Si j’avais su que ton passage parmi nous serait aussi bref, je crois que j’aurais refusé que tu dormes, j’aurais repoussé le sommeil de toutes mes forces, ou alors nous nous serions endormis ensemble dans ton petit lit. »

Un moment d’inattention, une tragédie, le pire. Un père pleure la noyade de sa fille. Comment survivre à ce deuil? Se raccrocher aux souvenirs heureux? Se raccrocher aux événements? Les réinventer? La guérison est-elle possible quand la culpabilité fait partie de la douleur? En entrevue, Charles Quimper parle de cet entrefilet qui paraît chaque été et qui rapporte froidement la mort d’un enfant, la banalisant, un « bête accident ou une négligence fatale » . Marée montante est donc une sorte d’élégie pour ces familles anéanties.

Naviguer dans la douleur

Chaque cours d’eau répond à l’appel de la mer: c’est là ma seule certitude, la clé de ma survie. Serai-je capable de remonter le courant qui t’a emportée? Et si oui, me conduira-t-il à toi? »

Tranquillement, l’auteur nous raconte comment le père, incapable de guérison parce que le corps de son enfant n’a jamais été retrouvé, s’enfonce dans une quête impossible. Le flou teinte la poésie du texte rendant la douleur omniprésente. Les faits sont difficiles à cerner, le père semble confus. Enfermé dans sa souffrance, son isolation s’intensifie, son couple s’affaiblit, sa maison le renie. Il erre par-delà les eaux à la recherche du fantôme de sa fille. Le flou persiste. Sommes-nous vraiment sur le voilier qu’il a construit de ses mains ou est-ce le fruit d’un délire toxique? Soleil brûlant, faim, déshydratation, souvenirs fiévreux, tempêtes impitoyables, son odyssée lui fait remonter le cours de sa douleur pour tenter de trouver la paix.

S’il s’agit de son premier ouvrage publié, il ne fait nul doute que l’auteur écrit depuis longtemps. C’est un tour de force que Charles Quimper livre avec cette petite plaquette de 67 pages. Son sujet est difficile. Il faut du doigté, de la sensibilité pour parler de juste façon du deuil d’un enfant. L’auteur relève le défi avec douceur, imaginant une voix à ceux rendus muets par le chagrin.

Rose Normandin

Marée haute, Charles Quimper, Éditions Alto, 2017

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