Fidèle aux Éditions de l’Hexagone, Mireille Gagné sort son troisième recueil de poésie apocalyptique, Minuit moins deux avant la fin du monde, à saveur d’actualité et de prise de conscience.

La fin du monde

Le recueil est joliment illustré d’un agrume à moitié pelé qui n’est pas sans rappeler la planète Terre. L’intérieur de la couverture cartonnée arbore quant à lui un orangé très vif. En introduction, Gagné aborde l’horloge de la fin du monde, artefact de la Guerre Froide dont le minuit représente la fin de l’humanité. Ce début plutôt glacial sert bien l’écriture de l’auteure ; nous avons droit à un récit sur la fin elle-même, sur l’inquiétude latente qui pèse sur le monde.

Désespérément / une forêt qui résonne au creux des mains / une rivière à saumon avec des saumons dedans / une île au milieu du fleuve qui se cabre / c’est la fin des programmes. »

Les chapitres départageant les courts poèmes sont en forme de compte à rebours, idée ludique et plaisante à la lecture (quoiqu’un peu stressante sur les bords). On part de 23 :57 :30.

Des peaux qui se cherchent

Dans l’urgence constante d’une fin que connaît le lecteur, les personnages anonymes des poèmes cherchent à muer, à devenir quelqu’un d’autre ou quelque chose.

Enfant il a volé une poupée à sa sœur / par un tout petit trou dans le pied / l’a vidée de sa mousse / on l’a retrouvé dans la garde-robe / inconsolable / la bouche ouverte pleine de bourrure / il essayait de se remplir. »

Transformation, remplacement, on ne sait pas. Est-ce un récit d’interchangeabilité? N’en reste que la crise perdure de page en page. Les drames et suicides s’enchaînent dans une poésie qui met la ponctuation de côté pour la faire revenir sous forme de point final à chaque poème, comme un couperet.

Le parent inquiet, sujet poétique de quelques poèmes, vient ajouter à toute l’angoisse son ultime personnage. On retrouve peut-être l’auteure même dans ces vers hantant : « les murs effondrés / ne retiennent plus les photos des enfants ». Le monde entier est sans secours jusqu’à ce que le temps recule.

Il y a peu de douceur et beaucoup d’appréhensions dans ce recueil de Mireille Gagné. Attache ta tuque, ti-cass, la lumière est au bout du tunnel.

Victor Bégin

Minuit moins deux avant la fin du monde, Mireille Gagné, Éditions de l’Hexagone, 2018, 70 p.

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