Quatre personnages, une seule contrainte, celle d’être une femme en Inde. Bienvenue dans Lipstick Under My Burkha.

L’une est adolescente, forcée de porter l’une des burqas vendues dans le commerce de ses parents, debout aux côtés des étudiants qui se battent pour le port du jeans une fois arrivée au lycée. L’autre est vendeuse et mère de trois enfants, contrainte d’acheter des préservatifs pour coucher avec son mari de peur d’avoir une infection qu’il aurait attrapée avec l’une de ses conquêtes. Libre uniquement lorsqu’elle chevauche son scooter, une troisième se voit mariée de force à un inconnu quand l’homme qu’elle aime est contraint de les photographier le jour de leurs noces. Quant à la dernière, supposée se tenir loin de toute vie sexuelle active car veuve de 55 ans, elle brave les interdits en entamant une liaison par téléphone avec son maître-nageur.

Avec Lipstick Under My Burkha, ou le second long-métrage d’Alankrita Shrivastava après Tour30! (2011), la réalisatrice basée à Mumbai donne le ton de sa filmographie gravitant jusqu’à présent autour du monde intérieur et complexe de la vie au féminin.

C’est ce dernier personnage cinquantenaire qui tissera le lien avec tous les autres à travers la lecture libératrice d’un roman rose. Les fantasmes de son protagoniste Rosy deviendront à travers une voix-off ceux rêvés de ces quatre femmes déterminées à bousculer le carcan dans lequel la société indienne veut les confiner.

Non sans humour, la cinéaste et scénariste Alankrita Shrivastava nous ouvre les portes du quotidien d’une femme en Inde rurale. Loin d’être l’exception du festival des films d’Asie du sud, ce long-métrage s’inscrit dans la lignée de films engagés sur la question des droits des femmes et de la communauté LGBTQ à l’instar de Normalcy, Transindia, Any Other day et Escaping Agra.

Le piège à éviter serait celui de croire que Lipstick Under My Burkha ne serait qu’une comédie à prendre à la légère. La criminalisation du sexe avec une mineure a été annoncée pas plus tard que le 11 octobre dernier en Inde, un acte qui jusqu’à ce jour ne portait pas la définition de viol. En 2011, près de cinquante pour cent des mariages en Inde concernaient des filles de moins de 18 ans.

À titre de clôture d’une septième édition engagée, placée sous le thème de la justice sociale, School Bag – court-métrage en compétition aux côtés du jeune Faaruq et sa mère – et Mukti Bhavan, une comédie dans laquelle un homme est prêt à tout pour réaliser le dernier souhait de son père.

Ambre Sachet 

Le Festival des films d’Asie du Sud, du 27 au 29 octobre et du 3 au 5 novembre 2017. Pour lire toute notre couverture, c’est ici.

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