Crédit photos: Patrice Tremblay

Il faisait bien -3452 degrés ce soir-là. Pleine de bonne volonté, je me suis dirigée vers Les Ateliers Jean-Brillant pour assister à la première de la 2ème édition des Laissés Pour Contes. La relationniste, sympathique, nous a préalablement avertis «d’apporter une petite laine vu les grands froids». Effectivement, ce n’est pas la chaleur qui régnait dans le garage non-chauffé.

C’est sûrement grâce à ce genre de détail (sur lequel je m’étends, désolée) qu’on peut parfois mettre en perspective la qualité d’une œuvre. Malgré l’inconfort et mes orteils gelés, je n’ai vraiment pas vu le temps passer. Mais c’est quoi exactement, Les Laissés Pour Contes? Allons-y pour la petite histoire : depuis 2012, le collectif laisse la parole à ceux qui ne l’ont pas d’emblée. Auteurs et comédiens de la relève travaillent ensemble pour offrir des monologues qui sortent de l’ordinaire. C’est sous le thème de la convoitise que la cuvée 2014 a réussi à monter un spectacle qui sort de l’ordinaire.

 

Le premier de la première

C’est Martin Vaillancourt qui a brisé la glace en prêtant sa voix au texte cru et incisif de Paul Bradley. Faisant tomber d’emblée le quatrième mur, le comédien nous a demandé si nous avions assistés à la première de l’édition 2013. Troublé, il nous raconte qu’il a été témoin, impuissant, de son échec. Pourquoi? Parce qu’il n’a pas applaudi, figé devant la beauté d’un premier numéro. Et que par ce manquement, il «a laissé» le public demeurer silencieux. Cette erreur, qui aura des répercussions très négatives, deviendra pour lui une véritable malédiction qu’il nous demandera de renverser. Un jeu sensible à travers un texte direct, parfait pour nous mettre dans le bain. La complicité (et le malaise aussi, un peu) installée, la soirée a pu continuer.

 

La force de courir après toi

Une jeune femme entre sur scène, décidée. Elle vient de remporter une course à talons hauts à Saint-Pétersbourg et raconte le tout avec enthousiasme (et même, férocité). Parce que cette course prend la forme d’une vengeance et disons-le, d’un énorme transfert émotif envers son ex-compagnon (ou plutôt, la grande Russe avec qui il a osé la tromper). Catherine Dumas est excellente pour interpréter ce texte léger, mais plein de sens de Simon Boulerice. Brillante performance qui ajoute un peu d’humour à une soirée qui commençait de façon plutôt sérieuse.

 

La Pleureuse

C’est l’histoire d’un maquilleur qui a un pattern envahissant : tomber en amour avec des gars très – très- beaux. Pour cet homme qui se définit lui-même d’une beauté «atypique», ça ne peut que mal finir à chaque fois. Il nous raconte ici son aventure avec Jérémie, un mannequin qui – vous le devinez déjà – ne lui voudra pas que du bien. Si Antoine Touchette cadre très bien dans le personnage de l’amoureux en série un peu superficiel, il présentera toutefois quelques faiblesses lors de la livraison du texte de Véronique Pascal: bégaiements, voix fuyante, manque de rythme, etc. Heureusement, il réussira à reprendre contenance avant la fin du numéro : stress de première, tout simplement?

 

Fait Divers_Blanche

Il suffit de voir arriver Marie-Michèle Boutet sur scène pour comprendre que le monologue suivant risque d’être assez fort merci. Trop maquillée, vêtue d’une jupe à paillettes et d’un bustier en dentelle rose, la jeune fille voluptueuse se présente : Blanche, fille d’un organisateur de match de boxe. Mal-aimée, élevée dans l’ombre de Rose – sa jumelle «toujours malade» – la blonde essaie de trouver l’amour et le réconfort un peu partout : en paradant des annonces ridicules sur le ring, dans les bras de Charles-Frédéric  (qui n’en a qu’après son corps) et dans la nourriture. Le rétablissement de sa sœur sonnera l’heure de la jalousie et de la vengeance. Point tournant du spectacle, le texte de Jocelyn Roy est sidérant de vérité, de justesse, mais aussi d’humour. À quand la version longue?

 

Parent Secours

Assise sur un banc, elle nous explique qu’elle a toujours voulu des enfants. Dans les détours de l’histoire de cette femme un peu masculine – «qui a été élevée avec ses trois frères dans un aréna»-, on apprend que ce désir ne sera sûrement jamais réalisé. Nouvellement coach pour une équipe de hockey constituée de petits garçons de 10 ans, elle développera une passion aux limites du malsain envers un de ses joueurs. Pascale Tremblay campe à merveille cette femme qui aurait pu être solide, mais que la vie a ébranlée au point qu’elle pose des gestes déraisonnables. On la voit sur le point de chuter, et c’est ce qui donne toute sa force au texte de Paul Chamberland.

En tout et pour tout, une soirée remplie de talents prometteurs. Je ne saurai trop vous conseiller de braver le froid pour aller les découvrir!

– Mélissa Pelletier

Les Laissés Pour Contes, aux Ateliers Jean-Brillant jusqu’au 26 janvier.