La Peuplade présente un deuxième roman au sein de leur toute nouvelle collection lancée en 2016 intitulée Fictions du Nord. Concentrée sur la publication d’œuvres étrangères en provenance des territoires nordiques en traduction française, la collection a démarré en force avec la publication de La faim blanche de l’auteur finlandais Aki Ollikainen. Avec Les excursions de l’écureuil de l’écrivain islandais Gyrdir Eliasson, une brèche lumineuse et colorée s’impose au lecteur.

Les excursions de l’écureuil, c’est d’abord la voix de Sigmar, jeune garçon qui trompe sa solitude en se réfugiant dans son imaginaire. En accomplissant les tâches quotidiennes ou à travers l’exploration du territoire accidenté qui l’entoure, Sigmar pose un filtre sur ce qu’il voit, de sorte que le dénuement matériel, l’aridité du climat et la force de la nature, se teintent immédiatement de couleurs vives et de musique.

Le jeune garçon détient le pouvoir de changer l’atmosphère, de créer un monde onirique à partir des objets et des animaux qu’il rencontre sur son passage et qui s’animent à son regard pour se transformer. Il y a ces sacs de farine suspendus au plafond de la boutique du marchand, qui deviennent des chauves-souris capables de créer une bordée de neige. Ce tapis de gazon capable de bouger pour le faire tomber.

Puis, au fil de ses dessins et de la rédaction d’une histoire qui l’absorbe dans une sorte de mise en abîme, Sigmar se transforme en écureuil qui explore le monde. L’écriture s’emballe alors, devenant presque surréaliste, menant directement à l’onirisme, toujours en posant un regard mature sur ce qui l’entoure. On sent alors que l’auteur prend le relais de l’enfant.

La narration passe donc du coq-à-l’âne au gré des pérégrinations du jeune garçon écureuil. Par contre, il est évident que ce dernier sert de prétexte. L’enfant, présent par les maladresses, les gaffes, la facilité à cheminer d’un univers à l’autre, dévoile surtout la voix d’un adulte qui pose un regard critique sur le monde qui l’entoure.

Il disparut dans la brume de chaleur et la poussière. L’écureuil eut l’impression que le brouillard de pollution engloutissait soudain tous les points de repère pour l’empêcher de rentrer chez lui. Son cœur se mit à battre. Cela ne finira donc jamais, se dit-il. Mais une violente bourrasque, de la force d’un cyclone, emporta l’écharpe de brume, ainsi que les vieux papiers, assez loin pour que l’écureuil s’y reconnaisse. Un temps de sorcellerie. »

La montagne, immense, blessée. La dureté du paysage et des éléments qui ne laissent pas pousser beaucoup de végétaux. L’effet de la lumière aux tons monochromes et l’atmosphère constamment en clair-obscur. L’aridité inhérente à la vie en territoire islandais rejoint l’impétuosité du climat finlandais de La faim blanche. Cependant, sous le regard de Sigmar, tout s’anime, prends des teintes chaudes et la vie s’exprime avec une force poétique et lumineuse. Bref et dense, ce court roman s’inscrit bien dans la collection et laisse entrevoir les différentes nuances possibles des littératures nordiques.

– Marie-Hélène Métivier

Les excursions de l’écureuil, Gyndir Eliasson, Éditions La Peuplade, coll. Fictions du Nord, 2017.