Je ne mentirai pas: je refuse parfois de savoir quoi que ce soit sur un spectacle pour me réserver une surprise complète. Mais avec le spectacle Leo, présenté dans le cadre du festival Montréal Complètement Cirque, je n’ai pas pu résister. Il y a déjà des mois que je suis chaque petit développement dévoilé du projet. Un mélange de théâtre expérimental et de cirque ; comment ne pouvais-je pas avoir hâte ? Et à plusieurs égards, je ne fus pas déçue.

Trois murs, une ampoule, une valise et un homme portant un chapeau. D’un côté, ces éléments en vidéo, dans une optique comme celle qu’on en verrait tout les jours ; de l’autre, la partie « live », où tous les éléments sont plutôt penchés 90 degrés vers la gauche, donnant ainsi une toute autre perspective aux lois de la gravité et à ce qu’est un « simple mouvement ». Pour plusieurs, le concept paraîtra révolutionnaire, mais la réalité est que c’est une idée qui traîne depuis des années déjà dans le monde de la vidéo ; dans certaines œuvres de Michel Gondry, par exemple. La présentation en temps réel de cette dualité est cependant fort intéressante, amenant une réflexion sur le mouvement et la place du corps dans l’espace, sans oublier les éventuels moments cocasses – car, il faut penser que pour faire un simple mouvement, comme donner l’illusion de se tenir debout sur le plancher, une grande dextérité physique est essentielle.

D’ailleurs, l’interprétation de Tobias Wedger est superbe ; toute en nuances, en solitude délicate et en acrobaties qui sont comme elles se doivent : si naturelles. La mise en scène de Daniel Brière est aussi à mentionner pour la haute qualité du travail, malgré le fait que les tableaux de l’histoire sont approchés de façon très hermétique et peu homogène ; le personnage découvre son environnement, le personnage utilise sa valise-radio pour faire des mouvements typiques de différents types de musiques, le personnage se sent seul…

Le charme du spectacle réside beaucoup dans cet aspect homemade, authentique,sans effets spéciaux . Tout le spectaculaire vient du fait que par le talent et l’ingéniosité des créateurs, les lois de la gravité semblent pliables, et ce, sans avoir besoin de grosse machinerie. C’est quand la production dévie de cette voie que ça se gâche; ainsi les derniers 15 minutes du spectacle utilisent plutôt de façon pesante les effets vidéo, enlevant l’aspect humain et, donc, repoussant notre attention des prouesses techniques de Wedger. En fait, les dernières minutes semblent être un ramassis frénétique de tous les mouvements intéressants non utilisés au début du spectacle, ce qui enlève à la cohésion de l’ensemble.

Malgré les longueurs finales, Leo est un spectacle enrobé de poésie. C’est la représentation même d’un cirque de réflexion et de plusieurs idées de génie. Pour ceux qui n’auront pas la chance de voir Leo pendant le festival (dernière représentation le 10 juillet à 19h), vous pourrez vous reprendre entre le 30 octobre et le 24 novembre prochain, où cette création du Circle of Eleven et du Nouveau Théâtre Expérimental sera présentée à l’Espace Libre.

– Marie-Paul Ayotte (Emmpii)