La littérature jeunesse, c’est un lieu de rencontre unique, une passerelle entre l’enfance et l’âge adulte. C’est l’occasion de s’évader dans l’imaginaire d’autrui. C’est le plaisir partagé, décuplé. Afin d’en apprendre un peu plus sur les artisans de petits bonheurs qui se cachent derrière les albums, documentaires et romans jeunesse préférés de nos minis (et les nôtres!), Les Méconnus vous propose une nouvelle série de mini-entretiens.

Les poissons électriques ne sont pas des poissons comme les autres : on ne les trouve pas dans un bocal, et encore moins dans notre assiette. Ce sont des poissons incroyables, qui vivent dans les eaux de différents endroits du monde et que les scientifiques ne se lassent pas d’étudier. Pourquoi sont-ils si fascinants? »

Deuxième documentaire jeunesse à paraître chez La Pastèque, Les poissons électriques nous amène dans un méandre de découvertes pour les apprentis Cousteau. Loin d’être édulcoré, le livre nous offre des informations scientifiques d’une façon accessible et sans fioriture. Les illustrations de Stéphane Poirier et le graphisme ont un petit accent rétro qui sied très bien le texte. En refermant le livre, mini et moi, on se sentait déjà plus savant (quoique on se soit enfargé quelques fois en disant « aptéronote »).

Pour ce premier mini-entretien, on a pensé discuter avec l’auteur Érik Harvey-Girard, pour en apprendre un peu plus sur lui et son intérêt pour ses drôles de poissons.

D’abord, pourquoi les poissons électriques?

J’ai fait mon doctorat sur le comportement et le système électrosensoriel des aptéronotes bruns (on les appelle aussi « poissons-couteaux bruns » ou « brown ghost knife fish » en anglais). Je suis tombé en amour, complètement fasciné par leurs capacités extraordinaires. Durant l’évolution, ils ont dû régler des problèmes semblables à ceux de nos ingénieurs électriques. Je trouvais aussi fascinant le fait qu’ils perçoivent leur monde électriquement, une modalité qui nous est totalement inconnue.

D’où est venue l’idée d’écrire un livre jeunesse à leur sujet?

Avant de faire mon doctorat, j’étais enseignant au secondaire. Je n’ai jamais vraiment cessé d’enseigner (mes pauvres enfants en ont souffert!). En fait, je trouvais le sujet tellement fascinant que c’est venu tout naturellement.

Qui sont les plus sévères critiques de tes écrits, les étudiants au doctorat ou tes enfants ?

Jamais vu les choses sous cet angle! Dans les universités, la compétition pour obtenir des publications est telle que faire un livre pour enfants n’est pas vraiment apprécié. Ce n’est pas pousser la science de pointe, assurer les subventions pour plus tard. C’est donc une perte de temps. Alors, j’avais une certaine gêne au départ d’écrire pour les enfants face à mes pairs.

Face aux enfants, je n’ai pas encore de retour de leur part, on vient juste de lancer le livre. Mon plus jeune fils est un excellent critique, juste et constructif. Il rigole souvent avec certains de mes écrits plus humoristiques.

Comme c’est la première fois que je fais un livre, mon plus gros défi, celui qui m’a le plus brisé le cœur, fut la critique des éditeurs. Le premier manuscrit de ce livre, je l’ai écrit il y a 12 ans! Le premier éditeur me l’a retourné en me disant que c’était inutile et trop compliqué parce que ça parlait de courants électriques. Je me suis découragé et repris de multiples fois avant que La Pastèque m’offre enfin cette chance.

Si tu étais un poisson électrique, préférerais-tu utiliser ce super pouvoir pour te défendre, chasser des proies ou communiquer et t’orienter?

Difficile de répondre à cette question! Face à Trump, je veux être une anguille électrique de 2 mètres et décharger des pulses de 600V pendant des heures! Mais être une anguille électrique, c’est avoir une vie bien solitaire, pas sûr que je pourrai tenir longtemps. Je pense que je choisirais d’être un poisson-éléphant, beaucoup de copains pour communiquer électriquement et pour détecter les proies et mon environnement. Mon goût pour les vers de vase serait par contre à développer.

Pour moi, ce n’est pas un super-pouvoir, c’est une autre façon de percevoir le monde ou de communiquer et de chasser. Et c’est drôlement cool!

Maintenant que la glace est cassée, des idées pour un prochain livre documentaire?

Oui, plusieurs. Le comportement des poissons est vraiment étonnant et est un thème sous-exploité. Ils sont beaucoup plus intelligents qu’on le croit. Je trouve aussi le thème de la sexualité lié à la parentalité et aux modes de vie chez différentes espèces animales très intéressant, mais c’est plus exploité.

Enfin, peux-tu nous suggérer trois livres de ton choix (jeunesse ou pas) pour nos lecteurs?

Mon enfance et celui de mes enfants a été bercée par les Astérix et les Rahan. Des classiques toujours judicieux. J’ai aussi un faible pour les livres de Babette Cole.

Plus qu’un livre en particulier pour les enfants, je pense que le mieux est simplement de leur donner le goût de la lecture. J’ai bien réussi avec mes bonhommes : lire au moment d’aller au lit était un moment de tendresse et de qualité. J’ai lu Les trois petits cochons à le savoir par cœur. Plus tard, quand ils ont lu par eux-mêmes, c’est devenu une permission spéciale pour étirer leur soirée. Bref, mes fils sont devenus des machines à lire.

Finalement, pour les grands, j’ai adoré Sapiens: une brève histoire de l’humanité par Yuval Noah Harari. Une vision globale de l’histoire qui a bouleversé ma façon de voir le monde. Tous sapiens devrait avoir lu ce livre!

– Propos recueillis par Mona Lacasse

Les poissons électriques, Erik Harvey-Girard, Stéphane Poirier, La Pastèque, 72 pages, 2017. À partir de 5 ans.

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