Image tirée du film Neon Demon de Nicolas Winding Refn

La violence, les controverses, les combats contre l’iniquité, tout cela n’était pas nouveau en 2016 mais seulement une continuation de la tendance en cours. Le décrochement collectif de nos mâchoires face aux élections américaines est symptomatique de notre aveuglement face aux tendances et mentalités qui se forment et évoluent sous nos yeux. Ce n’était pas la première fois que Trump se présentait aux présidentielles, mais c’était la première fois qu’on ne l’ignorait pas. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’une bonne majorité des meilleurs films de l’année soient des œuvres qui dénoncent, d’une manière ou d’une autre, certaines de nos déviations autodestructives en tant que collectivité. Ce n’est, bien sûr, que la continuation d’une tendance, puisque des films politiques et sociaux, il y en aura toujours. Mais on en a particulièrement besoin en ce moment.

THE LOBSTER de Yorgos Lanthimos

Notre obsession de la vie en couple, menée à l’extrême et érigée comme règle fondatrice d’une société dystopique, c’est déjà une excellente prémisse pour une satire. Mais, Lanthimos réussit bien plus en poussant jusqu’à l’absurde nos moindres habitudes et nous donne un mélange impressionnant d’humour, de malaise, et de critique sociale, tout en campant des personnages touchants, inquiétants et bizarres. The Lobster réussit à mettre en lumière des tics et des habitudes de notre quotidien dont on ne réalise même pas l’étrangeté, avant de les voir sous ce nouveau jour. Tout y est décalé, pourtant tout se tient d’une certaine manière, comme notre propre réalité.

HIGH-RISE de Ben Wheatley

High-Rise est un conte grinçant sur le capitalisme, sur les inégalités sociales, et sur tout ce qui peut tourner au pire quand des humains habitent en communauté. Le gratte-ciel du titre, qui est par son design supposé être le sommet du modernisme, est justement cela : tous les travers de l’émergence du capitalisme, des nouvelles classes sociales, toute une société avec ses supers marchés, ses jardins, et ses despotes,  dans une tour où les plus pauvres sont au plus bas et les riches dans les nuages. Ben Wheatley actualise avec brio le roman de J.G. Ballard et nous démontre que cette apocalypse qu’on ne peut s’empêcher de fantasmer encore et encore, on est probablement déjà en train de la vivre en ce moment.

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NEON DEMON de Nicolas Winding Refn

Le cinéma de Nicolas Winding Refn est souvent critiqué pour être du style sans substance (comme si l’inverse était moins grave), même si le réalisateur Danois offre toujours de la matière dans ses délires esthétiques. Comme Only God Forgives, son film précédent, The Neon Demon est une expérience sensorielle dans laquelle il est simple de se perdre. L’univers de la mode, représenté comme un univers impitoyable qui ne forge que des victimes et des monstres. Refn réussit à faire douter le spectateur quant à la nature de la protagoniste, cette présence fantomatique qui hante le film et tous ses personnages. Un délire cruel et atrocement beau sur le rapport vicieux entre l’homme et sa propre plastique.

THE WAILING de Na Hong-jin

Un peu comme tous les films nommés ici, The Wailing est un OVNI cinématographique qui a su enchanter et déboussoler cette année. Plusieurs cinéastes sud-coréens sont passés maitres dans l’art de changer de ton, mais The Wailing donne l’impression de continuellement maintenir à la fois un humour burlesque et une horreur franche. Un film qui réussit à tenir son spectateur hors d’haleine pendant plus de deux heures tout en le faisant rire aux éclats est déjà un rare exploit, mais en plus, le résultat est singulier, déstabilisant, et pourtant, il s’insinue très bien parmi les codes du cinéma d’horreur traditionnel.

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ELLE de Paul Verhoeven

Il n’y a pas eu en 2016 de film plus actuel, plus complexe, plus violent qu’Elle. C’est une constatation déplorable des choses en cours, un affreux miroir que Verhoeven nous tend, et après être passé à travers ce récit sur la cruelle routine d’une femme agressée, le constat est clair : nous sommes tous complices. Après plusieurs années d’inactivité, le réalisateur de Robocop et Starship Troopers revient plus en forme que jamais, pour nous livrer la satire la plus acerbe et la plus coup de poing de sa carrière. Dur à croire. Et pourtant.

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Boris Nonveiller