Crédit photo : Gunther Gamper

Lorsque le rideau se lève sur Le songe d’une nuit d’été de Frédéric Bélanger et Steve Gagnon, c’est d’abord le travail de Francis Farley-Lemieux et Julie Basse qui émerveille. L’enseigne Dream illuminée à l’ancienne nous renvoie au glamour américain du Hollywood d’antan. Ici, plus de référence au château du duc grec du texte original, mais plutôt l’évocation de rues ou de ruelles d’une ville où les stars mènent le monde. De la même façon, exit les personnages de Thésée, Égée et Hyppolite qui ne sont que mentionnés par les jeunes amoureux au chassé-croisé cruel. Ainsi, la pièce se concentre sur Démétrius, Hermia, Lysandre et Héléna (Steve Gagnon, Gabrielle Côté, Hubert Lemire et Karine Gonthier-Hyndman), qui font, en fait, les frais des frasques de Titania, Obéron et Puck (Maude Guérin, Étienne Pilon et Dany Boudreault). Critique.

LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ from Théâtre Denise-Pelletier on Vimeo.

La transposition se continue, en ce que Obéron et Titania flirtent davantage du côté des stars de cinéma que des elfes et des fées et que la forêt enchantée est remplacée par le Théâtre Denise-Pelletier. Le quatrième mur est aboli grâce aux fées dont les personnages sont fusionnés avec ceux des acteurs qui, dans la pièce originale, étaient venus se réchauffer dans la forêt magique avant de performer pour la cour de Thésée. Adrien Bletton, Jean-Philippe Perras et Olivia Palacci jouent donc des ouvreurs interprétant des acteurs. Ce trio est un flot constant d’humour apportant beaucoup d’épices au spectacle, mais qui donnent parfois l’impression de marteler le texte de blagues faciles freinant les envolées poétiques. Pensons à ce superbe tableau final (souligné par la superbe conception sonore de Sébastien Watty-Langlois) dont le pouvoir hypnotique est interrompu par un sketch digne d’un théâtre de variété. On découvre alors que la facture visuelle, tout aussi réussie soit-elle, enrichie davantage le style que le fond, puisqu’elle sert assez superficiellement le propos.

Il faut saluer la langue de Gagnon et la vivacité de la mise en scène de Bélanger. Le premier s’empare du texte et y glisse esprit et finesse, poésie et humour, images modernes et clins d’œil coquins. Le deuxième saisit l’occasion d’injecter de l’énergie et de l’audace dans le saut sur scène. Les acteurs offrent un jeu d’une corporalité essoufflante (même s’ils ne sont pas tous égaux devant le verbe), rendant au texte sa dimension charnelle. D’entres eux, s’illustre particulièrement Karine Gonthier-Hyndman que l’on sent possédée par Florence Foresti.

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Par contre, toute cette vitalité menace de verser dans le cabotinage et, si la compagnie Advienne que Pourra dit ne pas vouloir confiner son œuvre au théâtre dit « pour jeunes », la répétition des mêmes gags, le sacrifice de la sensualité pour la vulgarité et le punch à tout prix sont autant d’éléments qui empêchent le spectacle de transcender le premier niveau. Le songe d’une nuit d’été nous offre un bon moment, tout en démontrant aux adolescents que les classiques ne sont pas nécessairement poussiéreux. C’eût été un spectacle parfait, s’il avait réussi à dégager l’essence de l’œuvre et dépasser le statut de divertissement.

Rose Normandin

Le Songe d’une nuit d’été, une coproduction du Théâtre Denise-Pelletier et du Théâtre Advienne que pourra est présentée jusqu’au 18 avril 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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