Crédit photo : Stéphane Milot

Montréal noir, d’abord édité en 2003, est un recueil de nouvelles drôles et sombres, inquiétantes et décalées, abracadabrantes et réalistes. Regroupant sept nouvelles d’auteurs aux styles plutôt variés autour d’une unité de lieu, ce livre est une balade dans les coins lugubres de la ville, au cœur d’une imagination débridée.

Patrick Senécal ouvre le bal avec Heure de pointe, véritable course contre la montre, où vengeance et culpabilité s’entremêlent dans les rues du centre-ville. Comme dans ses romans, l’auteur sait faire battre nos pouls par son suspense et son rythme infernal. En une nouvelle, l’ambiance du recueil est installée et on en redemande.

Marie-Claire Blais nous plonge quant à elle au cœur des bas-fonds de la prostitution montréalaise avec Xuan une solitude. Au bar le Diamant de nuit, des femmes trop jeunes, chargées d’histoires, expérimentent en tristesse les relations humaines aux côtés des travestis amers et dépités de la rue Ste-Catherine. Les personnages sont des fantômes, des parenthèses de la ville. Le récit tranche avec le précédent par son intrigue plus calme.

Humour grinçant, mélodrame et absurdités se côtoient avec justesse et hilarité dans Blanc comme neige, grâce à l’excellent style de François Barcelo. L’auteur nous fait voyager par une nuit de tempête en plein cœur du Plateau, au travers d’une série d’accidents rocambolesques, où la mort prédomine avec un rictus effarant. C’est ridicule, c’est grotesque, c’est drôle. Un coup de cœur.

La mort domine aussi dans La petite âme d’André Truand, mais de façon inattendue : c’est une narratrice décédée qui raconte son agression alors que son meurtrier la trimballe à droite et à gauche, mettant en scène leur amour platonique et glauque. Pour se distraire, la narratrice vogue au-dessus du Mont-Royal au gré de ses lieux préférés, espionne avec sarcasme ses anciennes camarades de classe et se demande quand elle va heurter le fond du fleuve. Décalée et originale, cette nouvelle offre le charme d’avoir un personnage principal critique d’elle-même, pleine d’humour et de rancœur, avec laquelle on sympathise assez vite.

Un petit service de Chrystine Brouillet nous entraîne dans l’ambiance romantique et glauque d’un soir de tempête. Alain, employé à la morgue, paraît tracassé par le dernier corps examiné. Autour d’un bon verre de vin, il raconte à Maud que le cadavre pourrait avoir atterri sur sa table à cause d’un homme qu’il connaît, un chauffeur de taxi aux apparences plutôt honnêtes. L’histoire est originale, le style efficace… Une nouvelle comme on les aime.

Un stagiaire de Pointe-à-Callière trop ambitieux se frotte à un archéologue raté : vieilles pierres, archéologie, empoisonnement et Sud-Ouest de la ville sont au rendez-vous dans Le chant des pierres de Gilles Pellerin, dont le style et l’histoire sont un peu plus arides que les précédentes.

Un cadavre à la fois clôt avec efficacité le recueil : André Marois nous emmène près de la station Frontenac, où le jeune employé d’une morgue, sympathique et honnête, s’ennuie aux côtés de sa collègue Martine, bien occupée à résoudre des sudokus. Alors qu’il jase avec son ami Richard, retraité et empailleur à temps perdu, il apprend que ce dernier rêve d’ajouter à sa collection le prédateur ultime. Et l’idée fait tranquillement son chemin dans la tête du jeune homme…

Si les sept nouvelles de Montréal noir sont inégales, il n’en reste pas moins que Senécal, Barcelo, Brouillet et Marois, par leur style, rythme, personnages et récit, en font un petit incontournable pour découvrir une ville à l’imaginaire aussi lugubre qu’absurde et décalé.

Annick Lavogiez

Montréal noir, publié initialement aux éditions Les 400 coups, No de série N-0016, 199 pages, 2017.

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