Mon zèle a encore fait des siennes, puisque j’ai décidé de voir comment ça se passait dans les coulisses de notre gala célébrant le cinéma, après un court aller-retour Montréal-Toronto pour les Génie.

Évidemment, pour ne pas impatienter monsieur et madame Tout-le-Monde et j’imagine, pour éviter des frais supplémentaires, il y a un gala hors d’ondes pour certaines catégories. Cette partie, animé par un énergique Emmanuel Bilodeau à débit rapide, a su charmer, même par sa discrétion. Chers merveilleux artisans du maquillage, de la coiffure, du son et de la direction artistique, je vous dis bravo! On espère vous croiser dans le cadre des Méconnus, afin de vous offrir de la lumière.

Le plaisir était donc déjà commencé lorsqu’est apparue la version « en direct » du gala, animée cette fois, pour une deuxième fois, par Sylvie Moreau et Yves Pelletier. Une ligne, un punch! Des sketches drôles avec assez de mordant et de flèches sympathiquement bien envoyées.

Les deux premières catégories ont vu récompenser Émilien Néron (13 ans) et Sophie Nélisse (11 ans) comme meilleurs acteurs et actrices de soutien dans Monsieur Lazhar. Les deux bras me sont tombés. Sophie était à peine sortie de sa récompense aux Génie, qu’elle recevait un Jutra, à 11 ans. Les journalistes ne cessaient de s’extasier dans la salle de presse. C’est vrai qu’ils sont mignons et bien dégourdis. On mentionnait aussi : articulés. Oui, j’en conviens, mais vous savez un « Euh, j’capote, c’est comme gagner la Coupe Stanley!! » bien senti, c’est mignon à cet âge, mais je ne crois pas que dans la bouche de Louise Portal ce serait vu comme articulé. Je faisais mention de mes bras tombés, eh bien oui, je suis assez perplexe de voir des enfants gagner ce genre de prix. Un prix espoir serait, peut-être, mieux placé, mais encore. Automatiquement, ça me fait penser à tous mes amis qui bûchent comme des démons pour essayer d’avoir une audition après avoir passé (et payer) trois à quatre ans de conservatoire et d’école nationale et comptant sur leur pourboire de serveurs/serveuses pour s’en sortir. Ça n’enlève pas le talent des petits, bien sûr, mais ça me donne l’impression d’une certaine injustice, comme il y en a tant d’autres et des biens plus scandaleuses vous allez me dire… Vous aurez raison.

Afin de se concentrer sur les bons côtés, voici un résumé de mes moments préférés (sans ordre précis):

 

– Le moment où j’aurais pu mourir étouffée, si j’avais été pique-assiette ou boulimique :

La présentation de la catégorie meilleure réalisation où l’on parodiait trois émissions par des sketchs pré-enregistrés. Interprétés avec brio par Sylvie Moreau et Yves Pelletier, les Spot Life (version Musique Pluche qui manque de rigueur), Plaisirs cultivés (version émission d’après-midi qui aime trop, clin d’œil à France Castel et Michel Barrette (?) et Pelliculte (version intellectuelle où l’on se contredit), ont été de vrais petits bijoux d’écriture comique.

Voici un extrait :

Spot Life : « Philippe Fardoche pour Monsieur Bagdad, euh Monsieur L’arabe, euh s’cusez »

Pelliculte : « C’est LE réalisateur de sa génération! Il est sa génération. Il est gênant pour les autres de sa génération. Il est le génome de sa ration. Il a les gênes de sa narration. 

– Philippe Falardeau?

– Non, Denis Villeneuve! 

– Ah OK!»

C’était délectable! Je veux les revoir l’an prochain!

 

– Le moment où la flèche était amoureusement bien placée

Martin Petit venu annoncer les finalistes de la catégorie meilleur film d’animation.

Patrick Doyon Crédit: Julie Lampron

« Qui sont ces gens qui font des films d’animation? J’ai fait des recherches et selon l’Ordre des psychiatres du Québec, ce sont des individus qui peuvent passer 7-8-9-10 ans à travailler sur un film d’une durée environ de 3 à 4 minutes et dont le héros est fait soit en plasticine, en bouette ou en macaronis. Pour d’autres, comme cette animatrice de Sun News, ce sont des B.S. payés avec nos taxes pour sniffer d’la colle. »

Contente d’avoir vu gagner Patrick Doyon pour son premier film Dimanche, produit par l’ONF. Il était également en lice pour un Oscar. Un créateur très sympathique!

– Le moment où tu te dis : ça fait tellement du bien à entendre! Cet homme mérite son moment de gloire!

L’esprit blagueur et humaniste de Philippe Falardeau, dont voici deux extraits tirés de ses remerciements pour meilleur scénario et meilleur réalisateur :

« Y’a 20 ans, j’ai eu la chance de faire la Course destination monde. C’était avant les télé-réalités. Dans le temps, on ne mettait pas des jeunes dans un loft pour cultiver la jalousie. On leur donnait des caméras, on leur demandait de réfléchir et de parcourir la planète à la rencontre de l’autre. Donc, au lieu de trainer dans un jacuzzi, je suis allé à la rencontre de l’autre. […] Je dédie ce prix à tous les réfugiés algériens qui ont refait leur vie au Québec!»

