Crédit : Julie Artacho (Marie-Michelle Duval-Martin)/ Catherine Ethier (Marie-Eve Levesque)

Du 13 au 17 novembre dernier se tenait la 6e édition de la Semaine « Le poids? Sans commentaire » initiée par l’organisme ÉquiLibre. Les ambassadeurs Julie Artacho, Mickaël Bergeron, Catherine Ethier, Pascale Lavache et Saskia Thuot ont uni leur voix pour encourager la population à réfléchir au rapport que nous entretenons collectivement avec le corps et le poids, un rapport trop souvent teinté de violence. J’ai eu la chance de m’entretenir avec deux personnalités dont j’admire l’intelligence, l’engagement et l’intégrité, la chroniqueuse, auteure et rédactrice Catherine Ethier et la photographe Julie Artacho, à la fin de cette semaine que l’on pourrait aisément qualifier de parcours du combattant.

Lorsque je demande à Julie de décrire sa semaine, ce sont les mots « colère » et « fatigue » qui viennent en premier, car s’il y a dans la prise de parole une affirmation, une libération, une nécessité ; il n’en demeure pas moins que cette parole est encore difficilement entendue. « J’ai l’impression parfois de n’être pas le bon modèle » dit-elle, malgré son implication exemplaire dans sa volonté de maintenir l’échange avec ses détracteurs – à voir certains commentaires, d’une brutalité sans nom – au sujet de la grossophobie. Elle note entre autres le caractère inconséquent des raisonnements à ce sujet : « Si les gens obèses s’acceptent, ils vont arrêter de prendre soin d’eux. » et Catherine d’ajouter : « Est-ce sous l’injonction, le petit marteau dans la tête qui constamment juge et dénigre, que le changement s’opère? »

Toutes les deux, bien évidemment, militent pour une image corporelle saine et soulignent l’absurdité de l’idée selon laquelle voir dans les médias une diversité de corps, incluant ceux de personnes en surpoids, pourrait inciter à l’obésité. Elles déplorent également que la problématique soit trop souvent envisagée selon un rapport individuel. « C’est un problème de société » dit Julie. Elle désigne la précarité socio-économique, la difficulté d’accès à des aliments sains, mais aussi le « bullying » passé sous silence, une oppression que peu de gens reconnaissent lorsqu’il est question de poids :

Je sais combien il est difficile d’adopter de bonnes habitudes de vie lorsqu’on ne sent pas avoir de la valeur. On nous dit : “Lève-toi!”, mais on le fait à coups de pied et passé un certain point, la personne finit par se laisser aller. »

Pour Catherine, qui s’est exprimé au courant de la semaine sur la violence des discours portant sur l’image : « Ça nous permet de nous poser moins de questions, ça nous rassure sur notre propre physique, pour que finalement ces gens-là ne soient pas humains, ne nous ressemblent pas. »

Si la prise de parole est parfois difficile, c’est une cause que toutes deux ont réellement à cœur, une cause qu’elles défendent au quotidien. Julie comme Catherine réfléchissent à la diversité corporelle dans leur art. Elles espèrent ainsi arriver à promouvoir une image corporelle plus humble, plus honnête, et ce, malgré les défis que pose leur milieu professionnel respectif à cet égard.

J’essaie de me faire un devoir d’être honnête. Mon corps me déplaît à certains moments, je ne veux pas ensuite m’installer un condo sur les tapis rouges, je m’adresse aux jeunes. » explique Catherine.

Toutes deux sont animées par une volonté d’éducation, de démantèlement des préjugés par rapport au poids, mais aussi par rapport à l’image de manière générale. C’est un appel à l’apaisement, à la bienveillance, un appel vers une meilleure santé pour tous qu’elles lancent. Un jour, où la petite ou moyenne peau lousse, la fesse un peu ou passionnément tendre, pourront exister sans être politiques, exister pour ce qu’elles sont : des parties du corps. Un corps qui, on l’espère, cessera d’être mis en travers du droit au respect, à l’intégrité, à la parole, à l’équité, à la santé.

Katherine Raymond

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site d’ÉquiLibre.

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