La littérature jeunesse, c’est un lieu de rencontre unique, une passerelle entre l’enfance et l’âge adulte. C’est l’occasion de s’évader dans l’imaginaire d’autrui. C’est le plaisir partagé, décuplé. Afin d’en apprendre un peu plus sur les artisans de petits bonheurs qui se cachent derrière les albums, documentaires et romans jeunesse préférés de nos minis (et les nôtres, avouons-le!), Les Méconnus vous propose une nouvelle série de mini-entretiens.

Seule dans le jardin de sa grand-mère, la petite Arianne s’ennuie. Mais un simple caillou lui fait découvrir un autre jardin, caché entre les pavots et les fleurs de lotus… Commence alors une aventure inattendue, remplie de rencontres et de péripéties! Arianne remontera le temps, fera la course avec des sauterelles, chevauchera des dinosaures et ira à la chasse aux étoiles! Et si ce jardin invisible était un rêve… »

Marianne Ferrer et Valérie Picard nous offrent une balade fabuleuse, une balade vers un monde onirique et sensible, où on oublie volontiers le quotidien et ses tracas. Avec une adroite économie de mot, Valérie accompagne le lecteur simplement et lui permet de s’agripper au songe de cet enfant, Arianne, pour qui un banal jardin recèle tout un monde de possibilités. Porté par les illustrations de Marianne, on se laisse bercer par l’imaginaire et la magie qui se révèle sous nos yeux. C’est en effet un véritable parcours introspectif et doux, doux, doux ; un parcours parsemé de fantaisies, où l’on se sent tantôt incroyablement petit, tantôt phénoménalement grand au cœur de ce jardin.

Le talent de Marianne Ferrer est indéniable. La richesse des illustrations, les formes, les couleurs et les textures ont quelque chose d’enveloppant et d’envoûtant. On reste imprégné par toute cette douceur longtemps après avoir fermé l’album. Puis, on souhaite suspendre le temps un moment, et comme Arianne, on se surprend à observer les détails autour de nous, à revoir les perspectives et à réfléchir à notre place au milieu de tout cela, à l’échelle du monde, de l’univers. Petit ou grand, contempler et apprécier, naïvement.

Marianne Ferrer, illustratrice, et Valérie Picard, auteure et co-éditrice chez Monsieur Ed, ont gentiment accepté de se livrer à un mini-entretien avec nous.

«Une idée de Marianne Ferrer racontée par Valérie Picard»… C’est une formule un peu moins habituelle, ça implique quoi? Comment est venue cette collaboration?

Marianne Ferrer : Cette histoire a commencé dans le jardin de ma grand-mère quand j’étais petite. Comme Arianne, je me couchais par terre et je m’approchais des pots de plante pour prétendre que j’étais petite comme une fourmi.

Quand j’ai été contactée par Monsieur Ed, c’est la première histoire que je leur ai proposé. Alice et Valérie (NDLR: les deux co-éditrices) étaient super contentes de l’idée ; un album sans mot, où on pouvait faire un voyage contemplatif et introspectif dans ce jardin. On a avancé beaucoup dans le storyboard avant de décider que quelques mots aideraient la lecture. Val et moi avions déjà parlé plusieurs fois de ce que ce livre représentait, alors elle a su trouver les bons mots et vraiment ajouter la parfaite touche d’émotion dans la narration de la petite Arianne.

Valérie Picard: Nous avons choisi cette formulation, car il était important pour nous de signifier que ce récit venait de l’univers de Marianne. Habituellement (pas toujours, mais souvent), ce sont les auteurs qui écrivent et créent un univers qui est mis en images par les illustrateurs. Cette fois-ci, ce fût l’inverse. J’ai écrit un texte basé sur les illustrations de Marianne. Donc, j’ai raconté ce que Marianne a imaginé.

Initialement, il n’était pas prévu que je collabore au livre de Marianne. Nous avions songé à faire du Jardin Invisible un livre sans texte, ce qui aurait aussi très bien fonctionné. Par contre, une fois les images en noire et blanc terminées, j’ai senti qu’il serait bien d’avoir quelques mots pour propulser et guider le récit. J’ai donc écrit ce petit texte que j’ai proposé à Marianne et à Alice, qui s’occupe de la direction littéraire chez Monsieur Ed.

Nous avons toutes aimé le rythme et le dynamisme que le texte apporte à la lecture. Il permet, selon moi, une expérience empathique dans l’aventure de la petite Arianne, tout en laissant place à la rêverie et à la contemplation qu’offrent les illustrations de Marianne.

Marianne, tes illustrations sont toutes en sensibilité, douces, avec un petit quelque chose de duveteux et paisible. Où puises-tu ton inspiration? Quelles techniques privilégies-tu?

MF : Je m’inspire beaucoup des plantes et des animaux, de tout ce qui est naturel et organique, et prend tellement de formes différentes et intéressantes. C’est pour ça aussi que j’aime travailler dans les médiums traditionnels (aquarelle, gouache, crayons, etc) et utiliser le numérique pour nettoyer le tout.

