À quel âge ai-je commencé à me sentir flouée d’être une fille?»

Ce qui frappe dans le travail de Julie Delporte est la sensibilité. Ses histoires semblent nous être chuchotées. Ses constats, souvent douloureux, nous sont livrés avec le soulagement de la confidence.  Les livres de Delporte font du bien, même si ce qu’ils racontent déchire l’âme.

Moi aussi je voulais l’emporter met en mots et en images la tristesse silencieuse d’être née fille, sentiment porté par plusieurs d’entre nous et difficile à rendre dans sa complexité. Sorte de journal de création, de réflexions sur le féminisme, sur les relations amoureuses, sur l’enfance, sur les cicatrices, le livre nous offre quelques centaines de pages de pure beauté.  Peu importe où on l’ouvre, guidée par le hasard, on est assurées de trouver les mots et les couleurs pour nous émouvoir. Et pour nous faire réfléchir sur nos propres blessures, nos propres dichotomies.

Jouant des blancs comme les dialogues jouent des silences, son dessin figuratif flirte avec l’abstrait, toujours au service de la charge émotive.  Sa palette de couleurs est vibrante et apaisante à la fois.

Moi aussi je voulais l’emporter est en quelque sorte une lucarne dans la tête et le cœur de quelqu’un où il fait bon de se reconnaître.  On se sent moins seule au combat.

On m’a fait lire Sartre mais pas Beauvoir

« (…) la tristesse des filles devrait être reconnue comme un acte de résistance et de militantisme politique.»

Julie Delporte, aux côtés de Rosalie Lavoie, Catherine Ocelot, Marie Saur et David Turgeon, est l’une des fondatrices de la nouvelle revue Tristesse.  À l’intérieur de cette publication, une majorité de textes écrits par des autrices, mais également des illustrations, des planches dessinées et des photos.

Les contributions explorent le féminisme (mais pas seulement) en se penchant sur les conditionnements, sur la langue, sur l’héritage littéraire. Tous les tons sont permis, toutes les envolées artistiques aussi.  C’est un objet qu’il faut lire lentement pour s’imprégner des pensées, des émotions que les collaborations suscitent.  On souhaite longue vie à la revue, qui change de façon rafraîchissante le paysage des périodiques littéraires.

Moi aussi je voulais l’emporter, Julie Delporte, Éditions Pow Pow, 2017.
Tristesse, No. 1, Hiver 2017-2018

Rose Normandin

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