Crédit photos: David Ospina

Devant son écran, le spectateur assiste impuissant, peut-être même indifférent, aux images de la guerre au Proche-Orient. Mais que ferait-il s’il était coincé dans un pays comme la Syrie, par exemple, où les attentats et les conflits persistent depuis six ans, faisant déjà plus de 320 000 morts ? C’est l’une des réflexions d’Olivier Kemeid dans Les manchots, une adaptation libre du roman Le pingouin, d’Andreï Kourkov.

Si l’histoire initiale se situe dans quatre grandes villes du monde – Alexandrie, Kiev, Montréal et Oslo – le directeur artistique du Théâtre de Quat’Sous et metteur en scène a décidé de rassembler les quatre personnages dans un même hôtel d’une ville anonyme. Ainsi, il y a celui qui est venu se venger, celui qui cherche son fils à travers les manifestants, un journaliste et une infirmière. Produite par la compagnie les Trois Tristes Tigres, cette pièce met en scène Paul Ahmarani, Larissa Corriveau, Kevin McCoy et Sasha Samar.

L’inertie au milieu de la révolution

La pièce Les manchots est une critique de l’individualisme et de l’immobilisme. D’ailleurs, le discours de l’infirmière ne manque pas de souligner à grands traits la symbolique du titre à la fin de la pièce. Non seulement elle mentionne le titre, mais elle l’explique en questionnant du même coup l’intelligence du spectateur. Fort à parier qu’il avait saisi la métaphore de l’incapacité d’agir, l’inertie et le rôle du spectateur qui regarde les révolutions se faire, impuissant.

Ainsi, dans la pièce, chacun des trois hommes agit dans son propre intérêt au-delà du conflit extérieur, au-delà de la révolution qui s’agite. Le journaliste doit préparer un reportage radio sur le conflit. Dans une autre chambre, un sniper fait le guet à la fenêtre alors qu’un père semble s’entretenir au téléphone avec son fils dans une conversation candide où il remémore des souvenirs. Quand le journaliste porte secours à la jeune infirmière blessée par balle et gisant au milieu des manifestants et des coups de feu, la dynamique change. Chacun est impliqué malgré lui dans la mission de cette femme qui tentera de les rendre acteurs de la révolution, les sensibilisant à offrir leur aide peu importe leur camp.

Rupture de ton et manque de conviction

Si l’idée du huis clos est fort intéressante pour faire cohabiter ces quatre êtres aux antipodes les uns des autres, la chimie ne semble pas opérer sur scène. Toutefois, je tiens à mentionner que je me suis retrouvée par erreur à la première du 14 mars, alors que j’aurais dû y être le lendemain lors de la représentation offerte aux médias. Ainsi, je laisse le bénéfice du doute aux talentueux acteurs, dont la conviction et l’émotion n’auront pas su atteindre le spectateur ce soir-là.

De plus, si l’ambiance sonore et les coups de feu laissent imaginer le climat de tension et de guerre, l’histoire tombe rapidement dans la caricature. Le journaliste tente de tirer profit de ses comparses pour pondre une histoire croustillante, leur demandant de participer à une mise en scène fanfaronne. Ceux-ci, étrangement, acceptent sans se connaître réellement alors qu’au début, aucune cohésion n’existait entre eux. Il y a dans le récit des ruptures de ton qui entravent l’empathie du spectateur à l’égard des personnages. Pourtant, ceux-ci sont dotés d’une entité forte et d’une quête respective vraiment intrigante. Somme toute, cette pièce apparaît comme une œuvre nécessaire bien que l’effet escompté ne fut pas atteint.

Edith Malo

Les manchots d’Olivier Kemeid, une production des Trois Tristes Tigres, présenté au Théâtre de Quat’Sous du 14 mars au 1er avril 2017. Pour tous les détails, c’est ici.