Si vous cherchez dans le nouveau film de Manon Briand un quelconque rapport avec les Beatles ou le fameux club de football, n’allez pas plus loin car Liverpool n’est en fait que le nom d’un bar très sélect où le personnage principal, Émilie (Stéphanie Lapointe, dont les beaux et longs cheveux tentent de faire oublier le jeu hésitant) travaille à titre de préposée au vestiaire. Donc pas d’accent british ni de paysages anglais au rendez-vous, mais plutôt une intrigue policière campée en sol montréalais, où Émilie se retrouve plongée malgré elle au centre d’une histoire criminelle, après avoir voulu rapporter à une cliente un manteau non réclamé au bar. Thomas, un client amoureux d’Émilie depuis toujours, sera lui aussi entraîné dans cette sordide affaire. Liverpool : un thriller, une comédie sentimentale, un road movie québécois ? On n’en est pas très certain.

D’entrée de jeu, le hit Liverpool de Renée Martel — qui se révèle le thème du film mais aussi sa raison même, Manon Briand décrivant cette chanson comme « un coup de cœur », « un plaisir coupable jamais rassasié », « une toune « poison » » — revient malheureusement trop souvent et donne l’impression que la réalisatrice a tenté de recréer l’effet que produisait la chanson Bang Bang de Dalida dans les Amours Imaginaires (Xavier Dolan, 2010), Briand usant elle aussi de ralentis « bien placés » et de plans très rapprochés, ici sans succès, tel celui trop mignard des yeux amoureux d’Émilie et de Thomas alors qu’ils se parlent à deux pouces du visage.

Si le scénario éprouve quelques faiblesses et manque d’originalité (la scène où le personnage de Louis Morissette cherche à payer Émilie pour être venue voir son père mourant semble tout droit sortie des Invasions barbares de Denys Arcand), les défauts majeurs de Liverpool proviennent surtout de la mauvaise direction d’acteurs et des dialogues mièvres des personnages, qui vont de phrases telles « Parce que cette personne vaut à elle seule plusieurs centaines de milliers de paires de yeux » à « Tu es la plus belle fille que j’ai vue de toute ma vie ». À trop vouloir marier thriller et comédie romantique, Manon Briand semble s’être égarée et ne pas avoir réussi à s’arrêter sur un ton définitif pour Liverpool, le film jouant sur trop de codes cinématographiques à la fois.

Certains moments font toutefois bien sourire, tels celui qui dépeint des hipsters empêchant les gens de parler dans un café parce qu’ils sont en train de travailler sur leurs portables ainsi que tous ceux qui font des clins d’œil non voulus au mouvement Occupy et à la crise étudiante actuelle, mais cela n’est somme toute pas assez pour sauver Liverpool de son aspect trop gentillet et engager une réelle réflexion sur le cynisme et la morosité de notre ère de télécommunications comme le souhaitait la cinéaste.

Liverpool de Manon Briand, en salles dès le 3 août

– Alice Michaud-Lapointe