Pour toute personne créative, je pense qu’il est important de rester humble et de regarder tout ce qu’il y a dans le monde avec curiosité et admiration. Plus on grandit, plus il est difficile de garder la magie de la découverte de l’enfance, mais, en s’y pratiquant, on peut s’y améliorer aussi.

D’ailleurs, peut-on savoir à quoi ressemble votre espace de travail pour créer quelque chose d’aussi paisible et douillet (vraiment, même la couverture est douce!)?

VP : Je travaille sur une belle table en bois placé devant une grande fenêtre. Cette table a été construite par mon père, qui est maintenant décédé, alors j’aime m’y installer. C’est comme s’il m’accompagnait dans mon travail. Sinon, mon atelier est rempli de livres, d’objets inspirants récoltés ici et là au fil des années, de lumière et de plantes. Ce n’est pas très épuré comme endroit, disons. Ça ressemble un peu à un kiosque de brocanteur au marché Saint-Michel. Pour moi, c’est un endroit réconfortant, chaleureux, inspirant et paisible.

MF : Je travaille à la maison dans la salle à manger (qui n’est vraiment plus une salle à manger puisque tout mon matériel d’art quitte rarement la table). J’essaie de m’entourer de plantes, de photos de ma famille et de mon copain, et des souvenirs de voyage. J’ai aussi mes chats et mes chiens qui viennent me donner des câlins et me distraire pendant plusieurs heures dans la journée!

J’ai aussi tous les dessins et aquarelles des projets actifs sur les murs afin d’avoir une idée visuelle de comment le tout va ensemble et voir mon progrès plus clairement. Ça fait comme un papier peint et ça devient de plus en plus difficile de trouver du mur libre!

En refermant le livre on s’est surpris, mini et moi, à rêvasser. Où aimeriez-vous vous évader?

MF : J’adore être près de l’eau, que ce soit à l’intérieur pour regarder la pluie tomber ou au bord de la mer. Il y a un calme profond. Cet été, je suis allée en Norvège avec mon copain et ses parents et ce fut la meilleure expérience de voyage que j’ai jamais vécue. La brume, les fjords, les montagnes ; une partie de mon cœur y est encore en train de rêvasser.

VP : J’aime beaucoup passer du temps en nature, surtout en forêt. J’aimerais bien voir les immenses arbres des forêts de l’Ouest canadien. Sinon j’aime beaucoup l’Asie du Sud-est, la Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam. J’aimerais bien aller en Inde, en Indonésie, à Bornéo, aux Caraïbes… Dans n’importe quel pays chaud où je pourrais découvrir une autre culture.

Valérie, tu  es une des deux éditrices chez M. Ed, et si je ne m’abuse, il s’agit de ta première incursion en tant qu’auteure. Est-ce qu’on peut s’attendre à de nouvelles publications de ta part?

VP : Oui, en 2018 nous publierons La crème glacée fond plus vite en enfer, un album que j’ai écrit et scénarisé. Pour celui-ci, j’ai collaboré avec le talentueux illustrateur britannique, Daniel Jamie Williams, qui a su parfaitement incarner l’univers de mon texte à travers ses superbes illustrations. Sinon, j’ai aussi plusieurs projets en chantier qui avancent tranquillement.

Enfin, pouvez-vous nous suggérer trois livres de votre choix (jeunesse ou pas) pour nos lecteurs ?

VP : Trois livres, ouf! Pas facile de faire un choix. Je vais y aller avec les titres qui apparaissent spontanément à mon esprit alors.

1- L’Équilibre du monde de Rohinton Mistry : C’est une fresque émouvante qui raconte la condition humaine à travers quelques personnages évoluant dans l’Inde des années 1970. Cela fait longtemps que je l’ai lu, je ne me souviens plus très bien des détails, mais je me souviens être passée par toute la gamme des émotions en le lisant. C’est un livre qui m’a marquée et qui est resté gravé dans mon cœur.

2- Harvey de Hervé Bouchard, illustré par Janice Nadeau : J’adore l’intelligence des illustrations qui parlent autant que le texte dans ce petit livre sur la mort et le deuil.

3- Geek Love de Katherine Dunn : Ce livre, c’est tellement mon univers. Ça se passe dans un freak show. C’est étrange, un peu sombre, c’est un livre dans lequel la beauté et laideur se côtoient. En plus, la couverture originale du livre en anglais fut conçue par Chip Kidd, un designer que j’apprécie.

MF : 1- Nuit d’Orage par Michèle Lemieux : Un classique formatif pour moi. Vraiment un des plus beaux albums illustrés avec un merveilleux texte.

2- Petit Pois de David Cali et Sébastien Mourrain : Une histoire qui est tellement touchante (je m’y identifie beaucoup!) avec des illustrations si mignonnes et douces.

3- The Secret Lives of Color de Kassia St Clair : Un livre super intéressant sur certaines couleurs spécifiques; La création de pigments, leur histoire et leur impact culturel.

Merci à vous deux!

Mona Lacasse

Le jardin invisible, idée et illustrations de Marianne Ferrer, texte de Valérie Picard, Monsieur Ed, août 2017, 4 ans et +. Pour les détails sur Monsieur Ed, c’est ici.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

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