LA DOULEUR PORTE UN COSTUME DE PLUMES de Max Porter – Éditions du Seuil

La douleur porte un costume de plumes de Max Porter est une fable contemporaine fabuleuse et touchante. Un père doit composer avec la mort de sa femme, son deuil et celui de ses enfants. Un corbeau parlant déboule dans leurs vies pour guider la douleur, lui donner une teinte parfois comique, parfois ludique, toujours bouleversante. Pour un premier roman, Max Porter met la barre haute. C’est court, on y rit, on en pleure. Un roman d’une grande finesse où plane la figure d’un autre corbeau connu : Ted Hughes, poète britannique d’une grande noirceur.

Elizabeth Lord

LE PLONGEUR de Stéphane Larue – Le Quartanier

Cette brique de quelque cinq cents pages se lit d’un trait. Un jeune homme, fan de science-fiction, de dessins et de musique métal, est aux prises avec des problèmes de jeux. Il tente de « se refaire » en se dénichant un emploi comme plongeur dans un restaurant de Montréal. Ce qui pour lui n’était qu’un travail temporaire deviendra un véritable exutoire, le seul et unique endroit où il pourra oublier ses problèmes. Avec son premier roman, Stéphane Larue nous embarque non seulement pour une épopée inoubliable, mais nous fait découvrir les revers de la cuisine, ce qui se passe entre le moment où on passe notre commande et celui où on paie notre facture. Dire que le discours est maitrisé serait un peu faible : il frôle la perfection. À ta santé, Le plongeur!

Elizabeth Lord

SOIGNER, AIMER de Ouanessa Younsi – Mémoire d’encrier

Ce livre évoque avec une prose poétique forte, personnelle, le parcours authentique, courageux, d’une jeune psychiatre-poète confrontée à la souffrance, au désespoir des patients suicidaires, toxicomanes et autres dans une ville ravagée par la pauvreté, l’alcool et la misère psychologique. Younsi nous livre dans ce récit très singulier, dur et bouleversant sa quête afin d’explorer une autre voie d’accès fort exigeante pour soigner : aller vers l’autre avec compassion, amour. Récit qui nous questionne sans détour sur nos propres limites en regard de la compassion à autrui.

– Monique Adam

THE GIRLS d’Emma Cline – Quai Voltaire / La table ronde

The Girls s’inspire des événements tragiques qui ont eu lieu à la fin des années 60 en Californie alors que Charles Manson, dans une frénésie meurtrière, tentait de convaincre sa « famille » qu’il était le sauveur. Emma Cline s’attaque à une portion mythique de l’histoire américaine dans son premier roman hautement maîtrisé, en racontant la nuit meurtrière du point de vue des filles de cette famille diabolique. Evie Boyd, une jeune fille de quatorze ans, croise l’hypnotisante Saddie par un bel après-midi d’été. Cette rencontre sera le point de départ d’une relation autant touchante que malsaine.

Elizabeth Lord

VERTIGES DE L’HOSPITALITÉ de Mélanie Landreville – Les Herbes rouges

Vertiges de l’hospitalité est le premier livre de Mélanie Landreville : une poésie qui n’entend pas être raisonnable est ici mise en œuvre, qui dit, entre dissolution et surgissement, l’impact des violences dans le corps. La voix poétique est aux prises avec une colère, une force vivifiante : « C’est la fête, nous buvons des incendies de femmes qui s’étirent sexe dehors langue râpeuse pas sages pas propres pas habillées pour sortirL’éblouissement met la tendresse en exil, me révèle Josée. Nous faisons tout n’importe comment, même l’amour, accouplées à la rage ». Elle se révolte, auprès de Josée Yvon, de la mère, de la méduse, pour digérer ses blessures et les recracher en lumière. Un recueil à découvrir, si ce n’est pas déjà fait!

Vanessa Courville

 

 


LE POIDS DE LA NEIGE
de Christian Guay Poliquin – La Peuplade

Dans un village sans électricité, où une tempête de neige s’abat sans fin, le vieux Matthias sera responsable de la lente convalescence d’un jeune homme victime d’un grave accident de la route. Dans la verrière d’une grande demeure trop difficile à chauffer, ils deviendront les témoins impuissants de l’isolement qui resserrera son étau sur les autres villageois et de l’effet du poids de la neige qui continue de tomber de façon incessante. Ce roman est un page turner écrit avec minutie, qui laisse entrevoir quelque chose comme une éclaircie.

Marie-Hélène Métivier

ÉTINCELLE de Michèle Plomer – Les Éditions Marchand de feuilles

Michèle et Shen Song se sont rencontrées à la faculté des langues de l’Université de Shenzhen. Leur histoire d’amitié, mature et bercée par un partage de leurs cultures québécoise et chinoise, sera ébranlée par un grave accident, qui imposera à Song une longue et douloureuse convalescence. Tout au long du séjour de son amie à l’hôpital du peuple, Michèle devra faire face à cette Chine contemporaine, répressive à plusieurs égards, pays d’accueil qui la tient pourtant en exil. Étincelle est une ode magnifique à l’amitié, tendre, pure et vraie qui unit malgré les épreuves et change la vision du monde.

