Louise Lecavalier est une danseuse et créatrice reconnue sur la scène internationale. Icône et pionnière de la danse contemporaine, elle incarne encore aujourd’hui, à bientôt 60 ans, une artiste unique qui transcende les frontières du corps et de la performance. Le 30 mars prochain, Louise Lecavalier – Sur son cheval de feu, un long-métrage documentaire réalisé par Raymond St-Jean (Une chaise pour un ange, Out of Mind: The Stories of H.P. Lovecraft), sortira en salle au Québec. Portrait intime d’une artiste inspirante et d’une femme passionnée.

Dans ce film, Raymond St-Jean propose de suivre la vie de Louise Lecavalier durant un an, de la première à Paris de Mille batailles en 2016 aux témoignages de ses partenaires de scènes, en passant par des moments d’intimité avec ses filles et son entraînement physique. Douce et introvertie, Louise parle tout d’abord de son enfance. Une enfance comme les autres où elle aimait jouer avec ses frères, faire du sport et être un super-héros. « Si j’étais un gars, je pourrais danser » se disait-elle. Les hommes étaient virtuoses, sautaient haut et incarnaient ce qu’elle aimait dans cet art. D’après elle, c’est le hasard qui l’a menée à sa carrière. Tout en délicatesse et en authenticité, l’artiste se dévoile au réalisateur, dans plusieurs entrevues même si elle considère qu’il est « difficile de raconter la danse ».

Plusieurs de ses partenaires, Robert Abudo, Angelo Barsetti, Marc Béland, Frédéric Tavernini ou encore Patrick Lamothe, racontent cette femme fascinante. Pour l’un, « insatiable », pour l’autre, « minutieuse et précise »… Chaque partenaire livre son amour, son attirance et son admiration pour cette grande artiste. Édouard Lock est évidemment aussi évoqué. C’est grâce à sa confiance que Louise Lecavalier s’est hissée au rang d’icône, d’égérie dans les années 80, au sein de la compagnie Lalala Human Step. « C’est un révélateur de beauté » livre-t-elle, des étoiles plein les yeux.

On découvre aussi d’autres pans de la vie de Louise Lecavalier, des sphères plus privées, plus intimes notamment avec ses jumelles et leur belle complicité. Le photographe Cornelier intervient aussi en montrant de magnifiques clichés de cette femme aux multiples personnages. Tout au long du documentaire, c’est avec une immense humilité que Louise Lecavalier se confie, à la fois par les mots, mais aussi, et surtout, par son corps, électrique et hors-norme.

Devenir le mouvement

Même après plus de 40 ans de carrière, Louise Lecavalier reste égale à elle-même et va toujours plus loin dans sa recherche, en tant que danseuse et en tant que chorégraphe. Comme elle le dit elle-même, « j’ai tout à apprendre des autres ». Dans des explosions d’images d’archives et de créations plus récentes, on suit le parcours de l’interprète à travers son corps, qui parle bien plus que ses mots. « Le corps parle tout le temps », confie-t-elle.

On parcourt les nombreuses mises au point qu’elle fait surgir constamment, en répétition, en coulisses et même la seconde après un spectacle. La précision et le dépassement de soi caractérisent son travail rigoureux, passionné et authentique.

Il faut que je devienne le mouvement », assure-t-elle.

Avec de longs extraits chorégraphiques (notamment So Blue, Mille batailles, Infante c’est Destroy, A Few Minutes Of Lock, LaLaLa Human Sex Duo no 1, Children ), le réalisateur transcende le mouvement et le corps de l’artiste. Les lumières, les couleurs et la photographie magnifient les corps et la danse. On entre dans des univers où les lignes, les sensations et les images se percutent et s’unissent en même temps.

Louise paraît dépasser les limites du corps humain. Un corps qu’elle façonne, qu’elle entraîne jour après jour, qu’elle aime et dans lequel elle pose sa confiance. Mais ce beau film montre aussi au public les blessures et l’investissement physique intense qu’une vie de danseur implique. Travailler sa flexibilité, s’entraîner à la boxe, retrouver ses habilités après une lourde opération à la hanche, c’est aussi ça le quotidien de cette danseuse hors norme.

Des images poétiques, une narration sensible et une artiste hors du commun. Un film dont la justesse et la finesse raviront tous les passionnés de danse, d’art, de corps et de mouvements. Courez-y!

Léa Villalba

Louise Lecavalier – Sur son cheval de feu, en salles dès le 30 mars 2018.

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