« Y’a à peine 5 ou 6 ans, on me prenait pour le fils de feu Pierre Falardeau. Aujourd’hui, quand je me promène dans la rue, on me dit bonjour Monsieur Villeneuve. J’t’assez tanné Denis! Et demain on va me dit enfin : félicitations Monsieur Lazhar! »

– Le moment qui te donne un vers d’oreille.

« Bi yé dor, Bi yé dor, y’a une file de monde dehors. »

Tiré de la version Bollywood de Starbuck, renommé pour l’occasion Ishtar Bok. Réalisé par Khan Skhat et mettant en vedette Pathri Kuwar.

Un coup de génie!

 

– Un coup de cœur inévitable. Le moment où t’es contente de ne pas avoir de maquillage au visage, parce qu’il ne t’en resterait plus.

 

Paule Baillargeon Crédit: Julie Lampron

L’hommage à Paule Baillargeon. Troisième femme à recevoir ce prix après Anne-Claire Poirier (2002) et Denise Filiatrault (2006). Le montage hommage réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette était sublime. J’adore Paule Baillargeon : j’étais émue aux larmes alors qu’on voyait les réalisatrices Maryse Legagneur, Sophie Goyette, Anne Émond, Isabelle Lavigne, Myriam Verreault, Sophie Deraspe, Sarah Fortin, Jennifer Alleyn et Julie Hivon, la remercier. Si vous n’avez jamais vu son documentaire Claude Jutra : portrait sur film (2002), courez à un club vidéo! Son nouvel opus, Trente tableaux, sort en salle(s) le 23 mars.

J’ai tellement essayé de me retenir, mais incapable! Il y a deux ans, j’ai rencontré cette artiste pour la première fois, lorsqu’on lui rendait hommage à la Cinémathèque québécoise. Je l’aimais déjà depuis tellement longtemps. Un bonheur! Je lui avais remis un French d’or. Elle m’a mentionné l’avoir gardé. La beauté Baillargeon n’a pas d’égale.

« Je suis sentimentale et j’avoue que j’ai toujours voulu avoir un Jutra. »

Elle a mentionné également, empreinte d’émotion, une phrase de John Cassavetes, célèbre réalisateur étasunien indépendant décédé en 1989, qu’elle garde depuis plusieurs années dans un petit carnet : « Est-ce qu’il ne vaut pas mieux se battre et perdre que de souffrir et rêvasser en silence. »

– Mention honorable parce qu’il le méritait vraiment.

Gilbert Sicotte a été honoré d’un Jutra pour son rôle de Marcel Lévesque dans Le vendeur de Sébastien Pilote a été récompensé. Bien joué!

Calmons le jeu du bonheur et revenons un peu à des moments moins réussis causés par des remerciements. En premier lieu, le texto de Vanessa Paradis lu par Jean-Marc Vallée lorsqu’il est venu cueillir la statuette de meilleure actrice pour Café de Flore. Sérieux? Un texto? Elle n’aurait pas pu envoyer un message vidéo qui ne donne pas l’impression que le réalisateur se félicite lui-même? Eh ben.

Philippe Lesage Crédit: Julie Lampron

 

Le deuxième va à la gagnante du Jutra du meilleur montage, Élisabeth Olga Tremblay, pour le film Snow and Ashes. Un post-it, ça colle et c’est difficilement dépliable quand tu trembles. Mauvaise idée de mettre son discours là-dessus. Maintenant, elle est au courant et nous aussi.

Il y a encore tellement de fleurs à lancer : la prestation de Misteur Valaire, la mise en scène de Brigitte Poupart (on la veut encore l’an prochain!), le segment sur le documentaire, les projections incroyables signées par le studio Turbine, etc. Bon, on va en rester là.

Je préfère vous laisser sur le discours de Philippe Lesage, gagnant du Jutra pour le meilleur documentaire avec Ce cœur qui bat (Pourrons-nous vivre ensemble). « Le cinéma a le pouvoir, en montrant la souffrance, de faire en sorte que les gens se sentent moins seuls. En montrant la beauté, le cinéma a le pouvoir aussi de donner espoir aux gens et je crois que le cinéma et l’art en général donnent du sens à nos vies, nourrissent nos vies et je veux continuer de vivre dans une société qui soutient les artistes. »

Bravo aux artisans! Pour tous les finalistes et gagnants de la soirée, cliquez ici.

– Julie Lampron

P.-S. À tous ceux qui pensent qu’être photographe c’est appuyer sur le bouton d’un appareil qui a un détecteur de sourires, ben vous n’avez aucune idée du manque de respect que vous avez pour ce métier honorable. Je vous offre la preuve avec mes photographies que je n’en suis pas une.

 

 

Pour ceux qui ont raté le gala, des extraits et vidéos d’entrevues sont disponibles sur le site de Radio-Canada:

http://jutra.radio-canada.ca/fr/espace-video