Photo : Feu! Chatterton 

Suite et fin et joyeuses fêtes et à l’an prochain et son à lot de nouvelles découvertes.

5. The Origin – Peter Henry Phillips (Coyote Records)

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« Tu savais que le chanteur qui était avec DJ Champion composait de la musique?
– Pilou, la voix d’Alive Again? Non, ça donne quoi?
– Toujours difficile à décrire sans réduire à des clichés. Pour faire simple, comme disait Jimi Hendrix, « de la bonne musique »?
– Ok. On peut entendre une chanson?
– Il avait sorti un EP de quatre chansons l’année dernière sous le nom de projet Peter Henry Phillips
– J’avais vaguement entendu parler. Mais pas écouté.
– …en plus de signer sous son vrai nom, Pierre-Philippe Côté, la musique du film de Denys Arcand Le règne de la beauté.
– Hm, film froid, musique chaleureuse.
– Je suis d’accord. Mais là, il a sorti un album, The Origin, un recueil de douze magnifiques chansons, qu’il a enregistrées à la campagne où il vit, dans son studio, bâti de ses propres mains, avec ses amis.
« Magnifiques », sincèrement?
– C’est l’un de mes albums de l’année. Et je peux les compter sur les doigts d’une main. Il y a là un humanisme, une intensité et une intimité tels, c’en est très émouvant. Ça rocke, ça folke, ça m’emporte. Et ça, ça m’importe.
– Wow, ok, je te fais confiance, et je vais lui donner une chance. Ils en ont pas assez parlé dans les médias… Va savoir comment ils fonctionnent.
– Mais Les Méconnus en a parlé à deux reprises, c’est dire. Nous, c’est simple : on aime, on en parle; on adore, on en reparle. Jusqu’à ce que le message ait passé. On est des messagers, des passeurs. On fait connaître ce qui est méconnu.
– Bonne fin d’année.
– Toi aussi. Et bonne écoute. »

(Jean Lavernec)

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4. Julie Blanche – Julie Blanche (Coyote Records)

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La transposition réussie de deux regards opposés. Le laissez-parler d’amour et la saveur du passé. Une clameur dans le noir lointain. Un fleuve aux affluents invisibles. Une métaphore militaire et un crépuscule de bon augure. Le naufrage en mer de sable. Un plancher froid qui craque autour d’un corps. Le rien-ne-bouge et le sauve-qui-peut. Des assises solides et un appel d’offrande vaine. La sérénité signée Lafleur. C’est Julie : des paroles savantes, insprirées et inspirantes, de gauche à droite; une musique sans étalage, feutrée et enveloppante, de bas en haut. C’est Mlle Vandenbroucque : blanche, ni noire ni croche, portée par la lumière, mesurée et sans bémol. (Nicolas Roy)

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3. Viet Cong – Viet Cong (Jagjaguwar)

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Même s’ils avaient déjà fait pas mal de bruit avec leur EP sur cassette, c’est bien cette année que les gars de Viet Cong ont sorti leur premier « vrai » album, et l’attente en valait le coup! Le quartet de Calgary nous livre ici un album audacieux et efficace. Dans une ambiance rétrofuturiste lugubre, leur post-punk lo-fi joydivisionesque enchaîne refrains accrocheurs et expérimentations psychédéliques à la sauce industrielle, comme un défi lancé à l’auditeur, un refus assumé de la facilité, un peu de dissonance et de cacophonie pour éloigner les oreilles trop conservatrices. Cet excellent premier album sera toutefois aussi leur dernier sous ce nom. Sensibles aux doléances de plusieurs Vietnamiens et Vietnamiennes rencontrés en tournée et excédés par la controverse autour du nom du groupe, à cause de laquelle ils ont notamment dû annuler un spectacle, les membres de la formation ont accepté de changer de nom. Pour l’instant, nul ne sait sous quelle nouvelle identité ils referont surface (apparemment, ils veulent prendre le temps de bien y penser pour être sûr de leur coup cette fois-ci), mais soyez assurés que nous garderons l’oeil ouvert afin de ne rien rater de leurs projets futurs. (Guillaume Francoeur)

