Avec 32 ans d’expérience, nos compatriotes canadiens n’ont pas encore été capables de surpasser nos Jutra, côté spectacle. Mais du côté salle de presse, ce fût sans contredit un bonheur sans nom pour moi et mon collègue photographe Simon Devost. Oh que oui! Bonheur et plaisir d’être probablement les deux seules à être contents d’être là, à courir comme des perdus pour des photos et des entrevues.

 

Anne Émond

Pendant que plusieurs se délectaient dans le buffet avec patience, nous, on couraillait d’un bord et de l’autre à la recherche de nos préférés. La première fût la réalisatrice Anne Émond, récipiendaire du prix Claude-Jutra, remis au meilleur premier film long métrage canadien pour Nuit #1. Un prix bien mérité! D’une douceur absolue, Anne nous a mentionné qu’elle travaillait sur un nouveau projet de film. Un projet qui suivra une famille sur 30 ans entre la Gaspésie, Montréal et Barcelone. « Une saga complètement différente, mais avec un côté humain et existentialiste proche de Nuit #1. Ça fait au moins six mois que j’écris mon nouveau film et depuis ce temps, il se passe plein de belles choses pour Nuit #1. Je suis derrière l’ordinateur, j’écris un film qui est complètement différent à tous les niveaux et je me dis : est-ce que je suis sur la bonne voie? C’est un peu angoissant de sentir qu’on est attendu.» Le film sera de nouveau produit par Métafilms. On a hâte!

Dans la catégorie meilleur documentaire La nuit, elles dansenta été récompensé. Les deux réalisateurs, Isabelle Lavigne et Stéphane

Stéphane Thibault et Isabelle Lavigne

Thibault étaient tout pimpants de gagner un Génie pour leur œuvre précédemment présentée au Festival de Cannes, section Quinzaine des réalisateurs et au fameux Hot Docs de Toronto, l’an passé. « Le prix nous ancre, ça nous aide à croire en nous et ça nous encourage à continuer. », s’exclame Isabelle Lavigne. En anecdote, Stéphane Thibault nous a raconté comment le personnage principal du film, Reda, matriarche d’un clan de femme où l’on se transmet les principes de la danse du ventre, est arrivée à Cannes : « Elle devait passer par Paris, mais elle ne parle ni français ni anglais. Donc, le stratagème qu’elle a trouvé et qui est génial, c’est qu’elle a fait croire qu’elle était handicapée. Ils l’ont donc mis dans une chaise roulante et donc, elle a dû être accompagnée (par une personne de la compagnie aérienne) du Caire à Cannes. Quand elle est arrivée, elle s’est levée de sa chaise comme une miraculée! C’était hallucinant et très drôle! » Elle s’est également emparée de la ville pour tenter de vendre des vêtements sur place. « Elle avait des valises pleines de robes qu’elles voulaient vendre au souk à Cannes. Pas le droit. Sur la plage? Pas le droit. Dans la rue alors? Eh non. J’avais l’impression de lui décrire un état policier où l’on ne pouvait rien faire. Ça prenait des permis, mais elle ne comprenait pas. », rigole Isabelle Lavigne qui n’a présentement, comme son conjoint Stéphane, pas de projet professionnel dans l’immédiat. On attend impatiemment tout de même de notre côté!

 

Évidemment, je ne peux passer sous silence notre Philippe Falardeau préféré et son équipe de rêve. Ben oui, quelle surprise de le voir remporter les honneurs avec Monsieur Lazhar! Oh douce ironie! Très sincèrement, contente pour lui.

Ses producteurs, Kim McCraw et Luc Déry de Micro_scope, sont évidemment détenteurs de deux passages aux Oscars, l’un à la suite de l’autre. Que cherche-t-il dans les projets qu’ils prennent en main? « On cherche des projets originaux qui nous touchent. On cherche des gens qui travaillent un peu comme nous, c’est-à-dire difficiles à la lecture des scénarios, qui aiment peaufiner, des gens avec de l’humour qui font des films qu’on aimerait voir. », précise Kim McCraw. De son côté, Luc Déry se réjouit des films qui ont du succès à l’extérieur du Québec, avec leur originalité « et sans être formatés nécessairement selon des genres particuliers où dans lesquels il y a des grosses vedettes et qui peuvent toucher un large public. »

Oui, nos artisans du cinéma sont incroyables! D’ailleurs, les Québécois ont rocké la cérémonie, comme d’habitude. Une chance que David Cronenberg avait fait un film. A Dangerous Method a d’ailleurs permis à Viggo Mortensen de brandir le drapeau de nos glorieux pour l’occasion et de mentionner qu’il espérait une meilleure saison de hockey l’an prochain pour nos Canadiens de Montréal. Il a remporté le prix d’interprétation de soutien pour son rôle de Sigmund Freud. Très sympathique ce Viggo, qui s’est empressé en salle de presse de prendre des photos avec Philippe Falardeau et le drapeau, sourires inclus.

De toute cette soirée, notre défi ultime, à moi et Simon était de rencontrer George Stroumboulopoulos, l’animateur de la soirée et également grand boubou de l’émission George Stroumboulopoulos Tonight (anciennement The Hour) à CBC en fin de soirée. Un gars qui, à prêt de 40 ans, a déjà rencontré certains des plus grands noms du cinéma, de la musique, de la politique et j’en passe. Un tripeux des Canadiens de Montréal (qu’il regarde sur RDS même s’il ne comprend pas bien le français) et de bonne musique. Un curieux, un passionné qui met ses tripes sur la table et qui à dit aux diffuseurs qui voulaient le changer avant de l’engager : vous me prenez comme je suis, habillé en noir et avec mes boucles d’oreille ou je ne veux rien savoir de vous. Je paraphrase, bien sûr, mais

George Stroumboulopoulos

l’idée est là. George a gagné son pari avec une équipe en or pour l’aider. Son charisme n’a d’égal que sa gentillesse et son ouverture d’esprit. Comment je le sais? Ben, on a réussi notre défi haut la main! On l’a rencontré, on a fait une entrevue avec lui, on a pris des photos et on l’aime encore plus fort depuis. D’une générosité sans pareil. J’ai même pu lui poser la question qui me torturait le plus… « C’était comment faire une entrevue avec Kermit? » Il a répondu tout de go et avec plaisir : « Quel cadeau! Le marionnettiste était couché devant moi. À un moment, je me suis rendu compte que je posais mes questions en fixant des yeux… en plastique. Kermit, c’est le premier animateur/interviewer auquel je peux m’identifier. Il a toujours représenté le positivisme sans aucun cynisme. » Pour ce qui est de l’animation, notre Strombo était détendu avant d’entrée sur scène : « Quelques secondes avant le début, j’étais au téléphone avec des amis. La nervosité peut empiéter sur ma présence sur scène. Je ne veux pas sentir que c’est un travail, je ne veux pas être content de m’en être sorti à la fin du gala. Je veux sentir que j’ai le goût d’y retourner. Je veux rester dans le moment en tout temps, je veux m’amuser. Je ne veux pas perdre un moment de plaisir. La vie est courte, une carrière peut l’être encore plus alors je veux en profiter à fond. » Un charme! Merci George! You’re the best!

-Julie Lampron