Marie-Hélène Métivier

MÈCHE de Sébastien de B. Gagnon – L’Oie de Cravan

Le printemps dernier est paru un recueil surprenant. En effet, malgré sa facture visuelle très sobre, ce tout petit livre de Sébastien B. Gagnon nous offre un poème-fleuve plein de bruit et de fureur, mais aussi de chuchotements et de tendresse désespérée. Mèche est de ces livres qui nous attendent dans le détour et qui nous frappent par leur nécessité. Et le fait est qu’on n’a pas fini d’en parler puisqu’il fait partie de la sélection préliminaire du volet poésie du Prix des libraires 2017. À suivre en février lors du dévoilement des finalistes…

Mathieu Simoneau

ZOOTHÉRAPIE de Catherine Lepage – Éditions Somme toute

Ce récit graphique de Catherine Lepage nous convie grâce à la force de l’image à travers la fragilité humaine. Souvent en confrontation avec le monde moderne, il y a pourtant moyen selon l’auteur de s’adapter, sans pour autant oublier qui l’on est. Par la représentation d’animaux dans leur contre-emploi, l’humour se déploie, rendant ce récit particulièrement lumineux et essentiel. Zoothérapie incarne parfaitement et avec poésie le livre qui fait du bien, dont il émane l’intelligence, la sensibilité et le talent de conteur de l’auteur.

Marie-Hélène Métivier

DÉTERRER LES OS de Fanie Desmeule – Septentrion / Collection Hamac

La jeune auteure Fanie Demeule nous a offert un premier livre tout à fait remarquable cette année : Déterrer les os. Son court roman porte sur l’anorexie sans jamais nommer ce problème alimentaire destructeur, toujours en parlant du ressenti. La jeune femme s’expose à toute une gamme d’émotions pour tester ses limites, voir jusqu’où elle peut aller. La structure fragmentaire donne un souffle contemporain à cette histoire qui s’avère une critique sentie de la pression faite aux filles quant à l’image qu’elles projettent. C’est à la fois beaucoup plus que seulement l’anorexie qui est abordée, c’est un point de vue sur un mal-être encore plus profond : les conditions d’une génération qui ne sait exister que dans l’apparence.

Elizabeth Lord

UN ÉTÉ À PROVINCETOWN de Caroline Vu — Les éditions de la Pleine Lune

Mai, une jeune femme d’origine vietnamienne, révèle page après page le parcours de vie des membres de sa famille, dont le sien. Des liens tissés serrés remplis de nœuds, qui seront dévoilés au grand jour par son cousin Daniel. La trame narrative du récit se déroule en grande partie au Vietnam, pays d’origine de l’auteure. Le fil conducteur effectue des va-et-vient entre le passé et le présent, revisitant l’époque coloniale et la guerre du Vietnam.

Force est de constater que Caroline Vu réussit une écriture sur la pointe des pieds comme des bribes de confidence si délicates qu’elle semble vouloir les chuchoter. Ce sublime récit est assurément l’un des meilleurs romans québécois de l’année 2016.

Marie-Paule Primeau

LES LOIS DU CIEL de Grégoire Courtois – Le Quartanier

Un groupe de jeunes âgés de six ans part en classe nature avec son professeur et deux parents-accompagnateurs. Pour les enfants, ce premier contact avec la forêt provoque toutes sortes de réactions et permet de laisser vivre leur imaginaire foisonnant. Cependant, tout ne se déroule pas comme prévu…

Profondément ancré dans le réel, ce roman d’horreur littéraire est construit avec une intelligence rare et aborde plusieurs thèmes contemporains. Il questionne, à travers ses personnages, la relation parent-enfant, l’utilité des technologies, le comportement animal qui peut étrangement ressembler à celui de l’humain en état de survie.

Marie-Hélène Métivier

LES MURAILLES d’Erika Soucy – VLB Éditeur

En allant rejoindre son père ouvrier sur le chantier de La Romaine-2, Erika Soucy a voulu comprendre l’univers dans lequel lui et plusieurs membres de sa famille s’exilent depuis qu’elle est enfant. Elle s’en est d’abord inspiré pour écrire un recueil de poésie L’épiphanie dans le front, puis enfin un premier roman, Les murailles. Le projet était audacieux. Le résultat est grandement émouvant. Ici, pas de légendes ni fresques historiques pour expliquer le milieu ouvrier, simplement des hommes et des femmes éloignés de leur famille pendant des semaines. Un barrage qui se construit « fly in, fly out » depuis des années. Au-delà des murailles, un pont qui s’érige entre une fille et son père.

Julien Fortin

 

 

STATION ELEVEN  d’Emily St-John Mandel – Éditions Alto

Une épidémie de grippe. La population est décimée et le monde moderne tel qu’on le connait s’écroule. Vingt ans plus tard, l’on suit les survivants, dont une troupe ambulante qui se déplace de village en village à la recherche de leurs amis. Afin de mettre un baume sur l’âme meurtrie des villageois rencontrés, ils joueront des extraits du théâtre de Shakespeare. Au fil de leur parcours, ils seront pourtant confrontés à ce qui existe de pire chez l’être humain. L’aspect post-apocalyptique de ce récit est au service des personnages, unis dans l’adversité, qui cherchent à faire triompher un esprit de communauté. Car lorsque tout ce que l’on connait est détruit, il demeure la vie et surtout l’amitié.

Marie-Hélène Métivier

ANGUILLE SOUS ROCHE d’Ali Zamir – Le Tripode

La maison d’édition Le Tripode sait dénicher des œuvres hors du commun. Anguille sous roche  en est un parfait exemple. Un roman en une phrase, il faut quand même le faire! Ali Zamir réussit ce tour de force en nous berçant de son écriture imagée et bouleversante. Anguille, une jeune femme, se noie dans l’océan indien. Ce roman est peut-être son dernier témoignage, le récit de sa vie, mais aussi un voyage de lecture époustouflant. Un incontournable pour ceux qui aiment oser, et se laisser porter par une histoire incomparable.

Elizabeth Lord