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2. Partir avant – Rosie Valland (Duprince)

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Lorsqu’on l’écoute avec attention, c’est l’urgence qu’on entend. L’urgence avec laquelle ce disque a été composé, surtout, mais aussi l’urgence de dire, de se libérer, cette envie de crier, qu’on préfère chuchoter, pour ne pas déranger. Ils se sont laissés. Et elle s’est retrouvé seule, seule à composer, seule au gouvernail de son petit bateau de jeune femme de 23 ans qui n’a pas peur de l’eau. Un album de neuf pièces, le premier de l’étiquette Duprince. L’histoire commence avec « Oublier », et déjà, on entend le cœur battre dans chaque mot prononcé. Une renaissance qui s’effectue au fur et à mesure que notre écoute avance. On rebound et on se noie, pour finalement rester accroché à cet univers unique, d’une troublante simplicité. C’est avec les talentueux musiciens Jesse Mac Cormack (oui, encore lui) et Jean-Philippe Levac qu’elle a fait équipe pour ce disque, son premier, si on ne compte pas un EP homonyme paru en 2014. Elle rêvait d’apprendre le piano, mais lorsque ses bras ont tenu une guitare pour la première fois, ils ont su qu’ils ne la laisseraient jamais tomber. Une œuvre discrète, qui aurait pu glisser doucement entre deux craques du plancher, sans qu’on ne la voit passer. Heureusement, on l’a attrapée. (Marie-Eve Brassard)

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1. Ici le jour (a tout enseveli) – Feu! Chatterton (Maison Barclay)

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En cette veille de Noël, il ne pleuvra pas qu’à Québec et à Montréal, mais aussi à Giglio…

Ceux et celles ayant passé à côté du meilleur album rock francophone toutes frontières confondues en 2015 auront l’occasion de se rattraper, pendant leurs courtes vacances des Fêtes, en route vers la famille en région, en bus vers le centre-ville ou en s’attaquant à la vaisselle Eiffel érigée par la visite du réveillon.

Le village planétaire n’est pas encore une réalité acquise pour ces cinq jeunes Parisiens de résidence : célèbré en France, Feu ! Chatterton recueille une reconnaissance discrète en ces terres d’Amérique. Et même la sortie de ce premier opus en octobre dernier laisse croire que notre mèche est relativement longue, l’explosion n’ayant pas encore eu lieu de ce côté-ci de l’Atlantique; il y a un délai, un silence radio notable, comme lorsqu’on appelait en France dans les années ’80.

L’écriture d’Arthur qu’il canalise dans son phrasé qui à son tour trahit son intérêt pour le Gainsbourg narrateur, sans se réduire au rôle de singe, sont soutenus par une musique de ses acolytes Antoine, Clément, Raphaël et Sébastien. Ces derniers, influencés notamment par Radiohead, Led Zeppelin, Pink Floyd, Neil Young – bref, que la crème sûre de la crème, sans l’y tenter le moindre emprunt –, portent les paroles de leur porte-parole lyrique.

Si vous hésitez à l’offrir en cadeau pour un proche mélomane, une cousine éloignée ou vous-mêmes, aventurez-vous donc dans l’une ou l’autre de ses perles enfilées le long de ce bijou, enregistré sur une table de mixage âgée de quatre décennies, à Göteborg, en Suède, pour un plus grand déboussolement : Côte Concorde, Harlem, Boeing, Le Pont marie, La Malinche, Fou à lier, Bic médium…

Dites-vous aussi que si nous avons hissé cet album tout en haut de la hampe sélecte de nos coups de cœur parmi les premières pontes de 2015, c’est que cet œuf musical sous coque couve un groupe planant à la plume de haute voltige qui… [« Quoi? limite de caractères atteinte? Ok. »] Et puis, vous a-t-on souvent envoyé dans le bas-côté? C’est bien ce que je pensais… Bon vol. (Jean Lavernec)