Lisa Simone / Photo : Victor Diaz Lamich

C’est un gros programme double qui attendait le public du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jeudi soir, avec Lisa Simone (oui, la fille de l’autre) et Michael Kaeshammer, deux artistes aussi talentueux qu’ils sont charismatiques, et surtout qui ne se laissent pas facilement impressionner par la scène.

Michael Kaeshammer

Même si on lit « programme double », on comprend automatiquement que la personne qui débute est la première partie, qu’on le veuille ou non. Michael Kaeshammer est l’exception qui confirme la règle : accompagné de six musiciens, il est entré sur scène en faisant ce qu’il fait de mieux, étaler son talent au piano. Il était loin, très loin d’avoir une attitude de première partie. Ses musiciens non plus, d’ailleurs.

Dès le premier morceau, il jouait du piano d’une main, et tendait l’autre pour jouer d’un petit orgue derrière lui, comme si de rien n’était. Il n’a pas pris trop de temps non plus pour se mettre à chanter, chose qu’il fait aussi très bien. Sans avoir une voix exceptionnelle, Kaeshammer est un artiste et un entertainer (et pas seulement parce qu’il a joué le début de The Entertainer) qui improvisait des interactions avec son public montréalais. Mention au moment où il a cessé le spectacle pour « accueillir » les retardataires, près de 25 minutes après le début de sa performance. Si j’étais une de ces personnes, je m’assurerais de ne plus jamais être en retard de ma vie tellement j’aurais été intimidé.

Michael Kaeshammer

Très généreux sur scène, il a aussi laissé beaucoup d’espace à ses musiciens, dont une section de trois vents, qui s’échangeaient régulièrement des solos. Kaeshammer s’est aussi permis un duel de percussions avec son batteur, utilisant son piano comme un gros tambour (pourquoi pas?). La complicité était au rendez-vous entre les musiciens, qui ont suivi leur leader dans la foule le temps d’une chanson. Ce n’est qu’après 1h15 que l’on s’est souvenu qu’il y avait une autre partie à ce spectacle. Ainsi, après un rappel en version acoustique entonnant O Canada, Michael Kaeshammer est sorti nous assurant qu’on allait passer un bon reste de soirée avec Lisa. En tout cas, il avait mis la barre haute pour celle qui allait clore la soirée.

Lisa Simone

Trente longues minutes d’attente plus tard, les lumières du Théâtre Maisonneuve se sont éteintes, et un guitariste est venu jouer quelques notes, suivi d’un batteur, puis d’un bassiste. Lorsque le rythme a bien été installé, Lisa Simone est arrivée, radieuse. Pour la petite histoire, la fille de Nina n’a pas eu un début de vie si facile, avec le rythme vertigineux de sa mère, mais elle est par la suite devenue actrice et chanteuse sur Broadway. Ce n’est que dans la cinquantaine qu’elle a lancé un premier album studio, puis un second l’an dernier. Elle venait défendre ses nouvelles chansons donner un peu de positivisme au passage, même si « son président » ne donnait que peu de raisons d’avoir espoir, de son propre aveu.

Lisa semblait reconnaissante d’avoir droit à un tel accueil de la part du public montréalais, et a insisté pour s’adresser à la foule en français la grande majorité du concert. Elle a bien sûr fait beaucoup de références à sa mère, et a même repris sa chanson If You Knew en version reggae, lançant au passage qu’elle ne serait probablement pas d’accord avec cette relecture, mais que les musiciens de formation classique sont parfois un peu coincés. Il faut dire que Lisa est beaucoup plus à l’aise dans un registre plus près du R&B que du jazz au sens traditionnel. Son sourire était contagieux jusqu’à l’autre bout de la salle et elle s’est aussi prêtée au jeu de quitter la scène pour s’approcher de son public, serrant plusieurs mains au passage. Lisa Simone laissait aussi amplement d’espace à ses musiciens, qui apportaient une belle dose d’énergie funky à la soirée.

Lisa Simone / Photo : Victor Diaz Lamich

Est-ce l’heure tardive, ou le fait que c’était Michael Kaeshammer qui avait incité plusieurs festivaliers à acheter leur billet, mais quelques groupes de personnes ont commencé à quitter vers 23h, et encore plus lorsque l’artiste est partie dans les coulisses le temps que ses musiciens terminent la chanson « finale ». Elle est finalement revenue pour conclure avec un rappel bien senti, mais devant une foule beaucoup moins compacte au parterre. Elle n’en a pas fait de cas, finissant le tout un peu avant 23h30, mais il est vrai que c’était risqué de jouer aussi tard un jeudi soir. Lisa Simone a exprimé à plusieurs reprises son souhait de revenir très bientôt, et souvent, à Montréal. Voyons si des promoteurs cachés dans la salle ont entendu son souhait.

– Olivier Dénommée

Lisa Simone et Michael Kaeshammer jouaient sur la scène du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts le jeudi 6 juillet 2017, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. Le festival se poursuit jusqu’au 8 juillet. Pour tout savoir de la programmation, c’est ici.

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