La littérature jeunesse, c’est un lieu de rencontre unique, une passerelle entre l’enfance et l’âge adulte. C’est l’occasion de s’évader dans l’imaginaire d’autrui. C’est le plaisir partagé, décuplé. Afin d’en apprendre un peu plus sur les artisans de petits bonheurs qui se cachent derrière les albums, documentaires et romans jeunesse préférés de nos minis (et les nôtres, avouons-le!), Les Méconnus vous propose une nouvelle série de mini-entretiens.

Il y a quelques années, India Desjardins a rencontré une jeune fille atteinte de leucémie, qui lui a demandé si elle pouvait écrire « Une histoire de cancer qui finit bien, avec de l’amour à la fin », en ajoutant que ça « donnerait de l’espoir. »

C’est donc pour donner de l’espoir que l’auteure a décidé de raconter l’histoire de cette jeune fille de quinze ans qui, après ses traitements, a rendez-vous avec son médecin pour connaître son état de santé et traverse le corridor de l’hôpital vers son diagnostic final. Elle se remémore ses souvenirs, ses moments difficiles et ses moments plus heureux. Mais tout ça se terminera bien. C’était une promesse. »

La vie est parsemée de hauts et de bas, et c’est encore plus vrai lorsqu’on est confronté à la maladie. Mais l’espoir fait vivre qu’ils disent, ou c’est peut-être que ça aide à se sentir vivant. C’est ici que ce magnifique livre se distingue, en racontant les choses autrement, en offrant une alternative, en transcendant la douleur. Ceci n’implique que moi, mais je crois que j’avais besoin de lire une histoire comme ça. Dans Une histoire de cancer qui finit bien, l’auteure nous présente le quotidien d’une jeune fille, une jeune fille malade certes, mais pas que. On s’identifie aisément à elle et on a vraiment le goût de croire en la rémission.

C’est un texte à la fois drôle et touchant, un texte vrai et beau que nous offre India Desjardins. Les illustrations de Marianne Ferrer (avec qui on a eu le plaisir de discuter ici), justement parsemées de symboles et autres métaphores, sont simplement parfaites pour ce récit et viennent sublimer le tout, ajoutant une dimension sensible, voire empathique, où l’ombre et la lumière ont la part belle. L’ensemble est vibrant, percutant.

India Desjardins a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Une première version du texte a été publiée en 2012 sur la plateforme Zone d’écriture hébergée sur le site de Radio-Canada. As-tu toujours eu l’intention d’en faire un album?

En 2011, j’ai rencontré Emma Veilleux, qui avait onze ans et était alors atteinte de leucémie. Elle m’a demandé d’écrire une histoire de cancer qui finit bien, car selon elle, ça donnerait de l’espoir.

Au départ, comme Emma m’avait seulement demandé une histoire et que je voulais qu’elle soit disponible le plus vite possible, j’avais proposé à Zone d’écriture, qui donnait une belle vitrine pour les textes inédits, spontanés, de le publier là. Lorsque le site a fermé, c’est ma mère qui m’a fait remarquer que la nouvelle n’était plus disponible et que je ne respectais plus ma promesse envers Emma. Puis, chez mon éditeur, La Pastèque, j’ai vu les illustrations de Marianne Ferrer, j’ai eu un coup de cœur et j’ai tout de suite fait un lien. Tout s’est enchaîné par la suite.

Marianne Ferrer a un style qui sied particulièrement bien cette histoire. Qu’est-ce que ses illustrations apportent au récit selon toi?

Marianne a un talent incroyable et une belle sensibilité. Elle a tout de suite connecté avec l’histoire et ce que je voulais dire. La première esquisse qu’elle m’a envoyée, c’était celle où le personnage sort de «sa peau de maladie» pour devenir en couleur. Ça m’a donné plein de frissons. Et c’est l’image préférée d’Emma. Je pense que ce que les images ajoutent, c’est une autre dimension aux mots, on a l’impression de vivre les évènements en même temps que les personnages. Et peut-être que ça aide encore plus à comprendre ce que les gens qui vivent le cancer au quotidien traversent.

On comprend qu’il ne s’agit pas de l’histoire d’Emma, mais d’une histoire pour elle. Tu réussis néanmoins à offrir un point de vue très intimiste, personnel. Où as-tu puisé ton inspiration?

C’est un mélange de faits vécus, d’empathie, d’anecdotes, d’instinct et d’imaginaire. Pour moi, ces éléments sont essentiels quand j’écris.

La seule évocation du mot « cancer » en terrifie plusieurs, et pour certains, ça aurait été un défi ambitieux. Or, tu réussis à aborder le sujet avec justesse, sans minimiser l’expérience, ni tomber dans le mélodrame. Crois-tu qu’il est possible d’aborder n’importe quel thème en album jeunesse?

Ce qui m’a inspiré, c’est qu’Emma m’a commandé une histoire qui finit bien, pour l’espoir. Pour se reconnaître et pouvoir imaginer ou visualiser une guérison, et pouvoir transmettre cette possibilité à d’autres. À une époque où c’est de plus en plus la mode de se raconter, elle ne m’a pas demandé de raconter son histoire, mais bien « une » histoire. Elle avait ajouté qu’elle voulait également que le personnage vive une histoire d’amour, ce que j’ai inclus dans le récit. Je voyais qu’elle voulait une histoire quotidienne de quelqu’un comme elle et pouvoir se projeter dans un avenir heureux.

Je pense que oui, on peut aborder tout, de n’importe quelle façon. Les lecteurs choisissent ensuite les histoires qu’ils veulent se faire raconter. Si j’ai utilisé la formule d’Emma en titre, c’est que j’ai parfois moi-même de la difficulté à lire des histoires avec un personnage qui a le cancer, de peur de me rendre à une fin triste. Je voulais ainsi annoncer le punch final, parce que ça aide à traverser les moments plus dramatiques de savoir que la fin sera heureuse.

As-tu l’impression que cette rencontre et ce récit ont influencé ton écriture?

Peut-être pas influencé mon écriture, mais ça a renforcé l’idée de l’importance des fins heureuses. Je ne dis pas que toutes les histoires devraient finir bien. Il y a autant de styles de livres que de lecteurs ou d’auteurs. Mais je crois que moi, j’aime les fins heureuses et j’ai envie de continuer à en écrire.

Tu sembles aussi à l’aise de t’adresser à un jeune public (la série Aurélie Laflamme) qu’à un public adulte (La mort d’une princesse, La célibataire) ou à un mélange des deux (Le Noël de Marguerite). Quelles différences y a-t-il pour toi entre le lectorat jeunesse vs adulte? Est-ce que ça influence ton rituel d’écriture?

Pas du tout. J’aborde toujours mon écriture de la même façon. Je fais un travail de personnage, d’histoire, de ce que je veux dire. Pour moi, toutes les histoires peuvent s’adresser à tous. Je ne change pas ma façon d’écrire. Par contre, selon la personnalité ou l’âge du personnage, la façon qu’il a de s’exprimer ou de raconter peut différer.

Enfin, peux-tu nous suggérer deux livres (jeunesse ou pas) pour nos lecteurs?

Louis parmi les spectres de Fanny Britt et Isabelle Arsenault et Quatre contre les loups de Sonia Sarfati et Lou Victor Karnas.

Mona Lacasse

Une histoire de cancer qui finit bien, India Desjardins et Marianne Ferrer, La Pastèque, septembre 2017, 24,95$. Pour découvrir les titres d’India Desjardins, c’est ici.

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