C’est au Théâtre Corona samedi dernier qu’on a eu la chance d’assister à Less is now, la tournée de conférences des Minimalistes, ce courant américain né en Ohio qui prône l’élimination des excès et inutilités de la vie pour se centrer sur l’essentiel.

Minimalism is a tool to rid yourself of life’s excess in favor of focusing on what’s important—so you can find happiness, fulfillment, and freedom. »

Le spectacle commence avec une sincère et prolongée volée d’applaudissements et quelques hurlements de fans. Rapidement commence la présentation. Chacun à son tour, Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus racontent leur enfance dans des familles dysfonctionnelles avec peu de revenus, introduisant ainsi comment leur est venu à chacun l’idée, en grandissant, que l’argent, et donc la consommation de multiples biens, était un accès direct au bonheur.

Après dix ans de vies professionnelles réussies sous tous les standards modernes, les deux hommes se sont rendus compte que leur but n’était toujours pas atteint. Stressés et malheureux, ils ont commencé à se débarrasser de leurs possessions pour concentrer leur énergie sur ce qui compte : les gens, les passions, la santé, la vie. C’est ainsi qu’est née l’initiative The Minimalists : deux amis réunis autour de l’idée d’une vie simplifiée, libre, créative.

Point de départ de la soirée, ce moment très autobiographique avec les auteurs du documentaire Minimalism: A Documentary n’aura pas surpris les habitués du podcast ou du blogue. C’est une approche humaine, touchante, sensible, qui permet au public de connecter, de s’identifier, presque de se sentir en famille. On pourrait regretter, en tant que connaisseur, justement, que cette introduction n’amène rien de neuf, mais il faut admettre que la bonne humeur ambiante, sur scène et dans le public, donne envie d’être de bonne foi et de souligner uniquement le positif.

La deuxième partie a permis à la foule de rencontrer Julien Smith, entrepreneur canadien et fondateur de la compagnie Breather. Les minimalistes mènent la discussion : quelles sont les raisons qui ont poussé Smith à passer d’auteur-blogueur reconnu à créateur et dirigeant d’une entreprise avec plusieurs centaines d’employés et des services dans différents pays? Pour Fields Millburn, le lien entre cette compagnie qui loue ponctuellement des espaces pour permettre aux gens de travailler, de se reposer ou de créer (au lieu de louer au mois ou d’acheter) et le minimalisme est clair : se détacher de l’idée de propriété individuelle pour revenir à un principe de partage. On comprend vite que l’objectif de cette rencontre est de permettre au public de réaliser que la philosophie qui se cache derrière le minimalisme englobe toutes les sphères de la vie. Ça fonctionne, le public a l’air d’apprécier et la bonne humeur ne faiblit pas.

En troisième partie, retour à la chaleur humaine grâce aux questions du public, qui témoignent principalement des difficultés à pratiquer le minimalisme au quotidien. Comment effacer ses dettes? Le mariage est-il un obstacle à un mode de vie minimaliste? Une fois débarrassé de ses affaires inutiles, comment être heureux? Avec sourires et sympathie, les deux conférenciers répondent par des réflexions et questions plus que par des conseils, évitant ainsi sagement de se transformer en gourous. Ils confirment ainsi ne pas prôner une vie parfaite, mais bien une vie simplifiée. Il n’y a pas de recette miracle : chacun vit différemment le minimalisme. Bien pensante et remplie de bons sentiments, cette conclusion reste un moment agréable, à l’image du projet.

Loin d’être originale pour les habitués du podcast, la soirée Less is now a tout du moins le mérite de faire réfléchir à ce qui a ou devrait avoir de l’importance dans nos vies, de réfléchir à cette question franchement posée : « What the f*** are you doing with your life? » On n’en sort pas avec la réponse, mais tout de même avec une envie de se départir de quelques babioles, de reconsidérer ses projets mis de côté depuis trop longtemps et de passer une soirée entre amis. Et qui sait? C’est peut-être le début d’une vie minimaliste.

Annick Lavogiez

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