Photo afficheChaque famille a ses secrets et ils sont souvent au cœur d’histoires intenses, basculant entre la peine et le rire. Le temps d’un été du réalisateur John Wells (The Company Men) n’y fait pas exception. Scénarisé par son créateur pour la scène, Tracy Letts, l’adaptation de la pièce de théâtre à succès du même nom se situe en Oklahoma, ville de naissance de l’auteur. C’est dans la demeure familiale des Weston, située au cœur du Centre-Sud rural des États-Unis, que les trois sœurs, leur mère -une vipère alcoolique dévorée par un cancer-, ainsi que leurs proches se réunissent lors du décès du patriarche. La chaleur d’août est à son comble. Les tensions sont vibrantes. La bombe est sous le point d’exploser. Des secrets seront dévoilés et personne n’en sortira indemne.

Drame familial aux répliques aussi acerbes que jouissives, Le temps d’un été trouve sa force dans son scénario ainsi que dans l’interprétation extraordinaire de ses acteurs. Plus particulièrement celle de ses actrices, puisqu’elles forment le noyau familial. Un noyau dysfonctionnel à souhait. Meryl Streep, qui interprète la matriarche Violet Weston, est sans nul doute le clou du spectacle. Son interprétation rappelle celle d’Elizabeth Taylor dans Qui a peur de Virginia Wolf? ou même Bette Davis dans La vipère. Dès ses premières apparitions, on la hait et on la prend en pitié d’un même souffle. Elles donnent des coups de rasoir verbaux et saigne ainsi à blanc les cœurs qui l’entourent.

Si certains pensent que l’actrice en fait trop, c’est que vous n’avez jamais été sous les yeux d’un tel personnage. Une femme dure, égocentrique, dont la rage est conduite par les pilules et l’alcool. Non, le diable ne s’habille pas toujours en Prada. Sous chacun de ses pores de peau, Violet cache également une femme blessée et élevée dans l’humiliation d’une mère qui lui a transmis sa haine, comme elle le fait envers ses propres filles. L’aînée des sœurs Weston, Barbara (Julia Roberts, forte), a le pouvoir et la fermeté de remettre sa mère à sa place, verbalement et physiquement, alors que ses deux autres sœurs, l’effacée Ivy (Julianne Nicholson, formidable) et la naïve Karen (Juliette Lewis, parfaitement agaçante) tentent de se tenir le plus à l’écart possible de leur bombe de mère. Un plaisir délicieux découle des confrontations entre Violet et Barbara.

La réalisation du film réussit à faire plonger le spectateur dans le drame ainsi que dans la fine psychologie des personnages de belles façons, sans alourdir l’effet de huis clos de la demeure familiale et de la folie qui y règne. La direction photo d’Adriano Goldman (Jane Eyre) est par ailleurs d’une grande sensibilité et arrive à capter autant les traits de douceur que de rage sur le visage des protagonistes. Certains plans, comme ceux des paysages de l’Oklahoma, réussissent à nous faire prendre de l’air avant d’attaquer une autre scène mordante.

À la base, la psychologie des personnages est bien balancée afin que la dureté des protagonistes soit réajustée par la douceur de certains personnages comme en fait foi, entre autres, le personnage de Johanna (Misty Upham), une jeune Amérindienne d’origine Cheyenne, aux manières douces, engagée comme cuisinière et gouvernante. Elle reçoit d’ailleurs un livre du poète T.S. Eliot de la part du père, Beverly Weston (Sam Shepard, brillant, mais sous-utilisé), au début du film. Une façon métaphorique de la préparer à sa famille, par l’entremise de l’œuvre Les Hommes creux du célèbre poète, sur laquelle l’histoire semble être basée.

Une surprise n’attend pas l’autre dans cette œuvre brutale qui offre de nombreux sourires en coin, aussi machiavéliques de notre part que les attaques de Violet. On peut donc dire que les producteurs, Harvey Weinstein, George Clooney et leurs acolytes, ont visé dans le mille en adaptant cette pièce de théâtre au grand écran.

– Julie Lampron