vous suggère donc de porter vos beaux petits kits rétro, mais de troquer les jolis petits escarpins pour une chaussure plus confortable!

Mona Lacasse

Vice & Vertu, présenté jusqu’au 6 août à la SAT dans le cadre de Montréal complètement cirque (réservé au 18 ans et plus). Pour toutes les informations, c’est ici.

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